Le seul bien est le plaisir du moment ; le bonheur n'en est que la somme
L'hédonisme des cyrénaïques ; le plaisir du moment ; « carpe diem » avant la lettre
Le seul bien est le plaisir particulier, que l'on ressent dans le moment présent. Le bonheur n'est que la somme de ces plaisirs.
Dès l'enfance, nous cherchons le plaisir pour lui-même, sans rien chercher de plus une fois qu'on l'a : c'est donc le but.
« Le seul bien est le plaisir du moment ; le bonheur n'en est que la somme » est un argument d'Aristippe de Cyrène (Aristippe et les cyrénaïques, d'après Diogène Laërce II, 65-90 (IVe siècle av. J.-C.), 380 av. J.-C.) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : le plaisir). Sa thèse : Le seul bien est le plaisir particulier, que l'on ressent dans le moment présent. Le bonheur n'est que la somme de ces plaisirs. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P6). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Aristippe était un élève de Socrate, et il en a tiré une leçon très différente de celle de Platon. Pour lui, nous ne connaissons que deux états : le plaisir, qui est un mouvement doux de la sensibilité, et la douleur, un mouvement rude. Dès l'enfance, nous allons vers l'un et fuyons l'autre. Le plaisir est donc le but. Mais lequel ? Pas le calme d'une absence de douleur, ni le souvenir d'un plaisir passé : seulement le plaisir particulier que l'on ressent maintenant. Le bonheur n'est alors que la somme de ces plaisirs, pas un but à part. Le texte ne présente pas l'argument sous forme de prémisses : la forme P1 à P7 ci-dessous est notre reconstruction, à partir de Diogène Laërce II, 86-90. Attention : Diogène parle ici de l'école cyrénaïque ; seul le passage II, 66 parle d'Aristippe lui-même.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P6, l'ordinateur trouve un cas où le plaisir est un mouvement, où tout le monde le cherche dès l'enfance, où ni le calme ni le souvenir ne sont des plaisirs, mais où l'on ne conclut pas que le but est le plaisir du moment : on pourrait chercher autre chose, ou viser un plaisir durable.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Épicure 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 4Épicure, qui reprend l'idée que le plaisir est le but, refuse ce point. Pour lui, l'absence de douleur et de trouble est elle-même un plaisir, un plaisir « du repos ». Diogène Laërce note que les cyrénaïques ne l'admettent pas, et qu'Épicure s'oppose à eux sur ce point. Pour Épicure, la joie et le bien-être sont des plaisirs « du mouvement », mais ils ne sont pas les seuls.
Cyrène répond
Épicure, qui reprend l'idée que le plaisir est le but, refuse ce point. Pour lui, l'absence de douleur et de trouble est elle-même un plaisir, un plaisir « du repos ». Diogène Laërce note que les cyrénaïques ne l'admettent pas, et qu'Épicure s'oppose à eux sur ce point. Pour Épicure, la joie et le bien-être sont des plaisirs « du mouvement », mais ils ne sont pas les seuls.
Platon (Socrate dans le Gorgias) 385 av. J.-C. · attaque la conclusionDans le Gorgias, Socrate s'en prend à un hédoniste, Calliclès, qui pense que vivre bien c'est satisfaire tous ses désirs. Il lui demande si un homme qui a la gale et peut se gratter à volonté vit heureux en se grattant toute sa vie. Calliclès finit par répondre que oui : un tel homme vit agréablement. Pour Platon, cette réponse montre que « plaisir » et « bien » ne peuvent pas être la même chose. Aristippe n'est pas nommé ici : c'est une critique de la même famille d'idées, pas de lui.
sans réponse
Dans le Gorgias, Socrate s'en prend à un hédoniste, Calliclès, qui pense que vivre bien c'est satisfaire tous ses désirs. Il lui demande si un homme qui a la gale et peut se gratter à volonté vit heureux en se grattant toute sa vie. Calliclès finit par répondre que oui : un tel homme vit agréablement. Pour Platon, cette réponse montre que « plaisir » et « bien » ne peuvent pas être la même chose. Aristippe n'est pas nommé ici : c'est une critique de la même famille d'idées, pas de lui.
Aristote 335 av. J.-C. · attaque la prémisse 1Aristote refuse de faire du plaisir un mouvement. Un mouvement (construire une maison, marcher) prend du temps et n'est parfait qu'à son terme. Le plaisir, lui, est entier et parfait à chaque instant, comme l'acte de voir. Donc, dit Aristote, le plaisir n'est pas un mouvement.
sans réponse
Aristote refuse de faire du plaisir un mouvement. Un mouvement (construire une maison, marcher) prend du temps et n'est parfait qu'à son terme. Le plaisir, lui, est entier et parfait à chaque instant, comme l'acte de voir. Donc, dit Aristote, le plaisir n'est pas un mouvement.
Aristote 335 av. J.-C. · attaque la conclusionAristote donne des exemples où le plaisir ne suffit pas à rendre un choix bon. Personne ne voudrait garder toute sa vie l'esprit d'un enfant, même en jouissant des plaisirs de l'enfance. Personne ne voudrait prendre plaisir à faire une chose très honteuse, même sans aucune conséquence pénible. Et il y a des choses que nous voudrions avoir même sans plaisir : voir, se souvenir, savoir, avoir les vertus. Donc le plaisir n'est pas le bien, et tous les plaisirs ne sont pas à rechercher.
sans réponse
Aristote donne des exemples où le plaisir ne suffit pas à rendre un choix bon. Personne ne voudrait garder toute sa vie l'esprit d'un enfant, même en jouissant des plaisirs de l'enfance. Personne ne voudrait prendre plaisir à faire une chose très honteuse, même sans aucune conséquence pénible. Et il y a des choses que nous voudrions avoir même sans plaisir : voir, se souvenir, savoir, avoir les vertus. Donc le plaisir n'est pas le bien, et tous les plaisirs ne sont pas à rechercher.