Le plaisir est le but de la vie, à condition de trier ses désirs
Le tri des désirs ; désirs naturels et nécessaires ; l'épicurisme ; « le plaisir, commencement et fin de la vie heureuse »
Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. On l'atteint en triant ses désirs, et il consiste à n'avoir ni douleur dans le corps ni trouble dans l'âme.
Tout vivant se tourne spontanément vers le plaisir : c'est donc le premier bien, mais on juge chaque désir à ses suites.
« Le plaisir est le but de la vie, à condition de trier ses désirs » est un argument d'Épicure (Épicure, Lettre à Ménécée et Maximes capitales (vers 300 av. J.-C.), 300 av. J.-C.) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : le plaisir). Sa thèse : Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. On l'atteint en triant ses désirs, et il consiste à n'avoir ni douleur dans le corps ni trouble dans l'âme. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2, P7). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
On croit souvent qu'Épicure invite à faire la fête. C'est presque l'inverse. Pour lui, tout être vivant cherche le plaisir et fuit la douleur : il n'y a donc pas d'autre but que le plaisir. Mais tous les plaisirs ne se valent pas, et beaucoup coûtent plus de peine qu'ils n'en donnent. Il faut donc trier nos désirs : garder ceux qui soulagent une vraie douleur (la faim, la soif), laisser de côté ceux qui nous rendent dépendants et anxieux (la gloire, le luxe). Le plaisir visé n'est pas l'excitation d'un banquet, mais un corps sans douleur et une âme sans trouble. Le texte ne se présente pas sous forme de prémisses : la forme P1 à P7 ci-dessous est notre reconstruction, à partir de la Lettre à Ménécée (127-132) et des Maximes capitales.
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Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P7, l'ordinateur trouve un cas où tous les vivants cherchent le plaisir dès la naissance, où l'on trie ses désirs, où l'on a un corps sans douleur et une âme sans trouble, mais où l'on n'en conclut pas que le plaisir est le premier bien, ni que rien ne manque : on pourrait encore avoir besoin, par exemple, d'actions justes ou de connaissance.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Cicéron 45 av. J.-C. · attaque la prémisse 6Dans le dialogue Des fins, Cicéron fait remarquer qu'« absence de douleur » et « plaisir » ne veulent pas dire la même chose : le plaisir a un sens, ne pas souffrir en a un autre. Épicure pose donc comme but une chose (ne pas souffrir) et l'appelle du nom d'une autre (le plaisir). Pour Cicéron, une vie vraiment heureuse ne se réduit pas à écarter un mal : elle suppose d'obtenir un bien.
Épicure répond
Dans le dialogue Des fins, Cicéron fait remarquer qu'« absence de douleur » et « plaisir » ne veulent pas dire la même chose : le plaisir a un sens, ne pas souffrir en a un autre. Épicure pose donc comme but une chose (ne pas souffrir) et l'appelle du nom d'une autre (le plaisir). Pour Cicéron, une vie vraiment heureuse ne se réduit pas à écarter un mal : elle suppose d'obtenir un bien.
Sénèque 58 · attaque la conclusionSénèque, stoïcien, refuse de faire du plaisir le but. Le plaisir vient par surcroît quand on vit selon la vertu, comme des fleurs poussent dans un champ de blé : il n'est ni la récompense ni la cause de la vertu. Choisir le plaisir comme but, c'est mettre en tête ce qui devrait suivre.
Épicure répond
Sénèque, stoïcien, refuse de faire du plaisir le but. Le plaisir vient par surcroît quand on vit selon la vertu, comme des fleurs poussent dans un champ de blé : il n'est ni la récompense ni la cause de la vertu. Choisir le plaisir comme but, c'est mettre en tête ce qui devrait suivre.
Robert Nozick 1974 · attaque la conclusionImagine une machine qui te donnerait toutes les expériences agréables que tu voudrais, sans que rien de cela soit réel. Nozick pense que la plupart d'entre nous refuseraient de s'y brancher pour la vie, et il en conclut que nous ne voulons pas seulement ressentir du plaisir : nous voulons aussi faire des choses réelles, être quelqu'un, être en contact avec la réalité. Donc le plaisir ne peut pas être le seul but.
sans réponse
Imagine une machine qui te donnerait toutes les expériences agréables que tu voudrais, sans que rien de cela soit réel. Nozick pense que la plupart d'entre nous refuseraient de s'y brancher pour la vie, et il en conclut que nous ne voulons pas seulement ressentir du plaisir : nous voulons aussi faire des choses réelles, être quelqu'un, être en contact avec la réalité. Donc le plaisir ne peut pas être le seul but.