Peut-on être certain de quelque chose ?Oui, par la raison

« Si je me trompe, je suis »

Augustin 354 · 430Croire pour comprendre : Dieu au plus intime de soi.
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Ce qu'il soutient

Je suis, et sur ce point je ne peux pas me tromper : le sceptique ne peut pas m'en faire douter.

Pourquoi

Pour être trompé, il faut exister : même si je me trompe, je suis.

En bref

« « Si je me trompe, je suis » » est un argument d'Augustin (Cité de Dieu, XI, 26) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : oui, par la raison). Sa thèse : Je suis, et sur ce point je ne peux pas me tromper : le sceptique ne peut pas m'en faire douter. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Cité de Dieu, XI, 26
Valide avec une prémisse implicite

Les sceptiques de l'Académie, héritiers de Platon, soutenaient qu'on ne peut être certain de rien : « et si tu te trompais ? ». Augustin leur répond, douze siècles avant le cogito de Descartes, que le doute lui-même prouve quelque chose. Il le dit déjà vers 388-395 dans Le Libre Arbitre (II, 3, 7), puis sous sa forme la plus nette dans la Cité de Dieu.

P1Celui qui n'est pas ne peut pas se tromper : pour se tromper, il faut exister.
P2Je crois que je suis, que je connais, et que j'aime être et connaître.
P3 · prémisse impliciteIl n'y a que deux cas : soit je me trompe, soit je ne me trompe pas ; et si je ne me trompe pas en croyant que je suis, alors je suis.
Donc je suis, et sur ce point je ne peux pas me tromper : le sceptique ne peut pas m'en faire douter.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas étrange : je crois que je suis, je ne me trompe pas, et pourtant je n'existe pas. C'est absurde, mais il faut le dire pour que la logique soit complète.
Valide avec P3, qui dit seulement qu'une croyance qui n'est pas une erreur est vraie. Augustin la juge trop évidente pour la dire. La force de l'argument est ailleurs : même dans le pire cas (je me trompe), la conclusion tient. Comme chez Descartes, ce n'est pas vraiment un raisonnement en plusieurs étapes, mais une évidence. La différence est dans l'usage : Augustin s'en sert pour rentrer en lui-même et remonter vers Dieu, Descartes pour fonder toute la science.
Analogie. Si on te dit « tu rêves peut-être tout », tu peux douter de la pièce, des gens, de ton propre corps. Mais pour être trompé par un rêve, il faut quelqu'un qui rêve. L'erreur elle-même suppose que tu es là.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Les sceptiques de l'Académie (Carnéade, Cicéron) attaque la prémisse 2

Nos sens, nos rêves, notre imagination nous trompent sans cesse. Comment être sûr de quoi que ce soit, même de ce que tu crois savoir de toi ?

Augustin répond
Augustin
Ici, je ne passe par aucun sens du corps ni par aucune image : ce ne sont pas les objets extérieurs que je saisis, mais le fait même que je suis, que je connais et que j'aime. Aucune illusion de l'imagination ne peut s'y glisser.
Nietzsche 1886 · attaque la prémisse 1

« Il faut quelqu'un pour se tromper » vient de la grammaire, pas des faits : on croit que toute activité a un auteur. Il y a de l'erreur, de la pensée ; qu'il y ait derrière un « je » est une supposition, pas une certitude.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1886, après sa mort (430).
Hume 1739 · attaque la conclusion

Admettons « je suis ». Mais qui est ce « je » ? Quand je regarde en moi, je ne trouve jamais qu'une perception (chaud, froid, plaisir, douleur), jamais un moi qui les aurait. La certitude d'Augustin ne dit pas ce que je suis.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1739, après sa mort (430).