Nier les causes, c'est nier la raison
Les choses ont de vraies natures et de vraies causes : le feu est bien la cause de la combustion. Nier les causes, c'est nier la raison, qui n'est rien d'autre que la connaissance des choses par leurs causes.
Chaque chose a une nature d'où viennent ses actions ; nier les causes détruirait le savoir, et nous avons une science certaine.
« Nier les causes, c'est nier la raison » est un argument d'Averroès (L'Incohérence de l'Incohérence, discussion 17 (vers 1180)) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : oui, par la raison). Sa thèse : Les choses ont de vraies natures et de vraies causes : le feu est bien la cause de la combustion. Nier les causes, c'est nier la raison, qui n'est rien d'autre que la connaissance des choses par leurs causes. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Al-Ghazali avait soutenu que le lien entre le feu et la combustion n'est pas nécessaire : c'est Dieu qui crée la combustion au moment où le feu touche le coton, et il pourrait ne pas la créer (voir son argument « Le coton et le feu »). Quelque quatre-vingt-cinq ans plus tard, Averroès lui répond phrase par phrase. Pour lui, nier les causes n'est pas une audace de théologien : c'est scier la branche sur laquelle toute connaissance est assise.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un monde sans causes, sans définitions et sans science : un monde où rien n'est vraiment connu. Rien dans P1 et P2 ne l'interdit. C'est la porte que choisirait un sceptique radical ; Averroès répond que ce sceptique se contredit dès qu'il affirme quelque chose.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Al-Ghazali 1095 · attaque la conclusionL'observation montre seulement que la combustion arrive avec le contact du feu, pas qu'elle arrive par lui. On ne voit jamais la force du feu, seulement deux événements ensemble. Rien n'empêche que ce soit Dieu qui crée la combustion, directement, au moment du contact.
Averroès répond
L'observation montre seulement que la combustion arrive avec le contact du feu, pas qu'elle arrive par lui. On ne voit jamais la force du feu, seulement deux événements ensemble. Rien n'empêche que ce soit Dieu qui crée la combustion, directement, au moment du contact.
Al-Ghazali (la connaissance par l'habitude) 1095 · attaque la prémisse 2On n'a pas besoin de causes nécessaires pour savoir. Ce qui se répète encore et encore s'ancre dans notre esprit par l'habitude, et Dieu crée en nous la connaissance qu'il ne fera pas les choses extraordinaires qui restent possibles. Nos connaissances ordinaires sont donc sauves, sans natures nécessaires.
Averroès répond
On n'a pas besoin de causes nécessaires pour savoir. Ce qui se répète encore et encore s'ancre dans notre esprit par l'habitude, et Dieu crée en nous la connaissance qu'il ne fera pas les choses extraordinaires qui restent possibles. Nos connaissances ordinaires sont donc sauves, sans natures nécessaires.
Al-Ghazali (les miracles) 1095 · attaque la conclusionSi le feu brûle nécessairement, par sa nature, le miracle du prophète Abraham jeté au feu sans brûler devient impossible. Or un croyant doit l'admettre : Dieu peut changer une propriété du feu, ou du corps du prophète.
Averroès répond
Si le feu brûle nécessairement, par sa nature, le miracle du prophète Abraham jeté au feu sans brûler devient impossible. Or un croyant doit l'admettre : Dieu peut changer une propriété du feu, ou du corps du prophète.
Hume 1748 · attaque la prémisse 1Nous ne voyons jamais la force qui unirait une cause à son effet : les événements nous semblent joints, jamais liés. Notre idée de cause vient de l'habitude de voir les choses se suivre. La raison ne connaît donc pas de « natures » qui produiraient nécessairement leurs effets.
sans réponse
Nous ne voyons jamais la force qui unirait une cause à son effet : les événements nous semblent joints, jamais liés. Notre idée de cause vient de l'habitude de voir les choses se suivre. La raison ne connaît donc pas de « natures » qui produiraient nécessairement leurs effets.