QuestionsFaut-il avoir peur de la mort ?L'âme ne meurt pas avec le corps
Faut-il avoir peur de la mort ?L'âme survit

L'âme ne meurt pas avec le corps

Avicenne v. 980 · v. 1037L'âme se sait exister avant tout corps : l'homme volant.
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Ce qu'il soutient

L'âme humaine ne meurt pas avec le corps, et rien d'autre ne la détruit : elle ne périt pas du tout.

Pourquoi

L'âme pensante n'est ni un corps ni produite par lui, et ne dépend pas de lui pour exister : elle ne périt donc pas avec lui.

En bref

« L'âme ne meurt pas avec le corps » est un argument d'Avicenne (Le Livre de la guérison, De l'âme, V, 2 et V, 4) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : l'âme survit). Sa thèse : L'âme humaine ne meurt pas avec le corps, et rien d'autre ne la détruit : elle ne périt pas du tout. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 7 prémisses. AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Le Livre de la guérison, De l'âme, V, 2 et V, 4
Valide

Si une chose meurt quand une autre meurt, c'est qu'elle dépend d'elle. Avicenne examine toutes les façons dont l'âme pourrait dépendre du corps, et les écarte une à une. Puis il montre qu'aucune autre cause ne peut la détruire, parce qu'elle est simple. À la différence de Platon, il ne croit pas que l'âme existait avant le corps : elle naît avec lui, mais ne meurt pas avec lui. La résurrection des corps, elle, n'est connue selon lui que par la révélation.

P1L'âme qui pense (l'intellect) n'est pas un corps, ni une faculté logée dans un corps : c'est une substance qui existe par elle-même. Il l'a démontré juste avant (De l'âme, V, 2).
P2Une chose ne périt avec une autre que si elle en dépend dans son existence, et il n'y a que trois façons d'en dépendre : comme un effet dépend de sa cause, comme deux choses inséparables l'une de l'autre, ou comme une cause dont l'effet ne peut disparaître sans qu'elle disparaisse d'abord.
P3L'âme n'est pas un effet du corps : n'étant pas logée en lui, elle n'est ni produite par lui, ni faite de lui. Le corps est seulement l'occasion de son apparition.
P4L'âme et le corps ne sont pas deux choses inséparables par essence : sinon aucun des deux ne serait une substance qui existe par elle-même.
P5L'âme n'est pas non plus la cause dont dépend le corps : le corps meurt pour des raisons qui lui sont propres (un changement de son équilibre), pas parce que l'âme aurait disparu d'abord.
P6Ce qui peut périr par une autre cause contient en lui une « puissance de périr », à côté de son « acte de durer » : il est donc composé (d'une matière et d'une forme).
P7Or l'âme est simple, séparée de la matière : en elle, la puissance de périr et l'acte de durer ne peuvent pas coexister.
Donc l'âme humaine ne meurt pas avec le corps, et rien d'autre ne la détruit : elle ne périt pas du tout.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
La structure est valide, sans prémisse cachée : si les trois seules façons de dépendre du corps sont écartées, l'âme ne meurt pas avec lui ; si tout ce qui peut périr autrement est composé, et si l'âme est simple, rien d'autre ne la détruit. Mais tout repose sur deux choses. D'abord P1, l'immatérialité de l'intellect, démontrée ailleurs et contestée par les matérialistes. Ensuite le caractère complet des listes : y a-t-il vraiment trois façons seulement de dépendre d'une chose (P2), et seulement deux façons de périr ? C'est ce qu'attaque al-Ghazali.
Analogie. Une musicienne joue sur un violon. Si le violon se casse, la musique s'arrête, mais la musicienne n'est pas cassée pour autant : elle ne dépendait pas du violon pour exister, seulement pour jouer. Pour Avicenne, le corps est l'instrument de l'âme. Toute la question est de savoir si l'âme est bien la musicienne, ou plutôt la musique.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Al-Ghazali 1095 · attaque la prémisse 3

Les philosophes reconnaissent eux-mêmes qu'un lien particulier unit cette âme-ci à ce corps-ci, au point qu'elle n'apparaît qu'avec lui. Si ce lien est une condition de son apparition, pourquoi ne serait-il pas aussi une condition de sa durée ? Quand le lien se rompt, l'âme disparaîtrait, et seul Dieu la ferait revenir, à la résurrection.

Avicenne répond
Avicenne
Qu'une chose doive apparaître quand une autre apparaît n'implique pas qu'elle doive disparaître quand l'autre disparaît. Cela n'arrive que si son être subsiste par cette autre chose et en elle.
Le débat continue (notre résumé) Ce passage, écrit avant l'objection, y répond directement. Al-Ghazali réplique que ce lien entre une âme et son corps nous est inconnu : on ne peut donc pas exclure qu'il soit nécessaire à la survie de l'âme. Pour lui, la preuve des philosophes n'est pas fiable, et seule la révélation enseigne le sort de l'âme. (Notre résumé.)
Al-Ghazali 1095 · attaque la conclusion

Même si ni la mort du corps ni aucune cause naturelle ne détruisent l'âme, rien n'empêche que Dieu l'anéantisse par sa puissance. Et rien ne prouve que les façons de périr se limitent à celles que les philosophes ont énumérées.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1095, après sa mort (1037).
Le débat continue (notre résumé) Avicenne est mort avant l'objection, et son De l'âme n'envisage pas ce cas : il montre que l'âme ne dépend pas du corps, mais « d'autres principes, qui ne changent pas et ne disparaissent pas » (De l'âme, V, 4). Pour lui, ces principes (les intelligences séparées, et au-dessus d'elles Dieu) agissent de façon nécessaire : ils ne cessent donc jamais de la faire exister. Al-Ghazali rapporte lui-même la réponse des philosophes : l'anéantissement n'est pas quelque chose qu'une puissance pourrait produire, puisque le non-être n'est rien. Mais pour lui, Dieu agit par une volonté libre, qui peut créer et anéantir : le désaccord porte sur la nature de Dieu plus que sur l'âme. (Notre résumé.)
Kant 1787 · attaque la prémisse 6

Contre Mendelssohn, qui reprenait l'argument de la simplicité : même une chose simple, sans parties, pourrait disparaître peu à peu, en perdant progressivement son intensité, comme une conscience qui s'éteint par degrés. Être simple ne protège pas de tout affaiblissement. (Critique de la raison pure, 2e édition ; texte pas encore dans notre corpus.)

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1787, après sa mort (1037).
N
Neurosciences et matérialisme 1990 · attaque la prémisse 1

La pensée la plus abstraite dépend elle aussi du cerveau : certaines lésions, maladies ou drogues abîment le raisonnement, le calcul, la compréhension des idées générales, pas seulement les sensations ou les images. Rien n'indique qu'une pensée continue quand le cerveau a cessé de fonctionner.

Avicenne répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Avicenne
Si l'intellect semble parfois se lasser ou se fatiguer, c'est parce qu'il se fait aider par l'imagination, qui se sert d'un organe qui, lui, se fatigue.
Le débat continue (notre résumé) Avicenne avait remarqué que la pensée peut être gênée par le corps, et il l'expliquait ainsi (il ajoutait que l'intellect se fortifie souvent après quarante ans, quand le corps décline). Ses critiques répondent que les lésions touchent aussi le raisonnement abstrait lui-même. Ses défenseurs répondent qu'une dépendance dans l'exercice de la pensée ne prouve pas une dépendance dans l'existence de l'âme. (Notre résumé.)