Avicenne (Ibn Sina)
L'âme se sait exister avant tout corps : l'homme volant.
Avicenne (Ibn Sina) (vers 980 – 1037, Asie centrale et Perse : Boukhara, Gourgandj, Rayy, Hamadan, Ispahan) : falsafa (aristotélisme arabe). Avicenne reprend Aristote et le transforme. Il distingue ce qu'est une chose (son essence) et le fait qu'elle existe : je peux savoir ce qu'est un triangle sans savoir s'il en existe un. Sur AskPhilosophy : 3 arguments reconstruits, 5 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 3 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).
Pourquoi il compte
C'est le philosophe le plus influent de l'islam médiéval : après lui, presque tous les penseurs musulmans, théologiens compris, discutent ses thèses, pour les suivre ou pour les combattre (al-Ghazali, Averroès). Traduit en latin à Tolède au XIIe siècle, il marque toute la scolastique : Thomas d'Aquin lui doit la distinction entre l'essence et l'existence. Son Canon de la médecine a été enseigné dans les universités d'Europe jusqu'au XVIIe siècle.
Son époque
Né près de Boukhara, capitale des Samanides, il est, selon son autobiographie, un enfant prodige : médecin du prince à dix-sept ans, il a accès à la grande bibliothèque royale. Après la chute des Samanides, il passe sa vie de cour en cour (Gourgandj, Rayy, Hamadan, Ispahan), tantôt médecin, tantôt vizir, parfois en prison ou en fuite. Il écrit le Shifa' en partie la nuit, entre ses charges politiques. Il meurt à Hamadan en 1037, malade, pendant une campagne militaire de son prince.
Lire ses textes
Nous citons l'arabe d'Avicenne et, quand elle existe, la traduction latine faite à Tolède au XIIe siècle (c'est par elle que l'Europe l'a lu). Pour la Métaphysique, nous donnons aussi la traduction française d'Anawati (extraits) et l'anglaise de Marmura. Pour l'homme volant, aucune traduction libre n'est disponible : la traduction française proposée est la nôtre, et nous le signalons.
Ses positions
clique sur une ligne pour voir la preuveMusulman et théiste : il démontre l'existence d'un seul « existant nécessaire par soi », dont tout le reste tient son existence. Mais son Dieu crée par nécessité, de toute éternité, et non par un choix qui commence dans le temps : c'est ce que lui reprochera al-Ghazali.
Les sens fournissent les cas particuliers, et l'esprit en tire les idées générales. Mais ce qui fait passer notre intellect de la puissance à l'acte est un « intellect agent » extérieur à nous, qui éclaire l'esprit comme le soleil éclaire les yeux. Un rationalisme qui garde une place à l'expérience.
Il y a des principes premiers, vrais par eux-mêmes, à partir desquels on démontre le reste. La démonstration rigoureuse donne une science certaine.
Dualiste : l'âme humaine, qui reçoit les idées, n'est ni un corps ni une faculté logée dans un corps. L'homme volant sert à « éveiller » à cette vérité ; la démonstration se trouve ailleurs dans le De l'âme.
Tout ce qui est possible n'existe que lorsque sa cause le rend nécessaire : dans son système, rien n'arrive sans être nécessité par ses causes. Il ne nie pas que l'homme délibère et choisit, mais les spécialistes discutent de la place qui reste au libre arbitre.
Des jugements comme « mentir est laid » ou « l'injustice est laide » sont pour lui des opinions largement reçues, pas des évidences de la raison ; il ajoute qu'ils deviennent rationnels quand on les démontre. Le bien n'est donc pas arbitraire, mais il n'est pas évident par lui-même.
La raison démontre l'essentiel (Dieu, l'âme, le bonheur de l'âme après la mort), et la prophétie le confirme. Pour la résurrection des corps, il reconnaît que seule la Loi révélée l'enseigne : la raison ne peut pas la prouver.
Le vrai bonheur est celui de l'âme : s'approcher du « Vrai premier » en le connaissant. Les plaisirs du corps ne sont rien à côté.
L'homme est perfectible : son âme peut passer de la simple capacité de penser à la connaissance effective, et celui qui unit la sagesse pratique et la sagesse théorique est heureux. Mais ses passions doivent être tenues par la raison.
L'homme ne peut pas vivre seul ; la vie commune exige une loi, et un législateur (le prophète) qui ne laisse pas chacun juger du juste à sa guise. Il va jusqu'à écrire que celui qui prend le pouvoir par la force ou l'argent doit être combattu et tué.
Une éthique des vertus à la manière d'Aristote : la justice est le « juste milieu » entre les excès, et les vertus principales sont la tempérance, la sagesse pratique et le courage.