Peut-on être certain de quelque chose ?Par l'expérience, avec prudence

Les idoles de l'esprit

Francis Bacon 1561 · 1626Savoir, c'est pouvoir : observer et expérimenter.
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Ce qu'il soutient

Pour connaître la nature, il ne faut pas se fier à l'esprit seul : il faut une méthode qui confronte nos idées aux faits en cherchant d'abord ce qui les contredit. Ainsi avertis, nous pouvons nous protéger des idoles.

Pourquoi

L'esprit déforme ce qu'il perçoit et ne retient que ce qui lui donne raison ; il faut donc un juge extérieur : les faits.

En bref

« Les idoles de l'esprit » est un argument de Francis Bacon (Novum Organum, I, 38-49 (1620)) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : par l'expérience, avec prudence). Sa thèse : Pour connaître la nature, il ne faut pas se fier à l'esprit seul : il faut une méthode qui confronte nos idées aux faits en cherchant d'abord ce qui les contredit. Ainsi avertis, nous pouvons nous protéger des idoles. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Novum Organum, I, 38-49 (1620)
Valide avec une prémisse implicite

Pourquoi nous trompons-nous ? Pour Bacon, nos erreurs ne tombent pas du ciel : elles ont des sources précises, toujours les mêmes, qu'il appelle des « idoles » (du grec eidôlon : une image trompeuse). Celles de l'espèce humaine entière, celles de chacun, celles des mots, celles des systèmes appris. Si on les connaît, on peut s'en protéger. Mais pas en réfléchissant seul dans sa chambre : il faut confronter ses idées aux faits, et surtout aux faits qui les contredisent. Quatre siècles avant la psychologie des biais cognitifs, c'est déjà une description de ce qu'on appelle aujourd'hui le biais de confirmation.

P1L'esprit humain est assiégé par quatre sortes d'« idoles », des sources d'erreur constantes : celles de l'espèce (la tribu), celles de chaque individu (la caverne), celles des mots (la place publique), celles des systèmes reçus (le théâtre).
P2Ces idoles ne trompent pas seulement les sens : elles faussent l'entendement lui-même, qui mêle sa nature à celle des choses comme un miroir déformant, et elles touchent jusqu'aux principes reçus dans les sciences. On ne peut donc pas se fier à l'esprit seul.
P3 · prémisse impliciteSi l'on ne peut pas se fier à l'esprit seul, il faut un juge extérieur à l'esprit, et ce juge, ce sont les faits de l'expérience.
P4Mais face aux faits, l'esprit retient ceux qui lui donnent raison et néglige les autres ; or, pour établir une vérité, c'est l'exemple contraire qui a le plus de force. Il faut donc chercher les exemples contraires.
Donc, pour connaître la nature, il ne faut pas se fier à l'esprit seul : il faut une méthode qui confronte nos idées aux faits en cherchant d'abord ce qui les contredit. Ainsi avertis, nous pouvons nous protéger des idoles.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'esprit seul n'est pas fiable, mais où le recours n'est pas l'expérience (par exemple la révélation, ou un raisonnement mathématique contrôlé) : la conclusion ne suit plus.
Valide avec P3. Sans elle, Bacon aurait seulement montré qu'on ne peut pas se fier à l'esprit seul : il resterait à dire vers quoi se tourner. P3 affirme que ce recours, ce sont les faits. C'est le point de partage avec les rationalistes : Descartes répond qu'on peut se fier à l'esprit, à condition de ne juger que de ce qu'on conçoit clairement. Remarque : Bacon ne dit pas que l'expérience corrige tout. Il sait que l'esprit trie les faits à sa convenance (P4) : c'est pourquoi il faut une méthode, et pas seulement des observations.
Analogie. Bacon raconte qu'on montrait dans un temple les portraits des marins qui avaient fait un vœu aux dieux et avaient échappé au naufrage. « Reconnaissez-vous maintenant la puissance des dieux ? » Réponse d'un sage : « Mais où sont les portraits de ceux qui ont fait un vœu et se sont noyés ? » C'est tout l'argument : on ne compte que les cas qui nous donnent raison.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Descartes 1641 · attaque la prémisse 2

L'entendement ne se trompe pas par lui-même : tout ce que je conçois, je le conçois comme il faut. L'erreur vient de la volonté, plus vaste que l'entendement, qui juge de ce qu'elle ne comprend pas. Le remède n'est pas d'abord l'expérience, mais la discipline : ne juger que de ce que l'on conçoit clairement et distinctement.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1641, après sa mort (1626).
Le débat continue (notre résumé) Les Méditations paraissent en 1641, quinze ans après la mort de Bacon. Les deux diagnostics se rapprochent : Bacon écrit lui aussi que l'entendement « reçoit l'infusion de la volonté et des passions » (NO I, 49). Ils divergent sur le remède : suspendre son jugement pour Descartes, confronter ses idées aux faits pour Bacon.
Spinoza 1661 · attaque la prémisse 1

Bacon « ne prouve presque rien et ne fait guère que raconter ». Il affirme que l'esprit se trompe par sa nature, sans le démontrer. Et ses causes d'erreur se ramènent toutes à une seule, celle de Descartes : une volonté libre plus vaste que l'entendement. Or cette volonté libre n'existe pas : chaque erreur a des causes déterminées, qu'il faut connaître.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1661, après sa mort (1626).
Le débat continue (notre résumé) Sur la forme, Spinoza a raison : Bacon appuie ses idoles sur des exemples (les portraits du temple, les présages qu'on retient quand ils tombent juste) plutôt que sur des démonstrations. Au XXe siècle, la psychologie expérimentale a mesuré plusieurs de ces travers, comme le biais de confirmation. Mais elle les explique, comme le voulait Spinoza, par des causes précises dans le fonctionnement de l'esprit, sans faire appel à une volonté libre.