On ne naît pas femme : on le devient
« On ne naît pas femme, on le devient »
Aucun destin biologique ne définit la figure sociale de « la femme » : c'est la civilisation qui l'élabore, et chaque fille la devient. On ne naît pas femme, on le devient.
Enfants, filles et garçons ont les mêmes capacités ; la féminité vient de l'éducation, qu'une autre éducation change largement.
« On ne naît pas femme : on le devient » est un argument de Simone de Beauvoir (Le Deuxième Sexe, tome II, 1re partie, ch. 1 « Enfance » (1949)) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : un soi à construire). Sa thèse : Aucun destin biologique ne définit la figure sociale de « la femme » : c'est la civilisation qui l'élabore, et chaque fille la devient. On ne naît pas femme, on le devient. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Le tome II du Deuxième Sexe s'ouvre sur la phrase la plus célèbre de Beauvoir. Attention à ce qu'elle veut dire. Elle ne nie ni le corps ni la différence des sexes : elle parle de « la femelle humaine », et elle admet ailleurs que la division des sexes est « un donné biologique ». Ce qu'elle refuse, c'est que ce donné produise à lui seul « la femme » telle qu'on la voit : passive, tournée vers le regard des autres, coquette. Cette figure, dit-elle, est fabriquée par l'ensemble de la civilisation, et elle commence tôt : dès la petite enfance, par ce que les adultes font de l'enfant. Son argument est donc une thèse sur les causes du caractère féminin, appuyée sur ce qu'elle affirme de l'enfance, avant la puberté.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve une situation où tout est vrai (les enfants se ressemblent, les adultes insufflent la féminité, l'éducation virile aide) et où pourtant une part de la féminité est naturelle : par exemple si la nature donne une pente légère que l'éducation amplifie.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
LLes défenseurs d'une différence biologique attaque la prémisse 1Les filles et les garçons ne sont pas identiques avant la puberté : le corps, les hormones et peut-être certains goûts diffèrent en moyenne dès l'enfance. L'éducation ne fait pas tout. Ce que Beauvoir attribue à la société pourrait venir en partie de la nature.
Beauvoir répond
Les filles et les garçons ne sont pas identiques avant la puberté : le corps, les hormones et peut-être certains goûts diffèrent en moyenne dès l'enfance. L'éducation ne fait pas tout. Ce que Beauvoir attribue à la société pourrait venir en partie de la nature.
Rousseau (Émile, livre V) 1762 · attaque la prémisse 2Les goûts des filles apparaissent avant toute éducation : les garçons cherchent le mouvement et le bruit, les filles les miroirs, les bijoux et surtout les poupées. La poupée est l'amusement propre à ce sexe : elle montre un penchant naturel pour sa destination.
Beauvoir répond
Les goûts des filles apparaissent avant toute éducation : les garçons cherchent le mouvement et le bruit, les filles les miroirs, les bijoux et surtout les poupées. La poupée est l'amusement propre à ce sexe : elle montre un penchant naturel pour sa destination.
Judith Butler et la critique ultérieure du « genre » 1990 · attaque la conclusionLa formule suppose que la nature fournit un sexe stable, sur lequel la société bâtit ensuite le « féminin ». Mais notre manière de voir et de classer les corps est déjà façonnée par la culture. Si le genre est fabriqué, le « sexe » lui-même n'est peut-être pas un simple donné naturel. Et qui est le sujet qui « devient » ?
sans réponse
La formule suppose que la nature fournit un sexe stable, sur lequel la société bâtit ensuite le « féminin ». Mais notre manière de voir et de classer les corps est déjà façonnée par la culture. Si le genre est fabriqué, le « sexe » lui-même n'est peut-être pas un simple donné naturel. Et qui est le sujet qui « devient » ?