Vivre sans appel
Ni le suicide ni le saut ne répondent à l'absurde. Il faut le maintenir, c'est-à-dire vivre en révolté, sans espoir ni renoncement.
L'absurde est un face-à-face entre l'esprit et le monde ; le suicide, comme le saut vers Dieu, y met fin au lieu de le garder.
« Vivre sans appel » est un argument de Camus (Le Mythe de Sisyphe, 1942) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : l'absurde). Sa thèse : Ni le suicide ni le saut ne répondent à l'absurde. Il faut le maintenir, c'est-à-dire vivre en révolté, sans espoir ni renoncement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Camus ouvre son essai par une question : si la vie n'a pas de sens, faut-il en sortir ? Il appelle absurde le face-à-face entre l'esprit humain, qui demande du sens, et un monde qui n'en donne pas. Il examine deux sorties : le suicide, et ce qu'il nomme le « suicide philosophique », le saut vers Dieu ou l'éternel qu'il lit chez Chestov et chez Kierkegaard. Sa réponse n'est pas la consolation : c'est de tenir ce face-à-face, sans espoir et sans renoncement. Kierkegaard est mort en 1855 : c'est Camus qui lui répond, et non l'inverse.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'absurde est une confrontation, où le suicide y met fin, et où la personne ne cherche pas à le préserver : rien n'interdit alors le suicide.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Johannes Climacus (pseudonyme de Kierkegaard), Post-scriptum 1846 · attaque la prémisse 2La foi n'est pas un repos qui supprimerait la tension. Pour Climacus, elle est la contradiction même entre la passion infinie de l'intériorité et l'incertitude objective : sans risque, pas de foi, et si je pouvais saisir Dieu objectivement, je ne croirais pas. Le saut ne résout donc pas le divorce, il le porte jusqu'au bout.
Camus répond
La foi n'est pas un repos qui supprimerait la tension. Pour Climacus, elle est la contradiction même entre la passion infinie de l'intériorité et l'incertitude objective : sans risque, pas de foi, et si je pouvais saisir Dieu objectivement, je ne croirais pas. Le saut ne résout donc pas le divorce, il le porte jusqu'au bout.
Pascal, Pensées 1670 · attaque la conclusionOn ne peut pas rester neutre devant Dieu : « il faut parier, vous êtes embarqué ». Si la raison ne tranche pas, vivre sans appel est déjà un pari, et le gain possible (un bonheur infini) dépasse de loin la mise (une vie finie).
sans réponse
On ne peut pas rester neutre devant Dieu : « il faut parier, vous êtes embarqué ». Si la raison ne tranche pas, vivre sans appel est déjà un pari, et le gain possible (un bonheur infini) dépasse de loin la mise (une vie finie).
OObjection : décrire n'est pas prescrire attaque la prémisse 3Même si l'absurde est une évidence, un fait ne commande rien. Pourquoi faudrait-il le « préserver » plutôt que d'en finir, ou de s'en distraire ? Il faut un principe de plus, que rien ne démontre : « on doit rester fidèle à ce que l'on tient pour vrai ».
sans réponse
Même si l'absurde est une évidence, un fait ne commande rien. Pourquoi faudrait-il le « préserver » plutôt que d'en finir, ou de s'en distraire ? Il faut un principe de plus, que rien ne démontre : « on doit rester fidèle à ce que l'on tient pour vrai ».
Maître Changwu, dans le Zhuangzi (chap. 2) attaque la prémisse 3Un personnage du Zhuangzi demande : comment savoir que l'amour de la vie n'est pas une illusion, et que celui qui a peur de mourir n'est pas un enfant égaré qui ne retrouve pas le chemin de sa maison ? Dans la même réplique, il ajoute que les sots se croient éveillés, et qu'un grand réveil montrerait peut-être que cette vie est un grand rêve. Si ce qui nous paraît évident (tenir à la vie, refuser la mort) peut être un rêve, pourquoi faudrait-il préserver à tout prix la confrontation que Camus tient pour vraie ? On pourrait aussi apprendre à s'en défaire, sans suicide et sans Dieu.
sans réponse
Un personnage du Zhuangzi demande : comment savoir que l'amour de la vie n'est pas une illusion, et que celui qui a peur de mourir n'est pas un enfant égaré qui ne retrouve pas le chemin de sa maison ? Dans la même réplique, il ajoute que les sots se croient éveillés, et qu'un grand réveil montrerait peut-être que cette vie est un grand rêve. Si ce qui nous paraît évident (tenir à la vie, refuser la mort) peut être un rêve, pourquoi faudrait-il préserver à tout prix la confrontation que Camus tient pour vraie ? On pourrait aussi apprendre à s'en défaire, sans suicide et sans Dieu.