QuestionsPeut-on être certain de quelque chose ?Savoir ce qu'on sait, savoir ce qu'on ne sait pas
Peut-on être certain de quelque chose ?Ce qui échappe aux mots

Savoir ce qu'on sait, savoir ce qu'on ne sait pas

Confucius v. 551 av. J.-C. · v. 479 av. J.-C.Devenir humain par l'étude, les rites et la bienveillance.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Le sage ne prétend rien savoir de la mort et des esprits. Il les honore en se tenant à distance et s'occupe d'abord de ses devoirs envers les vivants. Ses disciples notent qu'il ne parlait pas des esprits.

Pourquoi

Savoir, c'est distinguer ce qu'on sait de ce qu'on ignore ; on ne connaît pas encore la vie, donc on ne peut parler de la mort.

En bref

« Savoir ce qu'on sait, savoir ce qu'on ne sait pas » est un argument de Confucius (Entretiens 2.17, 11.11, 7.20) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : ce qui échappe aux mots). Sa thèse : Le sage ne prétend rien savoir de la mort et des esprits. Il les honore en se tenant à distance et s'occupe d'abord de ses devoirs envers les vivants. Ses disciples notent qu'il ne parlait pas des esprits. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Entretiens 2.17, 11.11, 7.20
Valide avec une prémisse implicite

Son disciple Zilu, impétueux, lui demande comment servir les esprits, puis ce qu'est la mort. Confucius renvoie aux vivants : « Tu ne sais pas encore ce qu'est la vie, comment saurais-tu ce qu'est la mort ? » Cette réserve applique sa définition du savoir : savoir, c'est distinguer ce qu'on sait de ce qu'on ne sait pas. La forme P1..P4 → C relie plusieurs paroles rapportées ; c'est notre reconstruction.

P1Savoir véritablement, c'est savoir qu'on sait ce qu'on sait, et savoir qu'on ne sait pas ce qu'on ne sait pas.
P2On ne peut pas connaître la mort et les esprits tant qu'on ne connaît pas la vie et nos devoirs envers les hommes.
P3 · prémisse impliciteOr nous ne connaissons pas encore pleinement la vie ni nos devoirs envers les hommes.
P4L'homme de bien ne parle pas de ce qu'il ne sait pas : il garde une prudente réserve.
Donc le sage ne prétend rien savoir de la mort et des esprits. Il les honore en se tenant à distance et s'occupe d'abord de ses devoirs envers les vivants. Ses disciples notent qu'il ne parlait pas des esprits.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'on connaît déjà la vie et ses devoirs : rien n'empêcherait alors de connaître la mort et d'en parler.
L'argument est valide et toutes ses prémisses sont indispensables. P3 n'est pas écrite, mais Confucius la suppose quand il répond à Zilu : il ne dit pas que la mort est inconnaissable, il dit « pas encore ». La lecture « agnostique » est débattue : les commentateurs néo-confucéens (Cheng Yi, Zhu Xi) comprennent qu'il faut connaître la vie d'abord, et qu'alors on connaît aussi la mort. Il s'agirait d'un ordre d'apprentissage, pas d'un doute.
Analogie. Un élève qui n'a pas encore compris les fractions ne devrait pas affirmer quoi que ce soit sur les intégrales. Ce n'est pas que les intégrales soient incompréhensibles : il y a un ordre pour apprendre.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Socrate (selon Platon) 399 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Socrate va plus loin. Il se juge plus sage qu'un autre pour une seule raison : ce qu'il ne sait pas, il ne pense pas non plus le savoir. Or personne ne sait rien de « beau et bon », c'est-à-dire de ce qui compte le plus. Confucius, lui, enseigne la vertu et les rites avec assurance : sait-il vraiment ce qu'il croit savoir ?

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -399, après sa mort (-479).
Le débat continue (notre résumé) Les deux attitudes se ressemblent beaucoup : refuser de croire savoir ce qu'on ignore. La différence est l'usage : Socrate interroge pour montrer l'ignorance de tous, Confucius transmet un savoir hérité des anciens tout en gardant le silence sur ce qui le dépasse.
M
Mozi 430 av. J.-C. · attaque la conclusion

Les confucéens de son temps se contredisent : ils doutent des esprits, mais exigent qu'on apprenne en détail les rites des sacrifices. C'est comme apprendre à recevoir des invités alors qu'il n'y a pas d'invités, ou fabriquer des filets alors qu'il n'y a pas de poissons.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en -430, après sa mort (-479).
Le débat continue (notre résumé) Les Entretiens ne répondent pas à Mozi, venu après Confucius. Ils décrivent seulement sa pratique : il sacrifiait aux ancêtres et aux esprits « comme s'ils étaient présents », et tenait à y assister en personne (3.12). Un confucéen y verrait un rite qui vaut par la sincérité de celui qui l'accomplit ; Mozi y verrait justement ce qu'il dénonce, une pêche sans poissons.