Les machines peuvent-elles penser ? Autant demander si les sous-marins nagent
Les sous-marins ne nagent pas (Dijkstra)
La question « une machine peut-elle penser ? » est mal posée : elle est à peu près aussi pertinente que « un sous-marin peut-il nager ? ». Mieux vaut étudier ce que les programmes font et comment on les construit.
Quand on sait comment une machine fonctionne, savoir si elle « pense » ne change aucun fait : c'est juste une question de vocabulaire.
« Les machines peuvent-elles penser ? Autant demander si les sous-marins nagent » est un argument d'Edsger W. Dijkstra (The threats to computing science (EWD898), 1984, 1984) sur la question « Une machine peut-elle penser ? » (réponse : une question mal posée). Sa thèse : La question « une machine peut-elle penser ? » est mal posée : elle est à peu près aussi pertinente que « un sous-marin peut-il nager ? ». Mieux vaut étudier ce que les programmes font et comment on les construit. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 1984, lors d'un discours à Austin, l'informaticien néerlandais Edsger Dijkstra critique l'esprit de sa discipline à ses débuts. Selon lui, les pères du domaine étaient assez confus : von Neumann comparait ordinateurs et cerveaux, et Turing cherchait des critères pour décider si les machines peuvent penser, une question dont « nous savons maintenant » qu'elle est à peu près aussi pertinente que celle de savoir si les sous-marins peuvent nager. Il ne développe pas l'idée en détail. L'argument ci-dessous en est la reconstruction la plus forte : l'image d'un sous-marin qui avance sous l'eau montre que la réponse à une question de mot ne change rien aux faits. Précision : Dijkstra n'est pas un philosophe, et il ne dit pas que les machines pensent ou ne pensent pas. Il dit que la question détourne du travail utile.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve une question qui ne change rien aux faits observables mais qui reste pertinente : par exemple celle de savoir si la machine éprouve quelque chose.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
John Searle 1980 · attaque la conclusionLa question de la compréhension n'est pas une question de mot. Un ordinateur qui suit un programme manipule des symboles sans savoir ce qu'ils signifient : il a de la syntaxe, pas de sémantique. Dire si un programme suffit à comprendre est, pour Searle, « la bonne question à poser », et sa réponse est non. Ici la réponse change ce qu'une machine est.
sans réponse
La question de la compréhension n'est pas une question de mot. Un ordinateur qui suit un programme manipule des symboles sans savoir ce qu'ils signifient : il a de la syntaxe, pas de sémantique. Dire si un programme suffit à comprendre est, pour Searle, « la bonne question à poser », et sa réponse est non. Ici la réponse change ce qu'une machine est.
David Chalmers 1995 · attaque la prémisse 3Même si l'on met de côté les mots « penser » et « comprendre », il reste une question qui n'est pas verbale : y a-t-il quelque chose que cela fait d'être cette machine ? Chalmers parle du « vrai problème difficile », celui de l'expérience. Le fait qu'une réponse ne change rien aux comportements observables ne montre pas que la question est sans objet.
sans réponse
Même si l'on met de côté les mots « penser » et « comprendre », il reste une question qui n'est pas verbale : y a-t-il quelque chose que cela fait d'être cette machine ? Chalmers parle du « vrai problème difficile », celui de l'expérience. Le fait qu'une réponse ne change rien aux comportements observables ne montre pas que la question est sans objet.