Un corps, un monde, une situation : ce que les règles ne disent pas
La critique de l'IA par Dreyfus
L'IA symbolique échoue à reproduire l'intelligence humaine là où celle-ci repose sur ce savoir-faire, cet arrière-plan et cette situation. Dès 1965, Dreyfus voit que formaliser le comportement intelligent « exclut systématiquement » ces formes de traitement de l'information propres à l'humain.
L'intelligence humaine repose sur un savoir-faire du corps et un sens commun qui ne se réduisent pas à des règles explicites.
« Un corps, un monde, une situation : ce que les règles ne disent pas » est un argument de Hubert Dreyfus (Alchemy and Artificial Intelligence, 1965 ; What Computers Can't Do, 1972, 1972) sur la question « Une machine peut-elle penser ? » (réponse : il faut un corps vivant). Sa thèse : L'IA symbolique échoue à reproduire l'intelligence humaine là où celle-ci repose sur ce savoir-faire, cet arrière-plan et cette situation. Dès 1965, Dreyfus voit que formaliser le comportement intelligent « exclut systématiquement » ces formes de traitement de l'information propres à l'humain. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Au début des années 1960, les premiers programmes jouent aux échecs et démontrent des théorèmes, et leurs créateurs annoncent que les machines penseront bientôt comme nous. Hubert Dreyfus, philosophe formé à la phénoménologie, répond que c'est une impasse. Quand un médecin, un conducteur ou un locuteur agit bien, il ne suit pas une liste de règles. Il s'appuie sur un savoir-faire acquis par un corps vivant, sur un arrière-plan de sens commun que personne n'a jamais écrit, et sur une façon de saisir ce qui compte dans la situation. Une IA qui veut tout transformer en règles explicites passe donc à côté de l'essentiel. Précision importante : Dreyfus ne dit pas qu'aucune machine ne pensera jamais. Il vise un type précis d'IA, celle qui manipule des symboles par règles.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où une capacité irréductible aux règles pourrait quand même être reproduite par un programme qui n'a que des règles.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
JJohn McCarthy, Marvin Minsky, Nathaniel Rochester, Claude Shannon 1955 · attaque la prémisse 2Le projet fondateur de l'IA part de la conjecture inverse : tout aspect de l'apprentissage ou de toute autre caractéristique de l'intelligence peut en principe être décrit assez précisément pour qu'une machine le simule. Un savoir-faire qu'on ne sait pas encore écrire est un problème à résoudre, pas une limite.
un défenseur répond
Le projet fondateur de l'IA part de la conjecture inverse : tout aspect de l'apprentissage ou de toute autre caractéristique de l'intelligence peut en principe être décrit assez précisément pour qu'une machine le simule. Un savoir-faire qu'on ne sait pas encore écrire est un problème à résoudre, pas une limite.
Voir la suite du débat (1)
David Rumelhart, James McClelland et le groupe PDP 1986 · attaque la prémisse 4Les réseaux de neurones (connexionnisme) n'ont pas de règles écrites : ils apprennent à partir d'exemples et ajustent des milliers de connexions. Ce qu'ils savent n'est pas une liste de règles explicites, et pourtant c'est une machine. La critique de l'IA symbolique ne touche donc pas la machine en général.
un défenseur répond
Les réseaux de neurones (connexionnisme) n'ont pas de règles écrites : ils apprennent à partir d'exemples et ajustent des milliers de connexions. Ce qu'ils savent n'est pas une liste de règles explicites, et pourtant c'est une machine. La critique de l'IA symbolique ne touche donc pas la machine en général.
RRodney Brooks 1991 · attaque la conclusionBrooks accepte que les représentations symboliques gênent : pour une intelligence simple, il vaut mieux utiliser le monde comme son propre modèle. Mais il en tire une autre conclusion : on peut construire des robots dotés d'un corps, qui agissent dans des bureaux réels sans supervision. Le corps n'est donc pas un obstacle pour les machines, c'est une solution.
un défenseur répond
Brooks accepte que les représentations symboliques gênent : pour une intelligence simple, il vaut mieux utiliser le monde comme son propre modèle. Mais il en tire une autre conclusion : on peut construire des robots dotés d'un corps, qui agissent dans des bureaux réels sans supervision. Le corps n'est donc pas un obstacle pour les machines, c'est une solution.