QuestionsL'être humain est-il bon par nature ?L'individu moderne est fabriqué par les disciplines
L'être humain est-il bon par nature ?Ni bon ni mauvais

L'individu moderne est fabriqué par les disciplines

Les corps dociles ; la société disciplinaire

Michel Foucault 1926 · 1984Philosophe et historien : les savoirs et les pouvoirs se produisent l'un l'autre, et chaque société a son régime de vérité.
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Ce qu'il soutient

L'être humain moderne n'est ni bon ni mauvais par nature : il est façonné, corps et « âme », par les disciplines de la société.

Pourquoi

École, caserne, usine, prison dressent les corps par des exercices et une surveillance ; l'« âme » de l'individu est l'effet de ce dressage.

En bref

« L'individu moderne est fabriqué par les disciplines » est un argument de Michel Foucault (Surveiller et punir (1975), I, 1 ; III, 1 « Les corps dociles » ; III, 3 « Le panoptisme ») sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : ni bon ni mauvais). Sa thèse : L'être humain moderne n'est ni bon ni mauvais par nature : il est façonné, corps et « âme », par les disciplines de la société. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Surveiller et punir (1975), I, 1 ; III, 1 « Les corps dociles » ; III, 3 « Le panoptisme »
Valide avec une prémisse implicite

Sommes-nous bons ou méchants par nature ? Foucault déplace la question : ce que nous appelons notre nature, notre âme, notre personnalité, a été produit. À partir des XVIIe et XVIIIe siècles, des techniques de pouvoir (emploi du temps, exercices, examens, surveillance) ont servi à dresser les corps dans l'armée, les écoles, les ateliers, les hôpitaux et les prisons. Le soldat, par exemple, n'est plus quelqu'un qu'on reconnaît à sa vigueur naturelle : on le fabrique à partir d'une pâte informe. Pour Foucault, l'individu moderne, avec son intériorité, est lui-même un effet de cette fabrique. On ne naît ni bon ni mauvais : on est façonné.

P1À l'âge classique, on découvre le corps comme objet et cible du pouvoir : un corps que l'on peut soumettre, utiliser, transformer et perfectionner, c'est-à-dire un corps « docile ».
P2Ces techniques (exercices, emploi du temps, examen, surveillance) fabriquent des individus ; le pouvoir ne fait pas que réprimer, il produit du réel, des objets de savoir et des rituels de vérité.
P3L'« âme » qui habite l'homme moderne et le porte à l'existence est elle-même un moyen par lequel le pouvoir maîtrise le corps : « l'âme, prison du corps ».
P4 · prémisse impliciteSi ce que nous croyons être notre nature intérieure est un effet de ces techniques, alors elle n'est ni bonne ni mauvaise en elle-même : elle est ce que le dressage en a fait.
Donc l'être humain moderne n'est ni bon ni mauvais par nature : il est façonné, corps et « âme », par les disciplines de la société.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide avec P4. P1 à P3 décrivent la fabrication de l'individu moderne. P4, cachée, en déduit qu'il n'y a pas de nature intérieure bonne ou mauvaise en deçà de cette fabrication. Les points d'attaque : P4 (qu'une disposition soit façonnée ne prouve pas qu'il n'existe aucun fond naturel qui résiste ou qui prédispose) et le champ de l'argument, historique et limité à l'époque moderne. Foucault ne dit pas que tout est dressage, mais que ce que nous appelons « individu » l'est. Attention : cet argument ne dit pas que les gens sont mauvais ; il refuse la question de leur nature.
Analogie. Un buis taillé en forme de boule dans un jardin. On croit voir une plante qui est naturellement ronde, mais sa forme vient des coups de sécateur répétés et de la place que le jardinier lui a donnée.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Noam Chomsky 1971 · attaque la prémisse 4

Dans leur débat de 1971, Chomsky défend l'existence d'une nature humaine : une créativité innée, qui explique par exemple que l'enfant produise des phrases qu'il n'a jamais entendues. Elle fonde aussi, pour lui, l'idée de justice et de droits. Si cette nature existe, le dressage la contraint sans la créer.

un défenseur répond
Michel Foucault défenseur de l'argument · 1971
Dans le même débat, Foucault répond qu'il se méfie de la « nature humaine » : ce concept a joué un rôle variable dans l'histoire de nos savoirs, et l'idée même de justice a été inventée et utilisée dans des sociétés différentes comme instrument d'un pouvoir. Il ne nie pas les capacités du langage ; il refuse d'en faire le fondement d'une politique (résumé, passage non cité).
Où en est le débat (notre résumé)Chomsky : il y a une nature humaine créative. Foucault : le concept est historique et politique. Désaccord de fond : une nature innée peut-elle servir de base à la critique du pouvoir ?
N
Nancy Fraser 1981 · attaque la conclusion

Fraser soutient que Foucault décrit très bien le pouvoir disciplinaire mais ne dit pas pourquoi il faudrait lui résister : pour le condamner, il faudrait des normes (liberté, dignité, justice) qu'il refuse d'invoquer. Si l'individu est une fabrication, au nom de quoi juge-t-on la fabrication ?

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Foucault dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Fraser : sans norme, la critique du pouvoir est impossible. Désaccord de fond : peut-on décrire un pouvoir sans le juger, ou le juger sans norme universelle ?
O
Objection courante (lecteurs de Surveiller et punir) 1975 · attaque la prémisse 2

Si les disciplines fabriquaient entièrement les individus, on ne comprendrait pas d'où viennent les révoltes et les refus. Un individu tout entier produit par le pouvoir ne pourrait pas lui résister.

un défenseur répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Michel Foucault défenseur de l'argument · 1976
Dans La Volonté de savoir, Foucault précise que là où il y a pouvoir, il y a résistance, et que les points de résistance sont présents partout dans le réseau du pouvoir. Le façonnage n'est donc jamais total, même si la résistance n'est pas extérieure au pouvoir.
Où en est le débat (notre résumé)Objection : si l'on est façonné, comment résiste-t-on ? Foucault : la résistance fait partie du pouvoir. Désaccord de fond : la résistance vient-elle d'une nature libre ou d'autres formes de pouvoir ?