Le sens ne s'invente pas, il se découvre
La logothérapie ; trois voies vers le sens ; « un pourquoi pour vivre » ; l'optimisme tragique
Le sens de la vie est découvert et non inventé, et il est sans condition : il inclut même le sens possible d'une souffrance inévitable.
Le sens est dans le monde, pas dans notre tête : on le découvre par une œuvre, une rencontre, ou face à une souffrance inévitable.
« Le sens ne s'invente pas, il se découvre » est un argument de Viktor Frankl (Man's Search for Meaning, 1946 (éd. anglaise, 1959-1985), 1946) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : un sens donné). Sa thèse : Le sens de la vie est découvert et non inventé, et il est sans condition : il inclut même le sens possible d'une souffrance inévitable. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Frankl, psychiatre juif viennois, passe trois ans dans les camps nazis, dont Auschwitz. Il y remarque que ceux qui ont un but, un « pourquoi », tiennent mieux. Il en tire une idée simple : on se trompe en demandant « quel est le sens de ma vie ? », car c'est la vie qui nous interroge, à chaque heure, par les situations où elle nous met. Le sens n'est donc pas une pensée que l'on invente en soi, c'est une tâche que l'on découvre dans le monde. Il y a trois voies pour la trouver : faire une œuvre ou un geste, vivre un amour ou une expérience, et choisir son attitude devant une souffrance qu'on ne peut pas éviter. Même mourant, on peut donc donner un sens à sa vie. C'est ce qui la rend, selon lui, sensée sans condition.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où une voie est ouverte, où elle donnerait un sens si on la suivait, mais où personne ne la suit : la vie de cette personne n'a alors pas de sens, même si elle en aurait pu avoir.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme 1945 · attaque la prémisse 1Pour Sartre, c'est l'inverse : « la vie n'a pas de sens, a priori. Avant que vous ne viviez, la vie, elle, n'est rien, mais c'est à vous de lui donner un sens, et la valeur n'est pas autre chose que ce sens que vous choisissez ». Le sens n'attend pas dans le monde : il naît du choix de chacun. Chercher un sens « à découvrir » reviendrait à croire qu'il existe d'avance, ce que rien ne montre.
Frankl répond
Pour Sartre, c'est l'inverse : « la vie n'a pas de sens, a priori. Avant que vous ne viviez, la vie, elle, n'est rien, mais c'est à vous de lui donner un sens, et la valeur n'est pas autre chose que ce sens que vous choisissez ». Le sens n'attend pas dans le monde : il naît du choix de chacun. Chercher un sens « à découvrir » reviendrait à croire qu'il existe d'avance, ce que rien ne montre.
Susan Wolf, Meaning in Life and Why It Matters 2010 · attaque la prémisse 2Si le sens est ce que chacun découvre dans ses tâches, qu'est-ce qui distingue un vrai sens d'une impression de sens ? Wolf soutient que le sens ne se réduit pas à ce que le sujet ressent. Elle écrit qu'on ne peut garantir que l'évaluation que le sujet fait de la valeur de son objet « soit privilégiée », et que celui qui aime fumer du cannabis toute la journée ou faire des mots croisés sans fin, même sans contrainte, ne rend pas pour autant sa vie pleine de sens. Une vie pleine de sens suppose un objet qui en vaut la peine, pas seulement un sentiment.
Frankl répond
Si le sens est ce que chacun découvre dans ses tâches, qu'est-ce qui distingue un vrai sens d'une impression de sens ? Wolf soutient que le sens ne se réduit pas à ce que le sujet ressent. Elle écrit qu'on ne peut garantir que l'évaluation que le sujet fait de la valeur de son objet « soit privilégiée », et que celui qui aime fumer du cannabis toute la journée ou faire des mots croisés sans fin, même sans contrainte, ne rend pas pour autant sa vie pleine de sens. Une vie pleine de sens suppose un objet qui en vaut la peine, pas seulement un sentiment.
Objection qui naît du récit de Frankl lui-même 1946 · attaque la conclusionFrankl rapporte que celui qui avait un « pourquoi » tenait mieux. Mais il écrit aussi : « Nous qui sommes revenus, grâce à de nombreux hasards heureux ou miracles, quel que soit le nom qu'on leur donne, nous le savons : les meilleurs d'entre nous ne sont pas revenus. » Si le hasard décidait de la survie, le sens que l'on se donne à soi-même ne prouve rien sur sa vie, et la conclusion générale (un sens sans condition) ne repose plus sur les camps.
Frankl répond
Frankl rapporte que celui qui avait un « pourquoi » tenait mieux. Mais il écrit aussi : « Nous qui sommes revenus, grâce à de nombreux hasards heureux ou miracles, quel que soit le nom qu'on leur donne, nous le savons : les meilleurs d'entre nous ne sont pas revenus. » Si le hasard décidait de la survie, le sens que l'on se donne à soi-même ne prouve rien sur sa vie, et la conclusion générale (un sens sans condition) ne repose plus sur les camps.