QuestionsQui suis-je vraiment ?Le moi n'est pas maître dans sa propre maison
Qui suis-je vraiment ?Pas de moi fixe

Le moi n'est pas maître dans sa propre maison

La troisième blessure narcissique

Sigmund Freud 1856 · 1939La religion est une illusion née du désir d'être protégé, comme l'enfant par son père.
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Ce qu'il soutient

Le moi n'est pas maître dans sa propre maison : il n'est ni un, ni transparent à lui-même, ni souverain.

Pourquoi

Une partie de notre vie psychique échappe à notre conscience comme à notre volonté, et ce que la conscience en dit est incomplet.

La même idée à travers l'histoire
Arthur Schopenhauer1819Freud lui-même cite Schopenhauer comme le grand prédécesseur : son « vouloir » inconscient équivaut aux pulsions de la psychanalyse.
Sigmund Freud1917Freud en fait la troisième blessure de l'orgueil humain, après Copernic et Darwin, et l'appuie sur sa pratique avec les névroses.
En bref

« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison » est un argument de Sigmund Freud (« Une difficulté de la psychanalyse » (1917), 1917) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : pas de moi fixe). Sa thèse : Le moi n'est pas maître dans sa propre maison : il n'est ni un, ni transparent à lui-même, ni souverain. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Une difficulté de la psychanalyse » (1917)
Valide avec une prémisse implicite

Freud, médecin et fondateur de la psychanalyse, écrit en 1917 un court article pour une revue. Il y explique pourquoi la psychanalyse déplaît : elle blesse l'amour-propre de l'humanité, une troisième fois. Copernic a montré que la Terre n'est pas le centre du monde. Darwin a montré que l'homme descend de l'animal. La psychanalyse montre que le moi n'est pas « maître dans sa propre maison ». Ici, le « moi » ne disparaît pas : Freud ne dit pas qu'il n'existe aucun soi. Il dit qu'il n'est ni un, ni transparent à lui-même, ni souverain : il est divisé entre des forces dont une grande partie lui reste inconnue. C'est pourquoi cet argument est rangé dans « Pas de moi fixe », le camp le plus proche.

P1Le moi se croit souverain : il pense être informé de tout ce qui se passe dans l'esprit, de façon complète et fiable, et que sa volonté va partout.
P2Or l'esprit n'est pas simple : c'est une hiérarchie d'instances, un enchevêtrement d'impulsions qui poussent chacune de leur côté, souvent opposées entre elles.
P3Dans les névroses, des pensées et des impulsions surgissent que le moi ne reconnaît pas et ne peut pas chasser. La psychanalyse montre qu'elles viennent de lui : une partie de sa propre vie psychique s'est soustraite à sa connaissance et à l'empire de sa volonté.
P4Le psychique n'est pas la même chose que le conscient. Même chez une personne bien portante, les nouvelles que la conscience transmet sont incomplètes, souvent peu fiables, et arrivent parfois quand l'acte est déjà fait.
P5 · prémisse impliciteUn moi dont une partie de la vie psychique lui échappe, divisé en forces opposées et mal informé, n'est pas maître de lui-même.
Donc le moi n'est pas maître dans sa propre maison : il n'est ni un, ni transparent à lui-même, ni souverain.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un moi qui est divisé, dont une part lui échappe et dont la conscience est incomplète, et qui reste pourtant maître de lui, comme un chef d'État qui ignore beaucoup de choses de son pays mais garde la décision finale. C'est le point faible que les défenseurs du moi unifié attaquent.
Valide avec P5, que Freud ne formule pas comme prémisse mais que sa conclusion suppose : si le moi est divisé, qu'une part lui échappe et que sa conscience est incomplète, alors il n'est pas maître de lui. Sans P5, rien n'empêche qu'un moi divisé et mal informé reste pourtant en fin de compte celui qui décide.
Analogie. Un souverain absolu croit gouverner son pays, mais ne reçoit que les rapports que ses ministres veulent bien lui donner, et ne descend jamais voir ce que pense le peuple. Des décisions se prennent sans lui, parfois contre lui. Freud dit : le moi est ce roi-là.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Descartes (la pensée est toujours consciente) 1644 · attaque la prémisse 4

Par « penser », j'entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes. Pour Descartes, il n'y a donc pas de pensée dont l'esprit ne soit conscient : l'esprit est transparent à lui-même, et le psychique est le conscient.

Freud répond
Freud Réponse de Freud
Freud s'adresse à cette idée dans le même article : le moi croit que « psychique » et « conscient » sont la même chose, malgré les preuves que la vie psychique contient bien plus que ce qui devient conscient. Ce qui se passe dans l'âme et ce qu'on en sait sont deux choses différentes.
Sartre (la censure doit savoir) 1943 · attaque la prémisse 3

L'inconscient ne résout rien : pour ne laisser passer que ce qui est permis, la censure doit connaître ce qu'elle refoule, donc le savoir. Elle est alors une conscience qui se cache à elle-même quelque chose, non une force aveugle. C'est la mauvaise foi, un mensonge à soi qui reste conscient, pas un inconscient.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1943, après sa mort (1939).
Kant (l'unité du « je pense ») 1787 · attaque la prémisse 5

Le « je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes représentations, sinon quelque chose serait représenté en moi qui ne pourrait pas être pensé. Toute expérience se rapporte donc à un seul et même sujet. Un moi unique est la condition de l'expérience, même si on ne l'a pas toujours à l'esprit.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Freud dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Freud ne discute pas ce passage. On peut répondre pour lui que l'unité du « je pense » est une condition formelle de la pensée, pas un moi qui saurait tout de lui-même : Kant admet lui-même que le champ de nos représentations obscures, dont nous n'avons pas conscience, est immense (Anthropologie, 1798, § 5). Un kantien répondrait qu'un moi divisé suppose encore un seul sujet à qui tout se rapporte.