Le « Je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes représentations
Le « Je pense » de Kant, l'unité de la conscience (aperception transcendantale)
L'unité d'une seule conscience est bien la condition pour que mes représentations soient les miennes, mais on ne peut pas en conclure que le « je » est une substance connue : ni qu'il est une âme simple, ni qu'il est la même personne à travers le temps, ni qu'il est immortel.
Mes représentations ne sont à moi que si une seule conscience les unit, mais cette unité ne me donne pas à connaître ce que je suis.
« Le « Je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes représentations » est un argument de Kant (Critique de la raison pure, 1787, § 16 et Paralogismes) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : ma conscience, ma mémoire). Sa thèse : L'unité d'une seule conscience est bien la condition pour que mes représentations soient les miennes, mais on ne peut pas en conclure que le « je » est une substance connue : ni qu'il est une âme simple, ni qu'il est la même personne à travers le temps, ni qu'il est immortel. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Tes pensées, tes sensations, tes souvenirs : qu'est-ce qui fait qu'ils sont tous à toi, et pas à dix personnes différentes ? Kant répond : ils sont reliés dans une seule conscience, et un « je pense » doit pouvoir les accompagner tous. Sans cette unité, tu aurais « autant de moi que de représentations ». Mais attention : Kant ne dit pas que ce « je » est une chose que l'on connaît, une âme simple et immortelle. Pour lui, le « je » est une forme de la pensée, pas un objet que l'on observe. Il garde donc de Locke l'idée que la conscience fait l'identité, mais il refuse la métaphysique de l'âme.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'unité de la conscience est une forme de la pensée, où j'ai quand même une intuition de moi-même, et où je connais donc une substance. La conclusion est alors fausse.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Hume 1739 · attaque la prémisse 2Quand je regarde en moi, je ne trouve jamais un « moi » : seulement une perception ou une autre, chaleur, froid, plaisir, douleur. Je ne peux jamais me saisir sans perception. Il n'y a donc pas d'unité à présupposer : le « moi » n'est qu'un faisceau de perceptions qui se succèdent.
Kant répond
Quand je regarde en moi, je ne trouve jamais un « moi » : seulement une perception ou une autre, chaleur, froid, plaisir, douleur. Je ne peux jamais me saisir sans perception. Il n'y a donc pas d'unité à présupposer : le « moi » n'est qu'un faisceau de perceptions qui se succèdent.
Descartes 1641 · attaque la conclusionJe suis certain d'exister aussi longtemps que je pense. Et je trouve que la pensée est la seule chose qui ne peut être détachée de moi. Je ne suis donc, précisément parlant, qu'une chose qui pense : une substance, qui est un esprit, et non un corps.
Kant répond
Je suis certain d'exister aussi longtemps que je pense. Et je trouve que la pensée est la seule chose qui ne peut être détachée de moi. Je ne suis donc, précisément parlant, qu'une chose qui pense : une substance, qui est un esprit, et non un corps.
Peter F. Strawson 1966 · attaque la prémisse 3Strawson retient de Kant l'idée qu'une expérience suppose un sujet qui peut se dire « cette expérience est la mienne ». Mais il juge que l'histoire d'actes de synthèse faits par l'esprit, que Kant appelle « psychologie transcendantale », n'est pas nécessaire à l'argument et doit être abandonnée : la condition de l'unité peut se dire sans elle.
sans réponse
Strawson retient de Kant l'idée qu'une expérience suppose un sujet qui peut se dire « cette expérience est la mienne ». Mais il juge que l'histoire d'actes de synthèse faits par l'esprit, que Kant appelle « psychologie transcendantale », n'est pas nécessaire à l'argument et doit être abandonnée : la condition de l'unité peut se dire sans elle.