QuestionsQui suis-je vraiment ?Je suis une chose qui pense, et je reste la même
Qui suis-je vraiment ?Une âme

Je suis une chose qui pense, et je reste la même

« Je ne suis qu'une chose qui pense »

Descartes 1596 · 1650Douter de tout pour trouver ce qui résiste au doute.
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Ce qu'il soutient

Je ne suis, précisément, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit, et cet esprit reste le même sous toutes mes pensées.

Pourquoi

Je peux douter de mon corps, mais pas que je pense ; comme la cire, ce qui reste sous tous mes changements est la chose qui pense.

En bref

« Je suis une chose qui pense, et je reste la même » est un argument de Descartes (Méditation II, 1641) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : une âme). Sa thèse : Je ne suis, précisément, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit, et cet esprit reste le même sous toutes mes pensées. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2, P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Méditation II, 1641
Valide avec une prémisse implicite

Une fois le cogito acquis, Descartes se demande ce qu'est ce « je » dont il est sûr. Il retire tout ce qu'il peut mettre en doute : le corps, la marche, la nutrition, la sensation. Une seule chose résiste : il pense. Il en conclut qu'il est « précisément » une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit. Ce « je » ne dépend pas de ce qu'il pense à tel moment : comme la cire reste la même cire quand sa forme, son odeur et sa couleur changent, l'esprit reste le même quand ses pensées changent. Attention : ce rapprochement entre la cire et le moi est une reconstruction. Descartes décrit la cire pour montrer que l'esprit la connaît mieux que les sens ; l'unité de l'esprit sous ses pensées est dite ailleurs, dans la Méditation VI.

P1Je peux supposer que je n'ai pas de corps et que mes sensations sont des illusions. Parmi tout ce qu'on attribue à l'âme, une seule chose ne peut pas m'être retirée : la pensée.
P2 · prémisse impliciteCe qui ne peut pas m'être retiré sans que je cesse d'être, c'est ce que je suis.
P3Un morceau de cire reste la même cire quand tout ce que les sens y relevaient change : saveur, odeur, couleur, forme, son. Ce qui demeure n'est donc aucune de ces qualités changeantes, et on ne le saisit que par l'esprit.
P4Mes pensées et mes facultés varient : je doute, je veux, je sens, je conçois. Mais ce ne sont pas des parties de moi : c'est le même esprit, tout entier, qui veut, qui sent et qui conçoit.
P5 · prémisse impliciteLe moi est dans le cas de la cire : ce qui reste le même sous la diversité de mes pensées, c'est la chose qui pense, et non telle ou telle de ces pensées.
Donc je ne suis, précisément, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit, et cet esprit reste le même sous toutes mes pensées.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P5, l'ordinateur trouve un cas où il est certain que je pense, où la cire reste la même, où mon esprit n'a pas de parties, et où pourtant je ne suis pas une chose qui pense et qui reste la même : rien n'interdit que « je » soit autre chose que ce que je sais de moi.
L'argument est valide avec P2 et P5, les deux étapes que Descartes ne dit pas sous cette forme. Sans P2, rien ne dit que ce qui résiste au doute est ce que je suis, et pas seulement ce que je sais de moi. Sans P5, le passage de la cire au moi manque : la cire montre qu'une chose peut rester la même sous des qualités changeantes, pas que le moi en est une. C'est P4 (Méditation VI) qui donne à Descartes l'idée d'un esprit sans parties, un et entier.
Analogie. Une pièce de théâtre peut changer de décor, de costumes et de musique à chaque acte, et c'est pourtant la même pièce. On ne la trouve dans aucun des décors : on la comprend en suivant ce qui reste. Pour Descartes, le moi est comme la pièce, et mes pensées comme les décors.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Pierre Gassendi 1641 · attaque la prémisse 2

Vous remarquez que vous pensez, personne ne le nie. Mais il vous reste à prouver que penser est tellement au-dessus de la nature du corps qu'aucun corps, si fin, si pur, si agile soit-il, ne pourrait en être capable. Rien ne montre que vous n'êtes pas un corps très subtil.

Descartes répond
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Descartes Réponse de Descartes
Descartes répond que dans la Méditation II il a seulement affirmé ce qu'il connaît : en tant qu'il se connaît, il n'est rien qu'une chose qui pense. Il n'a pas dû admettre que cette substance soit un corps subtil, faute de raison de le croire ; si Gassendi en a une, c'est à lui de la donner. Exiger qu'il prouve que c'est faux, c'est comme dire à quelqu'un qui se dit en Hollande qu'il doit prouver qu'il n'est pas en Chine.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur la charge de la preuve. Pour Gassendi, il faut montrer que la pensée dépasse tout corps ; pour Descartes, il suffit de ne rien admettre que ce qu'on connaît clairement, la distinction réelle de l'esprit et du corps venant plus loin (voir le lien). Le débat entre dualistes et matérialistes sur ce point reste ouvert.
John Locke 1694 · attaque la conclusion

Savoir si c'est toujours la même substance qui pense ne concerne pas l'identité de la personne. Si c'est la même conscience, des substances différentes peuvent être unies dans une seule personne. Ce qui compte pour la personne, c'est la conscience, pas la chose pensante qui la porte.

un défenseur répond
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1694, après sa mort (1650).
Thomas Reid défenseur de l'argument · 1785
Reid reprend la définition de Locke : une personne est un être intelligent, doué de raison et de conscience. Il en tire que, tant que cet être intelligent continue d'exister et de penser, il est la même personne. Dire que la personne cesse d'exister alors que l'être intelligent continue serait, pour lui, une contradiction manifeste.
Où en est le débat (notre résumé)Locke et Reid divergent sur le sens de « même personne » : pour Locke, c'est la même conscience, quelle que soit la substance ; pour Reid, la personne est l'être pensant lui-même, qui continue d'exister. Le désaccord de fond : l'identité d'une personne tient-elle à un lien psychologique ou à l'existence continue d'une même chose ? Point ouvert, sans réponse largement acceptée.
David Hume 1739 · attaque la prémisse 5

Quand j'entre le plus intimement dans ce que j'appelle moi, je tombe toujours sur une perception particulière, chaud ou froid, lumière ou ombre, amour ou haine, douleur ou plaisir. Je ne me surprends jamais sans une perception et je n'observe jamais rien d'autre que la perception. Pour lui, le moi n'est rien d'autre qu'un faisceau de perceptions.

un défenseur répond
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1739, après sa mort (1650).
Thomas Reid défenseur de l'argument · 1785
Reid écrit que nos pensées, nos actions et nos sentiments changent à chaque instant, mais que le moi auquel ils appartiennent est permanent : je ne suis pas une pensée, je suis ce qui pense, agit et souffre. L'être pensant a une existence continue, et nous avons la conviction invincible qu'il reste le même quand toutes ses pensées changent.
Où en est le débat (notre résumé)Hume constate qu'en s'observant il ne trouve que des perceptions, jamais un moi qui les porte. Reid répond que ce moi n'est pas une perception de plus mais ce à quoi appartiennent toutes les perceptions, et que nous y croyons de façon naturelle. Le désaccord de fond : faut-il un porteur des pensées, ou le faisceau des perceptions suffit-il ? Point ouvert, sans réponse largement acceptée.