QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?Le savoir est dispersé : aucun plan central ne peut le rassembler
Qu'est-ce qu'une société juste ?La tradition

Le savoir est dispersé : aucun plan central ne peut le rassembler

Le savoir dispersé ; l'ordre spontané ; le problème du calcul économique

Friedrich Hayek 1899 · 1992Aucun esprit ne détient tout le savoir utile à une société : il est dispersé entre des millions de personnes.
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Ce qu'il soutient

Une société juste s'appuie sur des règles et des institutions évoluées (marché, prix, droit, coutumes) plus que sur un plan tracé par une autorité centrale.

Pourquoi

Le savoir utile est dispersé chez des millions de personnes : aucun plan central ne peut le réunir, alors que les prix le font circuler.

En bref

« Le savoir est dispersé : aucun plan central ne peut le rassembler » est un argument de Friedrich Hayek (L'utilisation du savoir dans la société, 1945, 1945) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : la tradition). Sa thèse : Une société juste s'appuie sur des règles et des institutions évoluées (marché, prix, droit, coutumes) plus que sur un plan tracé par une autorité centrale. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

L'utilisation du savoir dans la société, 1945
Valide avec une prémisse implicite

En 1945, au sortir d'une guerre où l'État a tout planifié, Hayek pose une question simple : qui sait ce qu'il faut produire, et où ? Les économistes, dit-il, ont traité le problème comme si toutes les données étaient réunies dans une seule tête. Or ces données n'existent que sous forme de morceaux dispersés chez des millions de personnes. De là une idée de la justice sociale : la meilleure société est celle qui laisse les décisions à ceux qui savent, et dont les règles ont grandi par essais successifs plutôt que d'être dessinées d'en haut.

P1Le savoir nécessaire pour organiser une société n'existe jamais sous forme concentrée : il n'existe que comme des morceaux dispersés, incomplets et parfois contradictoires, chez tous les individus.
P2Une grande part de ce savoir est la connaissance des circonstances particulières de temps et de lieu, que ne peuvent pas résumer des statistiques. Un planificateur central doit donc laisser ces décisions à « l'homme sur place ».
P3Le système des prix transmet cette information sans que personne n'ait besoin de tout connaître : chacun reçoit seulement le signal utile à son action, et des milliers d'inconnus s'ajustent sans qu'aucun ordre ne soit donné.
P4Ce mécanisme, comme beaucoup de règles et d'institutions de la civilisation, n'a pas été conçu : il est né en construisant sur des habitudes qui avaient réussi.
P5 · prémisse impliciteUne société juste est celle qui peut utiliser tout ce savoir dispersé. Elle laisse donc la coordination à des règles et à des institutions évoluées, plutôt qu'à un plan central.
Donc une société juste s'appuie sur des règles et des institutions évoluées (marché, prix, droit, coutumes) plus que sur un plan tracé par une autorité centrale.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le savoir est dispersé et où le marché l'utilise bien, et où pourtant une société juste doit changer ces règles, par exemple parce qu'elles produisent des résultats que ses membres jugent injustes.
Avec P5, l'argument est valide. Sans P5, il reste vrai que le savoir est dispersé, mais on n'en tire pas que la justice passe par l'évolution des règles : on pourrait vouloir améliorer le système de prix, ou le corriger par des choix collectifs. Hayek parle d'abord d'efficacité (utiliser le savoir). Faire de l'efficacité un critère de justice est un pas que ses critiques contestent.
Analogie. Personne ne dirige la circulation d'une ville avec un plan unique. Chaque conducteur voit sa rue, ajuste sa route, et l'ensemble avance : le savoir local de milliers de conducteurs vaut mieux qu'un tableau de bord central qui ne verrait pas les détails.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

O
Oskar Lange 1937 · attaque la prémisse 2

Un bureau central peut imiter le marché : il fixe des prix, laisse les entreprises publiques produire selon des règles simples, puis corrige les prix quand il y a pénurie ou surplus, par essais et erreurs. Il n'a pas besoin de connaître le détail local, seulement les prix, comme un marché.

un défenseur répond
Friedrich Hayek défenseur de l'argument · 1940
Résumé : Hayek répond à Lange dans « Le calcul socialiste : la solution concurrentielle ». Un bureau qui fixe les prix les changera trop lentement et trop rarement. Il devra fixer un même prix pour des biens qui diffèrent par la qualité, le lieu et le moment. Et les directeurs d'entreprises publiques, qui ne risquent pas leur argent, n'ont pas les mêmes raisons de bien réagir.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : un prix fixé par un bureau et corrigé par tâtonnements transmet-il la même information qu'un prix né d'échanges entre des gens qui risquent leur argent ? Les deux camps ont poursuivi la discussion sur plusieurs décennies, sans trancher.
J
Joseph Stiglitz et Bruce Greenwald 1986 · attaque la prémisse 3

Quand l'information est imparfaite et inégale (assurance, crédit, emploi), les marchés ne sont en général pas efficaces : les prix ne portent pas tout le savoir utile, et une intervention publique bien conçue peut améliorer le résultat. Le prix n'est donc pas ce messager fiable que décrit Hayek.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1986, après sa mort (1992).
Le débat continue (notre résumé) Hayek a écrit en 1945, quarante ans avant ce travail. Son texte reconnaît lui-même que le système des prix fonctionne moins bien quand les prix sont rigides. Ses défenseurs soutiennent que l'État qui corrige le marché est lui aussi soumis au problème du savoir dispersé ; les partisans de Stiglitz répondent que corriger un défaut précis n'est pas planifier toute l'économie.
K
Karl Polanyi 1944 · attaque la prémisse 4

Dans La Grande Transformation, parue la même année que La Route de la servitude de Hayek, Polanyi soutient que le marché n'est pas né spontanément : il a été créé et maintenu par des lois et par l'État, et il détruit les liens sociaux si on le laisse s'étendre à la terre, au travail et à la monnaie. Parler d'un ordre né sans dessein cache le rôle du pouvoir politique.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Hayek dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Hayek ne cite pas Polanyi dans cet article. Il écrit que le système des prix est une formation que l'homme a appris à utiliser après être « tombé dessus sans le comprendre » : il ne nie pas que des lois et des institutions l'entourent, il nie qu'un esprit l'ait conçu. Le désaccord de fond : les règles évoluées suffisent-elles à protéger les gens, ou faut-il les contenir par des choix politiques conscients ?