Peut-on être certain de quelque chose ?Oui, par la raison

Ce qui est rationnel est réel

Georg Wilhelm Friedrich Hegel 1770 · 1831Le réel est rationnel : l'Esprit se réalise dans l'histoire.
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Ce qu'il soutient

La raison peut connaître le réel : la tâche de la philosophie est de comprendre ce qui est (« son temps saisi dans la pensée »), pas d'enseigner au monde ce qu'il devrait être.

Pourquoi

Le réel au sens fort n'est pas tout ce qui existe : le hasard et l'erreur existent sans l'être, et ce qui l'est est rationnel.

En bref

« Ce qui est rationnel est réel » est un argument de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (Principes de la philosophie du droit, Préface (1820) ; Encyclopédie, § 6 Remarque) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : oui, par la raison). Sa thèse : La raison peut connaître le réel : la tâche de la philosophie est de comprendre ce qui est (« son temps saisi dans la pensée »), pas d'enseigner au monde ce qu'il devrait être. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Principes de la philosophie du droit, Préface (1820) ; Encyclopédie, § 6 Remarque
Valide avec une prémisse implicite

La phrase la plus discutée de Hegel. Pour lui, la raison n'est pas un idéal impuissant, enfermé dans nos têtes : elle est à l'œuvre dans le monde. La philosophie peut donc connaître le réel, et sa tâche est de comprendre ce qui est, pas de dire comment le monde devrait être. Attention au mot « réel » : Hegel écrit wirklich (effectif, ce qui agit vraiment), qu'il distingue de tout ce qui existe simplement. Dès 1821, on l'accuse de justifier l'État prussien ; il répond en 1827, dans l'Encyclopédie.

P1Ce qui est rationnel est réel, et ce qui est réel est rationnel : l'Idée n'est pas si impuissante qu'elle devrait seulement être sans exister.
P2« Réel » ne veut pas dire tout ce qui existe : l'existence n'est qu'en partie réalité. Le hasard, l'erreur, le mal existent sans être réels au sens fort.
P3La philosophie, c'est la raison qui se pense : son objet est l'Idée, le rationnel.
P4 · prémisse impliciteSi le rationnel est réel, la raison qui pense trouve son objet dans le monde présent, et pas dans un au-delà qu'elle inventerait.
Donc la raison peut connaître le réel : la tâche de la philosophie est de comprendre ce qui est (« son temps saisi dans la pensée »), pas d'enseigner au monde ce qu'il devrait être.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où le rationnel est réel et où la philosophie pense le rationnel, mais cherche son objet ailleurs que dans le présent, par exemple dans un idéal à venir : sa tâche pourrait alors être de prescrire.
Valide avec P4, le pont que Hegel suppose entre « le rationnel est réel » et « la philosophie doit comprendre le présent ». P2 ne sert pas à la logique de la conclusion, mais elle empêche la mauvaise lecture : si « réel » voulait dire « tout ce qui existe », P1 justifierait n'importe quelle injustice. Tout le débat porte sur P1 et sur la frontière, floue, entre ce qui est « réel » et ce qui existe seulement.
Analogie. Un médecin n'invente pas un corps idéal pour le comparer au vôtre : il cherche comment votre corps fonctionne vraiment, ce qui en lui est vivant, et il distingue la maladie (qui existe, mais n'est pas « le » corps). Pour Hegel, le philosophe fait de même avec une société : il cherche la raison qui la fait vivre, pas un plan rêvé.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

C
Critiques de son vivant : la lecture conservatrice 1821 · attaque la prémisse 1

Si tout ce qui est réel est rationnel, alors l'ordre établi, l'État prussien et ses injustices sont justifiés. La formule interdit de critiquer et sert le pouvoir. (Hegel note lui-même que ces phrases ont « choqué » et suscité de l'hostilité ; Rudolf Haym reprendra l'accusation en 1857.)

Hegel répond
Hegel
Hegel répond en 1827 : il a distingué ailleurs la réalité effective de ce qui existe seulement. Une existence contingente ne vaut pas plus qu'une simple possibilité, qui pourrait aussi bien ne pas être. Et qui ne voit pas, autour de lui, beaucoup de choses qui ne sont pas comme elles devraient être ?
Le débat continue (notre résumé) Ses critiques remarquent que Hegel ne dit pas quel critère permet de distinguer, dans une institution, le « réel » du simple « existant » : la frontière reste à la main du philosophe. Et le même texte ajoute que critiquer ces défauts n'est pas l'affaire de la philosophie.
Schopenhauer, Sur la liberté de la volonté (écrit en 1838-1839, cité dans l'édition revue de 1860) 1860 · attaque la conclusion

Hegel a fait de la philosophie, « fille de la raison », un instrument au service des fins de l'État et de l'obscurantisme, caché sous le « verbiage le plus creux ». Appliqué à notre argument (Schopenhauer ne commente pas cette phrase ici) : une philosophie qui se contente de « comprendre ce qui est » a renoncé à chercher librement la vérité.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1860, après sa mort (1831).
Le débat continue (notre résumé) Le ton est très personnel : en 1820, à Berlin, Schopenhauer avait placé ses cours à la même heure que ceux de Hegel, et presque personne n'était venu. Nous citons le texte de 1860 : nous n'avons pas l'édition de 1841 pour vérifier si la phrase y était déjà. Les historiens rappellent aussi que l'État décrit par Hegel (constitution, jurés, opinion publique, liberté subjective) n'était pas celui de la Prusse réelle de 1820.
Marx, Thèses sur Feuerbach 1845 · attaque la conclusion

Comprendre le monde ne suffit pas. Si la philosophie arrive toujours « trop tard », comme la chouette de Minerve, elle se condamne à bénir ce qui est. Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde ; il s'agit de le transformer.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1845, après sa mort (1831).
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs de Hegel répondent que comprendre n'est pas approuver, et que Marx lui-même doit à Hegel l'idée que le réel contient des contradictions qui le poussent au-delà de lui-même.
Johannes Climacus (pseudonyme de Kierkegaard), Post-scriptum 1846 · attaque la prémisse 1

Un système de la logique est possible, mais pas un système de l'existence. La réalité ne se laisse saisir en entier que par Dieu ; pour un être qui existe, elle reste ouverte et inachevée. En voulant que tout le réel soit rationnel, le système oublie l'individu qui doit vivre et choisir.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1846, après sa mort (1831).
Le débat continue (notre résumé) Pour les lecteurs de Hegel, il n'a jamais prétendu que chaque détail de l'existence est rationnel (P2 le dit) ; mais Kierkegaard répond que c'est justement ce « détail », l'individu, qui compte.