L'être-pour-la-mort
On n'existe de façon authentique qu'en se tenant devant sa propre mort, au lieu de la fuir (l'être-pour-la-mort).
La mort est ma possibilité la plus propre, que personne ne peut vivre à ma place : s'y tenir m'arrache au « On » et me rend moi-même.
« L'être-pour-la-mort » est un argument de Martin Heidegger (Être et temps, § 27, 47-53) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : une angoisse qui éclaire). Sa thèse : On n'existe de façon authentique qu'en se tenant devant sa propre mort, au lieu de la fuir (l'être-pour-la-mort). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans la vie de tous les jours, dit Heidegger, nous ne sommes pas vraiment nous-mêmes : nous pensons, jugeons et agissons comme « on » le fait (le « On », das Man). Il cherche ce qui peut nous ramener à nous-mêmes. Sa réponse : notre mort, non pas comme un événement futur mais comme une possibilité qui est toujours la nôtre. Le « On » dit « on meurt » et évite la question. Se tenir devant sa mort (il écrit « devancer » la mort) ouvre une existence « authentique ». Attention : « authentique » n'est pas un compliment moral (voir la Lettre sur l'humanisme).
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Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un cas où une personne n'est pas authentique alors qu'elle ne fuit pas sa mort : elle l'accepte avec calme sans la « devancer », ou elle se détourne du On par une autre voie (l'amour, l'art, la sagesse). C'est exactement la voie qu'Épicure ouvre.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Épicure (« la mort n'est rien pour nous ») 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 2Il existe une troisième attitude, et c'est la meilleure : comprendre que la mort n'est rien pour nous. Quand nous sommes, la mort n'est pas là ; quand elle est là, nous ne sommes plus. Elle ne mérite donc ni fuite ni angoisse, et la vie est plus belle sans cette inquiétude. (Lettre à Ménécée, en paraphrase : le texte n'est pas dans notre corpus.)
sans réponse
Il existe une troisième attitude, et c'est la meilleure : comprendre que la mort n'est rien pour nous. Quand nous sommes, la mort n'est pas là ; quand elle est là, nous ne sommes plus. Elle ne mérite donc ni fuite ni angoisse, et la vie est plus belle sans cette inquiétude. (Lettre à Ménécée, en paraphrase : le texte n'est pas dans notre corpus.)
Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant 1943 · attaque la prémisse 3Ma mort n'est pas ma possibilité la plus propre. Une possibilité est quelque chose que je projette et que je peux réaliser. La mort, au contraire, est la fin de tous mes projets : elle me fait devenir, aux yeux des autres, une vie terminée. Elle vient du dehors, comme un fait contingent qui m'échappe, et loin de donner un sens à la vie, elle lui ôte toute signification. (En paraphrase : l'extrait n'est pas dans notre corpus.)
Heidegger répond
Ma mort n'est pas ma possibilité la plus propre. Une possibilité est quelque chose que je projette et que je peux réaliser. La mort, au contraire, est la fin de tous mes projets : elle me fait devenir, aux yeux des autres, une vie terminée. Elle vient du dehors, comme un fait contingent qui m'échappe, et loin de donner un sens à la vie, elle lui ôte toute signification. (En paraphrase : l'extrait n'est pas dans notre corpus.)
EEmmanuel Levinas, Le Temps et l'Autre 1947 · attaque la prémisse 3Heidegger fait de la mort le moment de la plus haute lucidité, où je me ramasse sur ma possibilité la plus propre. Or la mort est l'événement dont je ne suis plus maître : à son approche, nous ne « pouvons plus pouvoir », elle apporte une passivité et non une maîtrise de plus. Plus tard (Totalité et Infini, 1961 ; cours « La mort et le temps », 1975-1976), Levinas ajoute que la première mort qui me concerne est celle de l'autre, dont je suis responsable avant de penser à moi. Isoler le Dasein dans sa mort passe à côté de ce lien. (En paraphrase : ces textes ne sont pas dans notre corpus.)
Heidegger répond
Heidegger fait de la mort le moment de la plus haute lucidité, où je me ramasse sur ma possibilité la plus propre. Or la mort est l'événement dont je ne suis plus maître : à son approche, nous ne « pouvons plus pouvoir », elle apporte une passivité et non une maîtrise de plus. Plus tard (Totalité et Infini, 1961 ; cours « La mort et le temps », 1975-1976), Levinas ajoute que la première mort qui me concerne est celle de l'autre, dont je suis responsable avant de penser à moi. Isoler le Dasein dans sa mort passe à côté de ce lien. (En paraphrase : ces textes ne sont pas dans notre corpus.)