Juger un récit par la nature des choses
La critique des historiens
Il faut d'abord juger un récit par son accord avec la nature de la société, connue par l'observation. Par exemple, aucun royaume ne peut entretenir plus de soldats que ses ressources ne le permettent : Moïse n'a pas compté 600 000 combattants.
Un récit impossible ne devient pas crédible parce que ses témoins sont honnêtes : il faut le comparer à la nature de la société.
« Juger un récit par la nature des choses » est un argument d'Ibn Khaldoun (Muqaddima, Introduction et Livre I, préliminaires) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : par l'expérience, avec prudence). Sa thèse : Il faut d'abord juger un récit par son accord avec la nature de la société, connue par l'observation. Par exemple, aucun royaume ne peut entretenir plus de soldats que ses ressources ne le permettent : Moïse n'a pas compté 600 000 combattants. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Les grands historiens de son temps racontent que Moïse a compté plus de 600 000 soldats, qu'Alexandre est descendu au fond de la mer dans une caisse de verre, qu'il existe dans le désert une ville tout en cuivre. Les savants musulmans jugeaient d'habitude un récit d'après ceux qui l'avaient transmis : étaient-ils honnêtes, précis ? Ibn Khaldoun propose un critère plus fort : se demander d'abord si ce qu'on raconte est possible, en le comparant à ce qu'on observe aujourd'hui. Un royaume ne peut pas entretenir plus de soldats que ses ressources ne le permettent ; les contemporains eux-mêmes gonflent les chiffres par dix. Il croit tenir là une méthode « démonstrative ». Son critère est celui de l'expérience : le passé se juge par le présent.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'on a besoin d'un critère, où les témoins ne suffisent pas, où l'on connaît la nature des choses, et où pourtant le bon critère est un troisième : par exemple un document d'époque ou une fouille.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Une difficulté qu'Ibn Khaldoun voit lui-même attaque la prémisse 4Le passé ne ressemble pas toujours au présent : les mœurs, les régimes, les techniques changent. Juger les anciens d'après ce qu'on voit aujourd'hui, c'est risquer de prendre pour impossible ce qui était simplement différent.
Ibn Khaldoun répond
Le passé ne ressemble pas toujours au présent : les mœurs, les régimes, les techniques changent. Juger les anciens d'après ce qu'on voit aujourd'hui, c'est risquer de prendre pour impossible ce qui était simplement différent.
HHistoriens modernes attaque la prémisse 3Ce qu'il appelle « la nature des choses », c'est souvent la science de son temps. Pour réfuter la plongée d'Alexandre, son argument « le plus évident » est que l'air chaud dérègle les humeurs du poumon ; il explique la gaieté des Égyptiens et la tristesse des gens de Fès par la chaleur ou le froid de l'air. Un critère du possible ne vaut que ce que vaut la science qui le fixe.
sans réponse
Ce qu'il appelle « la nature des choses », c'est souvent la science de son temps. Pour réfuter la plongée d'Alexandre, son argument « le plus évident » est que l'air chaud dérègle les humeurs du poumon ; il explique la gaieté des Égyptiens et la tristesse des gens de Fès par la chaleur ou le froid de l'air. Un critère du possible ne vaut que ce que vaut la science qui le fixe.
LLecteurs critiques attaque la prémisse 2Il n'applique pas son critère partout. Pour les Israélites, il admet qu'une multiplication contraire à l'expérience a pu arriver par miracle. Il garde la critique des témoins pour les récits religieux. Et il rejette le récit d'un calife buvant du vin parce que ce calife était pieux : c'est le parti pris qu'il dénonce chez les autres.
Ibn Khaldoun répond
Il n'applique pas son critère partout. Pour les Israélites, il admet qu'une multiplication contraire à l'expérience a pu arriver par miracle. Il garde la critique des témoins pour les récits religieux. Et il rejette le récit d'un calife buvant du vin parce que ce calife était pieux : c'est le parti pris qu'il dénonce chez les autres.