La raison est une balance juste, mais on n'y pèse pas des montagnes
La réfutation de la philosophie
La métaphysique des philosophes ne peut donner ni la certitude sur ce qui dépasse les sens, ni le bonheur qu'elle promet. La raison est une balance juste, mais on ne doit pas s'en servir pour peser l'unité de Dieu ou l'autre monde.
Nos idées viennent de ce que perçoivent les sens, donc la raison ne peut rien établir de sûr sur ce qui échappe aux sens.
« La raison est une balance juste, mais on n'y pèse pas des montagnes » est un argument d'Ibn Khaldoun (Muqaddima, I, 6, 30 (« Réfutation de la philosophie ») et I, 6, 14) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : ce qui échappe aux mots). Sa thèse : La métaphysique des philosophes ne peut donner ni la certitude sur ce qui dépasse les sens, ni le bonheur qu'elle promet. La raison est une balance juste, mais on ne doit pas s'en servir pour peser l'unité de Dieu ou l'autre monde. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Les philosophes de l'islam, comme al-Farabi et Avicenne, disciples d'Aristote, pensaient que la raison peut tout connaître, y compris Dieu et l'âme, et que le bonheur suprême est cette connaissance. Ibn Khaldoun, qui a lu leurs livres de près, leur répond que nos idées viennent de ce que les sens perçoivent : sur ce qui dépasse les sens, la raison ne fournit que des suppositions. Il ne rejette pas la raison pour autant : elle est « une balance parfaitement juste », mais une balance à or, qui ne sert pas à peser des montagnes. Il garde même la logique, qui aiguise l'esprit. Quatre siècles plus tard, Kant posera lui aussi des limites à la métaphysique, pour d'autres raisons.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où nos idées viennent des sens, où les êtres spirituels ne sont pas perçus, et où la raison peut pourtant démontrer quelque chose à leur sujet par un autre chemin, par exemple en raisonnant sur ce que veut dire « exister ».
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Avicenne 1030 · attaque la prémisse 3La raison n'a pas besoin d'abstraire des idées à partir des êtres spirituels pour les connaître. Il suffit de partir du fait que quelque chose existe : tout ce qui pourrait ne pas exister tient son existence d'autre chose, et l'on remonte nécessairement à un être qui existe par lui-même. C'est la « voie des véridiques », qui prend Dieu pour témoin de tout, au lieu de passer par les créatures.
sans réponse
La raison n'a pas besoin d'abstraire des idées à partir des êtres spirituels pour les connaître. Il suffit de partir du fait que quelque chose existe : tout ce qui pourrait ne pas exister tient son existence d'autre chose, et l'on remonte nécessairement à un être qui existe par lui-même. C'est la « voie des véridiques », qui prend Dieu pour témoin de tout, au lieu de passer par les créatures.
Averroès 1179 · attaque la conclusionLa loi religieuse elle-même ordonne de réfléchir sur les êtres pour connaître leur Créateur. L'étude des livres des Anciens est donc obligatoire pour ceux qui en sont capables, et la démonstration ne peut pas contredire la révélation, car la vérité ne s'oppose pas à la vérité. Interdire la philosophie aux esprits capables, c'est leur fermer la porte par laquelle la loi les appelle à connaître Dieu.
Ibn Khaldoun répond
La loi religieuse elle-même ordonne de réfléchir sur les êtres pour connaître leur Créateur. L'étude des livres des Anciens est donc obligatoire pour ceux qui en sont capables, et la démonstration ne peut pas contredire la révélation, car la vérité ne s'oppose pas à la vérité. Interdire la philosophie aux esprits capables, c'est leur fermer la porte par laquelle la loi les appelle à connaître Dieu.
LLecteurs modernes attaque la conclusionIl se contredit. Quand il juge l'histoire, il se vante d'une méthode « démonstrative qui ne laisse aucune prise au doute ». Pourquoi la raison serait-elle sûre pour juger le passé, et incapable pour juger de Dieu ? Il s'appuie sur la raison quand elle le sert, et sur la foi quand elle le gêne.
Ibn Khaldoun répond
Il se contredit. Quand il juge l'histoire, il se vante d'une méthode « démonstrative qui ne laisse aucune prise au doute ». Pourquoi la raison serait-elle sûre pour juger le passé, et incapable pour juger de Dieu ? Il s'appuie sur la raison quand elle le sert, et sur la foi quand elle le gêne.