QuestionsFaut-il avoir peur de la mort ?L'immortalité, postulat de la raison pratique
Faut-il avoir peur de la mort ?L'âme survit

L'immortalité, postulat de la raison pratique

Le postulat de l'immortalité de l'âme

Kant 1724 · 1804Fixer les limites de la raison ; agir par devoir.
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Ce qu'il soutient

L'immortalité de l'âme est un postulat de la raison pratique.

Pourquoi

La loi morale commande d'atteindre la sainteté, ce qui n'est possible que par un progrès sans fin, donc par une existence sans fin.

En bref

« L'immortalité, postulat de la raison pratique » est un argument de Kant (Critique de la raison pratique, 1788 (5:122-124)) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : l'âme survit). Sa thèse : L'immortalité de l'âme est un postulat de la raison pratique. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Critique de la raison pratique, 1788 (5:122-124)
Valide avec une prémisse implicite

Kant ne prétend pas prouver que l'âme survit. Il part de la morale : la loi morale nous demande d'être parfaitement bons, ce qu'aucun être humain ne peut devenir en une vie. Pour que l'exigence ne soit pas absurde, il faut pouvoir progresser sans fin, donc exister sans fin. L'immortalité n'est pas un savoir, c'est ce que la raison pratique doit supposer.

P1La loi morale nous commande de réaliser le souverain bien, et sa condition suprême est l'accord complet de notre volonté avec la loi.
P2Ce que la loi commande doit être possible : cet accord complet doit donc pouvoir être atteint.
P3Cet accord complet est la sainteté. Aucun être raisonnable du monde sensible n'en est capable à aucun moment de son existence.
P4 · prémisse impliciteIl n'y a pas d'autre voie pour y arriver que le progrès propre de la personne, qui s'approche de la sainteté sans fin (ni transformation instantanée, ni aide venue d'ailleurs).
P5Un progrès sans fin n'est possible que si la même personne existe sans fin.
P6Ce qui est inséparablement lié à la loi morale et nécessaire à la possibilité de son objet est un postulat de la raison pure pratique : une proposition théorique qu'on ne peut pas démontrer, mais qu'on doit admettre pour agir.
Donc l'immortalité de l'âme est un postulat de la raison pratique.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la sainteté est possible, personne ne l'atteint à un moment donné, et pourtant aucun progrès sans fin n'est requis.
Sans P4, rien ne dit que le seul chemin vers la sainteté est un progrès infini : une aide extérieure ou un changement soudain pourraient suffire, et l'immortalité ne serait plus nécessaire. Kant écarte ces possibilités ici sans les discuter (dans La religion dans les limites de la simple raison, il fait une place à la grâce).
Analogie. On te demande de courir un marathon de longueur infinie, en te disant que c'est possible. Si c'est vrai, tu dois pouvoir courir sans fin. Kant dit la même chose de la bonté parfaite : si l'ordre a un sens, il faut une vie sans fin pour s'en approcher.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Kant lui-même (Critique de la raison pure) 1787 · attaque la conclusion

Dans la préface de la seconde édition, Kant écrit qu'il ne peut admettre Dieu, la liberté et l'immortalité pour les besoins de la morale qu'en retirant à la raison spéculative ses prétentions à des vues qui dépassent l'expérience. Il a dû supprimer le savoir pour faire place à la croyance. Dans la « Dialectique transcendantale », les paralogismes de la raison pure montrent aussi que les preuves de l'âme simple et immortelle ne sont pas valables. L'immortalité ne peut donc pas être connue.

Kant répond
Kant (Critique de la raison pratique) Réponse de Kant dans la Critique de la raison pratique
Un postulat de la raison pure pratique est une proposition théorique qui, comme telle, ne peut pas être démontrée, mais qui est inséparable d'une loi pratique valable a priori.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Kant accepte donc l'objection. Il ne s'agit pas d'un savoir, mais d'un « assentiment » nécessaire pour qui reconnaît la loi morale. La question qui reste est de savoir si une raison pratique peut justifier une croyance que la raison théorique ne peut pas justifier. Les paralogismes ne sont pas dans notre corpus, nous les citons par leur place dans l'œuvre (A341-405 / B399-432).
Où en est le débat (notre résumé)Kant et ses critiques sont d'accord sur un point : l'immortalité ne peut pas se prouver. Le désaccord de fond porte sur la légitimité d'une croyance fondée seulement sur une nécessité morale. Point ouvert, notre résumé.
Ludwig Feuerbach 1841 · attaque la conclusion

Dans L'essence du christianisme, Feuerbach soutient que la croyance en l'immortalité personnelle est identique à la croyance en un Dieu personnel : les deux expriment le désir de l'homme de n'avoir plus de limites. Le postulat de Kant ne révèle donc pas une exigence de la raison, il met en forme un désir humain (voir l'argument « La religion, projection de l'homme »).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1841, après sa mort (1804).
Où en est le débat (notre résumé)Les kantiens répondent que Kant ne part pas d'un désir de survie mais d'une exigence de la loi morale, qui est sévère envers nous. Pour Feuerbach, cette exigence elle-même vient de la nature humaine. Le désaccord de fond est de savoir si l'origine psychologique d'une croyance dit quelque chose de sa vérité. Point ouvert, notre résumé.
Arthur Schopenhauer 1840 · attaque la prémisse 1

Schopenhauer juge que l'obligation « inconditionnelle » de Kant cache des conditions : elle suppose quelqu'un qui récompense, une récompense, et l'immortalité de la personne récompensée. La morale de Kant serait une théologie déguisée, que ses postulats font apparaître au grand jour.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1840, après sa mort (1804).
Où en est le débat (notre résumé)Les défenseurs de Kant répondent que le postulat de l'immortalité repose sur la sainteté à atteindre et non sur une récompense, et que la loi morale commande sans rien promettre. Schopenhauer répond qu'une obligation n'a de sens que par une menace ou une promesse. Point ouvert, notre résumé.