QuestionsQui suis-je vraiment ?Le désespoir et le soi
Qui suis-je vraiment ?Un soi à construire

Le désespoir et le soi

Søren Kierkegaard 1813 · 1855La vérité est subjective : il faut faire le saut de la foi.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Le soi ne trouve le repos (la fin du désespoir) qu'en voulant être lui-même tout en se fondant, de façon transparente, dans la puissance qui l'a posé.

Pourquoi

Vouloir sortir du désespoir par ses seules forces l'aggrave ; le soi ne trouve le repos qu'en s'appuyant sur ce qui l'a posé.

En bref

« Le désespoir et le soi » est un argument de Søren Kierkegaard (La Maladie à la mort, I, A (Anti-Climacus)) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : un soi à construire). Sa thèse : Le soi ne trouve le repos (la fin du désespoir) qu'en voulant être lui-même tout en se fondant, de façon transparente, dans la puissance qui l'a posé. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

La Maladie à la mort, I, A (Anti-Climacus)
Valide

Anti-Climacus, pseudonyme de Kierkegaard, signe La Maladie à la mort (1849) ; Kierkegaard se présente seulement comme l'éditeur, et explique dans son Journal qu'Anti-Climacus est un chrétien plus exigeant que lui. Le livre part d'une définition : « le soi est un rapport qui se rapporte à lui-même ». Être soi, ce n'est pas une chose qu'on a, c'est une manière de se rapporter à soi. Le désespoir est un raté de ce rapport : ne pas vouloir être soi, ou vouloir être soi tout seul. L'argument cherche à montrer d'où vient le soi, et comment on en guérit.

P1Un soi s'est posé lui-même, ou bien il a été posé par un autre.
P2S'il s'était posé lui-même, il n'y aurait qu'une forme de désespoir : vouloir se débarrasser de soi. On ne pourrait pas désespérer en voulant être soi-même.
P3Or ce désespoir existe : celui qui veut, par ses seules forces, sortir du désespoir et être lui-même s'y enfonce davantage.
P4Un soi posé par un autre ne trouve l'équilibre et le repos qu'en se rapportant, en même temps qu'à lui-même, à ce qui l'a posé.
Donc le soi ne trouve le repos (la fin du désespoir) qu'en voulant être lui-même tout en se fondant, de façon transparente, dans la puissance qui l'a posé.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide sans prémisse cachée : de P1, P2 et P3 on tire que le soi a été posé par un autre, puis P4 donne la conclusion. Tout repose sur P2 et P3 : l'échec à être soi par ses propres forces serait la trace d'une dépendance. Anti-Climacus appelle cette puissance Dieu, mais l'argument lui-même ne le démontre pas.
Analogie. Une lettre ne peut pas se lire seule : elle a été écrite par quelqu'un. Si elle essaie de se donner un sens toute seule, en ignorant son auteur, elle tourne en rond. Elle ne « tient » qu'en se lisant comme écrite par un autre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant 1943 · attaque la prémisse 2

On n'a pas besoin d'un autre qui nous aurait posés pour expliquer cet échec. La conscience ne coïncide jamais avec elle-même : elle est toujours en avance sur ce qu'elle est. Vouloir être soi et ne jamais y arriver fait partie de sa structure : la conscience « est ce qu'elle n'est pas et n'est pas ce qu'elle est ». Un soi qui se fait lui-même peut donc échouer à être lui-même, sans aucun Dieu.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1943, après sa mort (1855).
O
Objection anticipée par Anti-Climacus : exagération attaque la prémisse 3

Ce désespoir partout est une exagération sombre. Beaucoup de gens disent ne pas être désespérés, et vivent heureux.

Kierkegaard répond
Kierkegaard Réponse d'Anti-Climacus (pseudonyme de Kierkegaard)
Un médecin ne se fie pas seulement à ce que dit le patient : il sait qu'il existe des maladies imaginaires, mais aussi une santé imaginaire. De même, celui qui connaît l'âme ne s'arrête pas à ce que chacun dit de lui-même.
Le débat continue (notre résumé) Un critique répondrait qu'un médecin peut faire des examens qui confirment ou démentent son diagnostic. Ici, le calme compte comme un signe de désespoir caché, et l'angoisse aussi : rien ne pourrait montrer que le diagnostic est faux.
O
Objection laïque : qui est cet « autre » ? attaque la conclusion

L'argument montre au mieux que le soi dépend de quelque chose qui n'est pas lui. Il ne montre pas que c'est Dieu : ce pourrait être la nature, le corps, l'histoire, les autres humains.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Kierkegaard dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Anti-Climacus écrit en chrétien, « pour l'édification » : il dit que c'est Dieu qui a fait de l'homme ce rapport, sans chercher à le prouver. C'est cohérent avec Climacus, pour qui Dieu ne se démontre pas objectivement ; mais cela laisse l'objection sans réponse argumentée.