Le tyran n'est fort que de notre obéissance : ne le soutenons plus
La servitude volontaire
Devant un tyran, un peuple a le pouvoir de se libérer en lui retirant son obéissance, sans qu'il soit nécessaire de le combattre.
Un tyran n'a que deux yeux et deux mains comme tout homme : sa force est celle que le peuple lui prête, il suffit de ne plus la lui donner.
« Le tyran n'est fort que de notre obéissance : ne le soutenons plus » est un argument d'Étienne de La Boétie (La Boétie, Discours de la servitude volontaire (vers 1548), 1548) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : le droit de se révolter). Sa thèse : Devant un tyran, un peuple a le pouvoir de se libérer en lui retirant son obéissance, sans qu'il soit nécessaire de le combattre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vers 1548, un jeune Français de dix-huit ans pose une question simple : comment se fait-il que des millions d'hommes, de villes et de nations supportent un seul tyran, qui n'a de pouvoir que celui qu'on lui donne ? Sa réponse n'est pas un appel aux armes. Le tyran n'est fort que par nous : par l'habitude que nous avons d'être sujets, et par ceux qui profitent de lui. Il suffit donc de cesser de le soutenir. Le texte est écrit pour la liberté du peuple, pas pour l'ordre de l'État ; il n'est pas une théorie de tous les gouvernements, mais une critique de la tyrannie. La forme P1 à P3 → C est notre reconstruction.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la tyrannie dépend du soutien du peuple, mais où le peuple ne peut pas le retirer (par exemple parce que chacun a peur d'être le seul à le faire). Les autres prémisses ne l'excluent pas.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Thomas Hobbes 1651 · attaque la conclusionHobbes soutient que ceux qui ont institué un souverain ne peuvent pas, sans son accord, rejeter la monarchie et retourner à la confusion d'une multitude désunie. En retirant leur obéissance, ils reviendraient à l'état de nature, que Hobbes juge pire que presque toute tyrannie. La question de La Boétie, « pourquoi servons-nous un seul ? », a donc pour Hobbes une réponse : pour éviter la guerre de tous contre tous.
un défenseur répond
Hobbes soutient que ceux qui ont institué un souverain ne peuvent pas, sans son accord, rejeter la monarchie et retourner à la confusion d'une multitude désunie. En retirant leur obéissance, ils reviendraient à l'état de nature, que Hobbes juge pire que presque toute tyrannie. La question de La Boétie, « pourquoi servons-nous un seul ? », a donc pour Hobbes une réponse : pour éviter la guerre de tous contre tous.
MMancur Olson 1965 · attaque la prémisse 4Olson soutient que des individus rationnels ne se mobilisent pas pour un bien commun, même s'ils en profiteraient tous : chacun préfère laisser les autres agir et en bénéficier sans en payer le coût. Appliquée à la révolte (Olson parle surtout des groupes économiques) : si cesser d'obéir a un coût (prison, mort) et le bénéfice est partagé, personne n'a intérêt à commencer. Ce n'est donc pas un manque de volonté, mais une situation où l'obéissance est le choix individuellement rationnel (notre résumé).
un défenseur répond
Olson soutient que des individus rationnels ne se mobilisent pas pour un bien commun, même s'ils en profiteraient tous : chacun préfère laisser les autres agir et en bénéficier sans en payer le coût. Appliquée à la révolte (Olson parle surtout des groupes économiques) : si cesser d'obéir a un coût (prison, mort) et le bénéfice est partagé, personne n'a intérêt à commencer. Ce n'est donc pas un manque de volonté, mais une situation où l'obéissance est le choix individuellement rationnel (notre résumé).
Jean-Jacques Rousseau 1762 · attaque la prémisse 3Rousseau note que les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'au désir d'en sortir : ils aiment leur servitude comme les compagnons d'Ulysse aimaient leur abrutissement. S'il y a des esclaves par nature, c'est parce qu'il y a eu des esclaves contre nature. Si la servitude détruit le désir de liberté, « il suffit de le vouloir » ne marche plus.
Boétie répond
Rousseau note que les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'au désir d'en sortir : ils aiment leur servitude comme les compagnons d'Ulysse aimaient leur abrutissement. S'il y a des esclaves par nature, c'est parce qu'il y a eu des esclaves contre nature. Si la servitude détruit le désir de liberté, « il suffit de le vouloir » ne marche plus.