Désobéir à la loi quand elle fait de moi l'agent d'une injustice
La désobéissance civile
Si une loi exige que je sois l'agent d'une injustice envers autrui, je dois la violer, ouvertement, et accepter d'en être puni (la prison).
Si la loi exige que je sois l'agent d'une injustice envers un autre, obéir me rend complice : je dois donc la violer.
« Désobéir à la loi quand elle fait de moi l'agent d'une injustice » est un argument de Henry David Thoreau (Thoreau, « Resistance to Civil Government » (La Désobéissance civile), 1849, 1849) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : la conscience d'abord). Sa thèse : Si une loi exige que je sois l'agent d'une injustice envers autrui, je dois la violer, ouvertement, et accepter d'en être puni (la prison). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 1846, Thoreau passe une nuit en prison pour avoir refusé de payer un impôt, alors que son pays tolère l'esclavage et fait la guerre au Mexique. Dans son essai, il explique ce geste. Il ne dit pas qu'il faut ignorer les lois ni que tout gouvernement est mauvais. Il dit qu'il y a un moment précis où l'obéissance devient une complicité : quand la loi exige que je sois moi-même l'agent de l'injustice. Alors il faut la violer, ouvertement, et en payer le prix. La forme P1 à P4 → C est notre reconstruction.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on doit faire ce qu'on croit juste, où la majorité n'en décide pas, où obéir rend complice, et où pourtant on ne doit pas désobéir : par exemple parce qu'on peut obtenir la réforme par la discussion, ou parce que la désobéissance ferait plus de mal. C'est la limite que lui opposent, chacun à sa façon, les Lois du Criton, Rawls et Arendt.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Les Lois (personnage de Platon) 390 av. J.-C. · attaque la prémisse 1Dans le Criton, Socrate, condamné injustement, refuse de s'évader. Les Lois lui disent qu'il avait deux choix : convaincre la cité qu'elle se trompait, ou faire ce qu'elle ordonne, et qu'il n'a fait ni l'un ni l'autre. Obéir ou convaincre : pas de troisième voie où chacun décide seul ce qui est juste.
un défenseur répond
Dans le Criton, Socrate, condamné injustement, refuse de s'évader. Les Lois lui disent qu'il avait deux choix : convaincre la cité qu'elle se trompait, ou faire ce qu'elle ordonne, et qu'il n'a fait ni l'un ni l'autre. Obéir ou convaincre : pas de troisième voie où chacun décide seul ce qui est juste.
Hannah Arendt 1970 · attaque la prémisse 1Arendt distingue l'objecteur de conscience, qui agit seul au nom de sa voix intérieure, du désobéissant civil, qui agit avec d'autres, en public, au nom d'une cause commune. Pour elle, Thoreau est un objecteur de conscience, pas un désobéissant civil. La conscience est apolitique : elle reste personnelle, ne peut pas être généralisée, et se soucie d'abord de ne pas participer au mal plutôt que du monde où l'injustice est commise. La désobéissance civile est l'action d'une minorité organisée qui conteste en public (notre résumé de son essai).
Thoreau répond
Arendt distingue l'objecteur de conscience, qui agit seul au nom de sa voix intérieure, du désobéissant civil, qui agit avec d'autres, en public, au nom d'une cause commune. Pour elle, Thoreau est un objecteur de conscience, pas un désobéissant civil. La conscience est apolitique : elle reste personnelle, ne peut pas être généralisée, et se soucie d'abord de ne pas participer au mal plutôt que du monde où l'injustice est commise. La désobéissance civile est l'action d'une minorité organisée qui conteste en public (notre résumé de son essai).
John Rawls 1971 · attaque la prémisse 4Rawls admet la désobéissance civile dans une société à peu près juste, mais à des conditions strictes : l'injustice doit être grave et claire, les recours légaux ordinaires ont été tentés sans succès, l'acte est public, non violent et fait en reconnaissant la légitimité de l'ordre juridique, en acceptant la sanction. Il ne suffit donc pas qu'une loi soit injuste aux yeux de quelqu'un (notre résumé).
Thoreau répond
Rawls admet la désobéissance civile dans une société à peu près juste, mais à des conditions strictes : l'injustice doit être grave et claire, les recours légaux ordinaires ont été tentés sans succès, l'acte est public, non violent et fait en reconnaissant la légitimité de l'ordre juridique, en acceptant la sanction. Il ne suffit donc pas qu'une loi soit injuste aux yeux de quelqu'un (notre résumé).