Qu'est-ce qu'une société juste ?La vertu et l'harmonie

Gouverner par le non-agir

Lao Tseu v. 579 av. J.-C. · v. 500 av. J.-C.Suivre la voie (Dao) par le non-agir.
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Ce qu'il soutient

Il faut gouverner par le non-agir : le meilleur dirigeant est celui dont le peuple sait à peine qu'il existe, et dit à la fin « cela s'est fait de soi-même ».

Pourquoi

Plus le pouvoir multiplie lois et interdits, plus il y a de désordre : un peuple qu'on laisse tranquille se règle de lui-même.

En bref

« Gouverner par le non-agir » est un argument de Lao Tseu (Tao te king, 3, 17, 57 et 60) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : la vertu et l'harmonie). Sa thèse : Il faut gouverner par le non-agir : le meilleur dirigeant est celui dont le peuple sait à peine qu'il existe, et dit à la fin « cela s'est fait de soi-même ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Tao te king, 3, 17, 57 et 60
Valide avec une prémisse implicite

« Gouverner un grand pays, c'est comme faire frire un petit poisson » : si on le retourne sans cesse, il tombe en miettes. Le Tao te king soutient que les lois, les interdits et les récompenses créent les désordres qu'ils prétendent guérir. Le texte procède par sentences, pas par démonstration : la forme P1, P2… → C ci-dessous est notre reconstruction.

P1Plus le pouvoir multiplie les lois et les interdits, plus il y a de pauvres et de voleurs.
P2Si le désordre ne vient pas de la nature humaine, alors un peuple dont on n'excite pas les désirs (on n'exalte pas les talents, on ne met pas de prix aux objets rares) ne se dispute pas et ne vole pas : il se règle de lui-même.
P3 · prémisse impliciteLe désordre ne vient pas d'abord de la nature humaine elle-même, mais des désirs et des rivalités que la société et le pouvoir font naître.
P4Si les interventions aggravent le désordre et si, sans cause extérieure de désordre, le peuple se règle de lui-même, alors le meilleur gouvernement est celui qui intervient le moins.
Donc il faut gouverner par le non-agir : le meilleur dirigeant est celui dont le peuple sait à peine qu'il existe, et dit à la fin « cela s'est fait de soi-même ».

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où les lois aggravent les choses mais où le désordre vient aussi de la nature humaine : alors le peuple ne se règle pas de lui-même, et ne rien faire n'est pas la meilleure politique.
Avec P3, la conclusion suit. Sans elle, l'argument ne tient pas : si les humains sont portés au désordre par nature, retirer les lois ne ramène pas l'ordre, cela le supprime. Or le mot « nature humaine » (xing) n'apparaît même pas dans le Tao te king : c'est bien une prémisse cachée, et c'est là que ses adversaires chinois l'ont attaqué. Attention aussi au contexte : ce non-agir est conseillé à un prince, et le même chapitre 3 veut garder le peuple « ignorant et sans désirs ». Ce n'est pas un éloge de la liberté individuelle au sens moderne.
Analogie. Le petit poisson du chapitre 60 : plus on le retourne dans la poêle, plus il se défait. Le commentateur Wang Bi résume : « ne pas remuer ». Autre image moderne : un jardinier qui arrose, désherbe et taille sans cesse peut faire plus de mal qu'un jardinier qui laisse pousser.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Xunzi 250 av. J.-C. · attaque la prémisse 3

La nature humaine est mauvaise : laissés à eux-mêmes, les hommes suivent leur goût du gain et leur envie, et cela finit en violence. Il faut absolument des maîtres, des lois, des rites et le sens du juste pour que naissent la politesse et l'ordre. Un bois tordu ne devient droit qu'avec une presse.

Lao-tseu répond
Lao-tseu Ce que dit déjà le texte
Le Tao te king ne nie pas que les gens se disputent et volent. Il en voit la cause dans ce que le pouvoir met en avant : quand on exalte les talents, on crée la rivalité ; quand on met un prix aux biens rares, on crée les voleurs.
Le débat continue (notre résumé) Xunzi répondrait que l'envie et le goût du gain sont là dès la naissance, avant tout pouvoir : supprimer les récompenses ne les supprime pas. Ailleurs (chapitre 17, pas encore dans notre corpus), il juge que Laozi « voit la valeur de se plier, mais pas celle de se redresser ».
Confucius (Entretiens) attaque la prémisse 1

D'accord sur les lois et les châtiments : ils rendent les gens prudents, pas honnêtes. Mais tout ce qui vient d'en haut n'est pas de même nature. Un prince qui guide par l'exemple et règle les usages par les rites donne au peuple le sens de la honte, et le rend bon. Ce qu'il faut, ce n'est pas moins d'éducation, c'est une meilleure éducation.

Lao-tseu répond
Lao-tseu Ce que dit déjà le texte
Les rites ne sont que l'écorce de la droiture et de la sincérité, et le début du désordre (chapitre 38). Et l'humanité et la justice n'apparaissent que lorsque la grande Voie a dépéri (chapitre 18).
Le débat continue (notre résumé) Un confucéen répondrait que même le non-agir loué par Confucius, celui du roi Shun, reposait sur l'exemple et les rites : Shun « veillait sur lui-même et se tenait gravement sur son trône » (Entretiens 15.4). Sans éducation, la spontanéité n'a pas de forme.
H
Han Fei et les légistes 240 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Han Fei commente lui-même Laozi, mais en tire l'inverse : le prince peut « ne rien faire » à condition que des lois claires et des châtiments sûrs fassent tout à sa place. Ce ne sont pas les lois qui créent les voleurs, ce sont les lois floues et mal appliquées.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Lao-tseu dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) On cite souvent contre lui le chapitre 74 : « Lorsque le peuple ne craint pas la mort, comment l'effrayer par la menace de la mort ? » Mais Han Fei répondrait que ce chapitre ne rejette pas la peine : il ajoute que si le peuple craint la mort, on peut saisir et tuer celui qui fait le mal, et qu'il y a « toujours un exécuteur en titre ». Pour un légiste, cet exécuteur, c'est la loi.
Hobbes 1651 · attaque la prémisse 3

Sans un pouvoir commun qui tient tout le monde en respect, les hommes sont dans un état de guerre de chacun contre chacun, et la vie y est « solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève ». Le désordre n'est pas créé par l'État : c'est l'État qui nous en sort.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1651, après sa mort (-500).