PhilosophesLao-tseu (Laozi)

Lao-tseu (Laozi)

Suivre la voie (Dao) par le non-agir.

TaoïsmeVIe s. av. J.-C. ? (tradition) ChineFondateur légendaire du taoïsmePenseur de la Voie (Dao)Critique du pouvoir et des ritesAuteur incertain
En bref

Lao-tseu (Laozi) (VIe s. av. J.-C. ? (tradition), Chine (État de Chu, selon la tradition)) : taoïsme. Au fond de toutes choses, il y a une Voie (Dao) qu'aucun mot ne peut enfermer. Elle agit sans forcer, comme l'eau qui coule vers le bas et finit par user la pierre. Sur AskPhilosophy : 3 arguments reconstruits, 5 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 5 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).

En 30 secondesAu fond de toutes choses, il y a une Voie (Dao) qu'aucun mot ne peut enfermer. Elle agit sans forcer, comme l'eau qui coule vers le bas et finit par user la pierre. Le sage, et le bon dirigeant, devraient faire de même : moins d'interdits, moins d'ambition, moins de rivalité. C'est le non-agir (wu wei), qui n'est pas la paresse mais l'art d'agir sans forcer.
Qui a écrit ce livre ?

Personne ne le sait vraiment. La seule « biographie » est écrite vers 94 av. J.-C. par l'historien Sima Qian, quatre siècles après les faits supposés : il raconte que Lao Dan, archiviste des Zhou, quitta la Chine par l'ouest et laissa un livre de « plus de cinq mille caractères » au gardien d'une passe. Mais Sima Qian donne lui-même d'autres identités possibles. La plupart des spécialistes pensent aujourd'hui que le texte a été rassemblé et retravaillé aux IVe et IIIe s. av. J.-C. La plus ancienne version connue (Guodian, vers 300 av. J.-C.) ne contient qu'environ deux cinquièmes du texte, dans un autre ordre. Sur ce site, chaque extrait du livre porte donc le badge « authenticité débattue ».

Pourquoi il compte

Avec les Entretiens de Confucius, c'est le texte fondateur de la pensée chinoise, et l'un des livres les plus traduits au monde. Il a nourri le taoïsme philosophique (Zhuangzi), la pensée politique (Han Fei le commente), le bouddhisme chinois et zen, puis, en Occident, des lecteurs aussi différents que Tolstoï et Heidegger.

Comment le lire ici

Le texte chinois est celui de Wang Bi (IIIe s. apr. J.-C.), base de presque toutes les traductions. Les traductions sont celles de Stanislas Julien (1842) et de James Legge (1891) : anciennes, parfois éloignées l'une de l'autre, ce qui montre à quel point ce texte bref se prête à plusieurs lectures. Les manuscrits sur soie de Mawangdui (avant 168 av. J.-C.) servent à montrer les variantes.

Ses positions

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Dieu existe-t-il ?Dieu
AthéismeThéisme
Interprétation majoritaire

Pas de Dieu créateur qui veut et qui juge. Le Dao est l'origine impersonnelle de tout ; il semble même antérieur au « Seigneur d'en haut » (Di) de la religion chinoise ancienne. Le ciel et la terre « n'ont point d'affection particulière ». Ce n'est ni un théisme ni un athéisme : plutôt un principe impersonnel.

D'où vient ce que nous savons ?Source de la connaissance
Empirisme (de l'expérience)Rationalisme (de la raison)
Débattu entre spécialistes

Ni empiriste ni rationaliste au sens occidental. L'expérience accumulée éloigne de l'essentiel (« plus l'on s'éloigne et moins l'on apprend »), et l'étude ajoute chaque jour quand la Voie retranche. La connaissance du Dao vient d'un retour sur soi, pas de l'observation : plus proche de l'intuition que de l'expérience, mais méfiante envers les raisonnements.

Peut-on atteindre des vérités certaines ?Certitude
ScepticismeCertitude possible
Interprétation majoritaire

Le plus haut savoir est de savoir qu'on ne sait pas. Le principe de tout échappe aux mots : on peut l'approcher, pas l'enfermer dans une définition. Mais ce n'est pas un doute radical : le sage « connaît » le Dao.

L'esprit est-il autre chose que la matière ?Esprit et corps
MatérialismeNe s'est pas prononcéDualisme
Débattu entre spécialistes

Le texte ne pose pas la question en ces termes. Il n'oppose jamais une âme à un corps : tout naît du Dao, et les êtres sont accordés par un « souffle » (qi). Le classer matérialiste ou dualiste serait plaquer une question occidentale.

Sommes-nous vraiment libres ?Liberté
Déterminisme (pas de libre arbitre)Ne s'est pas prononcéLibre arbitre
Débattu entre spécialistes

Le libre arbitre n'est pas discuté. Le texte valorise plutôt le « ainsi de soi-même » (ziran) : les êtres et les peuples qu'on ne force pas suivent d'eux-mêmes leur cours.

Le bien et le mal existent-ils objectivement ?Statut de la morale
Antiréalisme (la morale est humaine)Réalisme moral (vérités morales objectives)
Débattu entre spécialistes

Les règles morales enseignées (humanité, justice, rites) sont tardives : elles apparaissent quand la grande Voie dépérit, et le beau ne se conçoit qu'avec le laid. Mais il existe une norme plus profonde, la Voie et sa « vertu supérieure », qui ne dépend pas des conventions.

La raison peut-elle tout juger, y compris la foi ?Foi et raison
Primauté de la foi / du cœurRaison seule juge
Débattu entre spécialistes

Pas de foi révélée, mais une méfiance envers le raisonnement et la dispute : « les paroles élégantes ne sont pas sincères », le sage ne discute pas. On atteint la Voie en se vidant, pas en argumentant.

La vie a-t-elle un sens donné ?Sens de la vie
Pas de sens donné (absurde, à créer)Sens objectif (nature, Dieu, Bien)
Interprétation majoritaire

Il existe un ordre à suivre : chaque être « revient à sa racine », l'homme prend modèle sur la terre, la terre sur le ciel, le ciel sur le Dao. Vivre bien, c'est s'accorder à ce cours naturel, pas inventer son propre sens.

L'être humain est-il naturellement bon ?Nature humaine
Fondamentalement faible ou corrompuFondamentalement bon ou perfectible
Interprétation majoritaire

Le mot « nature humaine » (xing) n'apparaît pas dans le texte. Mais l'idéal est un retour à la simplicité de l'enfant, et le peuple qu'on ne pousse pas à la rivalité « se transforme de lui-même ». Le désordre vient surtout des désirs que le pouvoir excite.

Qui doit primer : l'individu ou la communauté ?Individu et société
Communauté, ordre, traditionLiberté individuelle
Débattu entre spécialistes

Lecture difficile. D'un côté, un pouvoir minimal : moins de lois, moins d'interdits, le meilleur dirigeant est à peine connu. De l'autre, aucun droit individuel, un idéal de petits villages simples, et un sage qui garde le peuple « ignorant et sans désirs ». Certains y lisent un anarchisme, d'autres un manuel pour le prince.

Qu'est-ce qui rend une action bonne ?Fondement de la morale
Le devoir (déontologie)Les conséquences (conséquentialisme)Le caractère (éthique des vertus)Autre (loi divine, relations, création de valeurs…)
Débattu entre spécialistes

Ni règle, ni calcul des conséquences, ni vertus qu'on cultive par l'étude : l'homme de « vertu supérieure » ignore sa vertu. Le bien est de s'accorder spontanément à la Voie, comme l'eau.