PhilosophesLao-tseu (Laozi)

Lao-tseu (Laozi)

Suivre la voie (Dao) par le non-agir.

TaoïsmeVIe s. av. J.-C. ? (tradition) ChineFondateur légendaire du taoïsmePenseur de la Voie (Dao)Critique du pouvoir et des ritesAuteur incertain
Tao te king, 8, 76 et 78

L'eau : le faible vainc le fort

Ce qu'il soutient

Le bien suprême est d'être comme l'eau : souple, utile à tous, à la place basse que la foule méprise, sans rivaliser. Celui qui ne lutte contre personne ne reçoit aucun blâme.

Pourquoi

Le souple va avec la vie, le raide avec la mort, et l'eau, la plus faible des choses, vient à bout du plus dur.

Valide avec une prémisse implicite

Rien n'est plus mou que l'eau, et pourtant elle creuse les vallées et use la pierre. Le Tao te king en tire une manière de vivre : être souple, rester en bas, ne pas rivaliser. Le texte raisonne par images et par observations de la nature ; la forme P1, P2… → C est notre reconstruction, et elle rend visible un saut que la poésie cache.

P1Dans la nature, le souple et le faible vont avec la vie, le raide et le dur avec la mort : le nouveau-né est souple, le cadavre est raide ; la jeune pousse est tendre, l'arbre mort est sec.
P2L'eau, la chose la plus faible du monde, vient à bout de ce qui est dur et fort : rien ne la surpasse pour cela.
P3Donc, en général, le faible l'emporte sur le fort et le souple sur le dur. Tout le monde le sait, mais personne ne le met en pratique.
P4 · prémisse impliciteCe qui l'emporte et va du côté de la vie dans la nature est aussi la meilleure manière de vivre pour un être humain.
Donc le bien suprême est d'être comme l'eau : souple, utile à tous, à la place basse que la foule méprise, sans rivaliser. Celui qui ne lutte contre personne ne reçoit aucun blâme.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le souple l'emporte dans la nature, mais où cela ne dit rien de la meilleure façon de vivre pour un humain.
Deux sauts sont à voir. D'abord P3 généralise à partir de quelques exemples (l'eau, les plantes, le corps) : c'est une induction, que la logique ne peut pas garantir ; nous l'écrivons comme une prémisse. Ensuite, avec P4, la conclusion suit. Sans P4, rien n'oblige à passer de « ce qui se passe dans la nature » à « ce qu'il est bon de faire » : c'est la prémisse cachée, et la plus discutée.
Analogie. Au judo, on ne bloque pas la force de l'adversaire : on cède, et on se sert de son élan. Dans une dispute, celui qui hausse le ton se raidit ; celui qui reste calme laisse l'autre s'épuiser. Le Tao te king prend l'exemple de l'arbre : celui qui est devenu fort, on l'abat.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hume 1739 · attaque la prémisse 4

On ne peut pas tirer un « il faut » d'un « il est ». Que le souple l'emporte dans la nature, c'est un fait ; qu'il soit bon d'être souple, c'est un jugement de valeur, qui ne découle d'aucun fait. On peut ajouter que la nature montre aussi le contraire : le requin dur et fort survit très bien depuis des millions d'années.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1739, après sa mort (-500).
Nietzsche 1887 · attaque la conclusion

Faire de la faiblesse une vertu est le mensonge des faibles : on appelle « humilité » sa peur et « douceur » son impuissance à se venger. Nietzsche vise la morale chrétienne, pas le Tao te king, mais l'objection porte : louer la place basse, n'est-ce pas consoler ceux qui n'ont pas le choix ?

Lao-tseu répond
Lao-tseu Ce que dit déjà le texte
Le texte demande de « connaître le mâle et garder la femelle » (Julien traduit : « connaître sa force et garder la faiblesse »). La place basse y est donc gardée par quelqu'un qui connaît aussi la force, pas par quelqu'un qui n'a jamais connu que la faiblesse.
Le débat continue (notre résumé) Un nietzschéen répondrait que se dire fort tout en choisissant la place basse est justement le déguisement le plus habile de la faiblesse.
L
L'histoire de la Chine (unification par Qin) 221 av. J.-C. · attaque la prémisse 3

En 221 av. J.-C., l'État le plus dur et le plus armé, Qin, avale tous les autres et unifie la Chine. Souvent, dans l'histoire, le fort l'emporte bel et bien sur le faible. Les exemples de l'eau et des plantes sont choisis, pas représentatifs.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Lao-tseu dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Le chapitre 76 affirme bien qu'« une armée forte ne remporte pas la victoire », mais c'est redire la thèse, pas répondre à l'exemple. Les défenseurs du texte rappellent que Qin s'effondre dès 206 av. J.-C., quinze ans après l'unification, et que plusieurs des premiers dirigeants Han, qui allègent impôts et châtiments, se réclament de Laozi (le courant Huang-Lao). L'objecteur répondrait que les Han gardent pourtant l'essentiel de l'administration et des lois de Qin : la dureté n'a pas si mal réussi.