QuestionsDieu existe-t-il ?Un désir que rien ici-bas ne comble
Dieu existe-t-il ?Théisme

Un désir que rien ici-bas ne comble

L'argument du désir

C. S. Lewis 1898 · 1963La loi morale que chacun ressent, et la raison elle-même, pointent vers un Dieu.
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Ce qu'il soutient

Ce qui peut satisfaire ce désir existe hors de ce monde : nous sommes probablement faits pour un autre monde (pour Lewis, celui du Dieu chrétien).

Pourquoi

Chaque désir naturel a son objet dans le monde ; or nous en avons un que rien d'ici-bas ne comble, donc cet objet existe ailleurs.

La même idée à travers l'histoire
Augustin400Dans les Confessions, Augustin dit à Dieu que nous sommes faits pour lui et que notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en lui : c'est l'intuition d'origine.
C. S. Lewis1941Dans le sermon « The Weight of Glory » puis dans Mere Christianity (1952), Lewis en fait un raisonnement : la faim prouve qu'il existe du pain, le désir d'un bonheur que rien ne comble indique qu'il existe de quoi le combler.
En bref

« Un désir que rien ici-bas ne comble » est un argument de C. S. Lewis (Lewis, Mere Christianity (1952), III, 10 ; The Weight of Glory (1941), 1941) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Ce qui peut satisfaire ce désir existe hors de ce monde : nous sommes probablement faits pour un autre monde (pour Lewis, celui du Dieu chrétien). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Lewis, Mere Christianity (1952), III, 10 ; The Weight of Glory (1941)
Valide avec une prémisse implicite

Lewis part d'une expérience que beaucoup connaissent : la nostalgie d'un bonheur qu'aucune réussite, aucun voyage, aucune rencontre ne comble tout à fait. Il remarque que nos désirs naturels ont presque toujours un objet réel : la faim a la nourriture, la fatigue le sommeil, l'amour la personne aimée. Si le désir d'un bonheur sans limite n'a aucun objet dans ce monde, c'est peut-être que nous sommes faits pour un autre. Lewis reste prudent : il n'écrit pas que c'est prouvé, seulement que c'est un « assez bon indice ».

P1Un désir naturel (inscrit en nous, pas fabriqué par la société) correspond à quelque chose qui existe et qui peut le satisfaire, dans ce monde ou ailleurs.
P2Nous avons un désir de ce genre que rien de ce monde ne satisfait : aucun bonheur naturel ne le comble.
P3 · prémisse impliciteCe désir est bien naturel, c'est-à-dire propre à l'être humain, et non une simple habitude, une mode ou une illusion de l'enfance.
Donc ce qui peut satisfaire ce désir existe hors de ce monde : nous sommes probablement faits pour un autre monde (pour Lewis, celui du Dieu chrétien).

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Si les trois prémisses sont vraies, la conclusion suit : le désir naturel doit avoir un objet ; il n'est pas ici-bas ; il est donc ailleurs. Sans P3, on pourrait dire que ce désir n'est pas naturel et n'a donc pas besoin d'objet.
Analogie.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

L'objection que Lewis cite lui-même 1941 · attaque la prémisse 1

« Avoir faim ne prouve pas qu'on a du pain. » Un désir peut rester sans objet : on peut mourir de faim sur un radeau, ou aimer sans être aimé.

Lewis répond
Lewis Réponse de Lewis
Un homme affamé peut mourir de faim sur un radeau, mais sa faim prouve qu'il appartient à une espèce qui se nourrit et à un monde où la nourriture existe. De même, Lewis ne croit pas (il le regrette) que son désir du Paradis prouve qu'il y entrera ; il y voit seulement un assez bon indice que cela existe et que certains y entreront.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Lewis passe de la preuve à l'indice. L'argument ne donne qu'une probabilité, à peser contre d'autres explications du désir (objections suivantes).
J
John Beversluis 1985 · attaque la prémisse 3

Ce philosophe, qui a donné son nom à « l'argument du désir », objecte que les désirs naturels sont des besoins du corps (faim, soif, sexe) dont nous connaissons l'objet par expérience. La « joie » de Lewis n'est pas de ce genre : l'analogie avec la faim est faible. Et beaucoup de gens disent trouver leur bonheur dans ce monde (travail, couple, enfants) : ce désir n'est pas universel.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1985, après sa mort (1963).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : des défenseurs comme Peter Kreeft (1994) distinguent les désirs innés, qui ont toujours un objet réel, des désirs appris (une voiture, la célébrité), qui peuvent n'en avoir aucun, et rangent le désir d'un bonheur parfait parmi les premiers. Le débat porte sur ce classement.
Sigmund Freud 1927 · attaque la prémisse 3

Les idées religieuses sont des illusions, des accomplissements des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l'humanité. Le désir d'un bonheur sans fin s'explique donc par notre histoire d'enfants sans défense, pas par l'existence de ce qu'il vise.

Lewis répond
Freud lui-même (une concession)
Freud précise qu'une illusion n'est pas la même chose qu'une erreur, et pas forcément une erreur : un souhait peut se réaliser. Savoir d'où vient un désir ne dit pas encore si ce qu'il vise existe ; il faut examiner les raisons de croire à part.
Freud
Pour Freud, ces idées ne sont pourtant pas « le dépôt de l'expérience ni le résultat final de la réflexion » : la force de la croyance vient de la force du souhait, pas de preuves. Le désir seul ne sert donc pas de preuve.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : accord sur un point, l'origine d'un désir ne réfute pas son objet. Le désaccord reste entier sur ce qu'il faut en conclure : indice d'un autre monde pour Lewis, symptôme de nos besoins d'enfants pour Freud.
Ludwig Feuerbach 1841 · attaque la conclusion

Le désir de ne pas mourir naît de l'instinct de conservation, puis devient, sous la pression de la vie, le désir d'une vie meilleure après la mort. C'est notre propre souhait que nous plaçons dans un au-delà.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Lewis dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Lewis ne répond pas à Feuerbach, qu'il ne cite pas dans ces textes. Sa position est que le désir dont il parle n'est pas seulement le désir de survivre mais celui d'un « pays lointain » que l'expérience ne donne jamais ; Feuerbach répondrait qu'il vient aussi de nous.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : débat ouvert. Les deux lisent la même expérience du désir ; l'un y voit un indice, l'autre une projection.