QuestionsPeut-on être certain de quelque chose ?Pas d'idées innées : l'esprit naît page blanche
Peut-on être certain de quelque chose ?Par l'expérience, avec prudence

Pas d'idées innées : l'esprit naît page blanche

John Locke 1632 · 1704L'esprit naît page blanche ; le pouvoir vient du consentement.
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Ce qu'il soutient

Il n'y a pas d'idées ni de principes innés : l'esprit est d'abord comme une page blanche, que l'expérience remplit.

Pourquoi

Si des vérités étaient gravées dans l'esprit, tous les esprits les connaîtraient, or les enfants ignorent même les principes de logique.

En bref

« Pas d'idées innées : l'esprit naît page blanche » est un argument de John Locke (Essai, I.2 et II.1) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : par l'expérience, avec prudence). Sa thèse : Il n'y a pas d'idées ni de principes innés : l'esprit est d'abord comme une page blanche, que l'expérience remplit. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Essai, I.2 et II.1
Valide avec une prémisse implicite

Descartes et beaucoup d'autres pensaient que certaines vérités sont gravées dans l'âme dès la naissance, comme la marque d'un sceau. Locke ouvre son Essai en attaquant cette idée : si une vérité était inscrite en nous, tout le monde la connaîtrait, enfants compris. Ce n'est pas le cas. Tout ce que nous savons vient donc de l'expérience.

P1Si une vérité était imprimée dans l'esprit, tout esprit l'apercevrait : imprimer une vérité dans l'âme, cela ne peut vouloir dire que la faire apercevoir.
P2Or les enfants et les « idiots » (au sens de l'époque : les personnes atteintes d'un handicap mental) n'ont pas la moindre idée de principes comme « ce qui est, est » ou « il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps ».
P3 · prémisse impliciteCes deux principes logiques sont les meilleurs candidats à l'innéité : si même eux ne sont pas connus de tous, aucune vérité ne l'est.
P4Toutes nos idées peuvent s'expliquer par l'expérience : la sensation (les objets extérieurs) et la réflexion (l'esprit qui observe ses propres opérations).
Donc il n'y a pas d'idées ni de principes innés : l'esprit est d'abord comme une page blanche, que l'expérience remplit.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où les enfants ignorent les deux principes logiques, mais où une autre vérité est connue de tous les esprits : elle pourrait alors être innée.
Avec P3, l'argument est valide. Sans elle, il ne prouve qu'une chose : ces deux principes-là ne sont pas innés. Il resterait possible qu'une autre vérité (morale, ou l'idée de Dieu) le soit. Locke traite ces cas à part (morale au chapitre suivant, Dieu plus loin), mais l'argument présenté ici repose sur cette généralisation. P4 n'est nécessaire que pour la seconde moitié de la conclusion : sans elle, on aurait montré qu'il n'y a pas d'idées innées, sans dire d'où viennent nos idées.
Analogie. Si l'on prétend qu'un livre est écrit dans votre tête depuis la naissance, mais que personne, pas même vous, ne peut en lire une ligne, en quel sens est-il écrit ? Pour Locke, une vérité « innée » que personne ne connaît n'est qu'une façon de parler.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Locke attaque la prémisse 1

Ces vérités sont dans l'esprit sans être aperçues : ce qui est inné, c'est la capacité de les connaître.

Locke répond
Locke
Si « inné » veut dire « que l'esprit est capable de connaître », alors toutes les vérités qu'on apprendra jamais sont innées. La thèse ne dit plus rien de plus que ses adversaires : personne n'a jamais nié que l'esprit est capable de connaître.
Leibniz 1765 · attaque la prémisse 1

L'esprit n'est pas un marbre lisse mais un marbre veiné, où la statue d'Hercule est déjà dessinée. Les vérités innées y sont comme des dispositions, pas comme des pensées actuelles. Il n'est donc pas contradictoire qu'elles soient en nous sans être aperçues : il faut du travail pour faire apparaître les veines.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1765, après sa mort (1704).
Leibniz 1765 · attaque la prémisse 4

L'expérience montre ce qui arrive, jamais ce qui doit arriver. Or nous savons que 2 + 2 = 4 est nécessaire, vrai partout et toujours. Les sens ne suffisent pas à en montrer la nécessité : elle vient de l'esprit lui-même.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1765, après sa mort (1704).
Noam Chomsky 1965 · attaque la prémisse 4

Les enfants apprennent leur langue maternelle très vite, à partir d'exemples peu nombreux et imparfaits, et tous suivent des règles qu'on ne leur a jamais enseignées. L'expérience seule ne suffit pas : il faut une structure innée propre au langage.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1965, après sa mort (1704).