QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?La propriété par le travail
Qu'est-ce qu'une société juste ?Les droits naturels

La propriété par le travail

John Locke 1632 · 1704L'esprit naît page blanche ; le pouvoir vient du consentement.
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Ce qu'il soutient

Le travail rend propriétaire de ce qu'on tire de la nature, sans l'accord des autres, tant qu'il en reste assez pour eux et que rien ne se gâte.

Pourquoi

Chacun possède son corps, donc son travail, et en mêlant son travail à une chose tirée de la nature, il en fait sa propriété.

En bref

« La propriété par le travail » est un argument de John Locke (Second traité, §27-31) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les droits naturels). Sa thèse : Le travail rend propriétaire de ce qu'on tire de la nature, sans l'accord des autres, tant qu'il en reste assez pour eux et que rien ne se gâte. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Second traité, §27-31
Valide

Dieu, dit Locke, a donné la terre à tous les hommes en commun. Comment quelqu'un peut-il alors posséder quoi que ce soit en propre, sans avoir demandé l'accord de toute l'humanité ? Sa réponse : par le travail. Cette idée a profondément marqué la pensée libérale, et elle reste au centre des débats sur les inégalités.

P1Chacun est propriétaire de sa propre personne : personne d'autre n'y a droit.
P2Donc le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains sont à lui.
P3Celui qui tire une chose de l'état où la nature l'a laissée (cueillir un fruit, labourer un champ) y mêle son travail : il y joint quelque chose qui est à lui.
P4Nul autre que lui ne peut avoir de droit sur ce à quoi son travail est joint, du moins s'il en reste assez et d'aussi bon pour les autres, et s'il n'en prend pas plus qu'il ne peut utiliser avant que cela se gâte.
Donc le travail rend propriétaire de ce qu'on tire de la nature, sans l'accord des autres, tant qu'il en reste assez pour eux et que rien ne se gâte.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
L'argument est valide tel que Locke l'écrit, sans prémisse cachée, et chaque prémisse est indispensable. La conclusion est conditionnelle : elle ne vaut que si les deux limites (assez pour les autres, pas de gaspillage) sont respectées. Le débat porte donc sur P4 (mêler son travail à une chose suffit-il à la rendre sienne ?) et sur la question de savoir si ces limites tiennent encore dans un monde où toute la terre est prise.
Analogie. Dans un jardin partagé, chacun peut cueillir des tomates. Celle que vous avez cueillie, lavée et cuisinée est devenue la vôtre : votre travail y est. Mais si vous ramassez tout le potager pour le laisser pourrir, vous avez pris la part des autres.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Locke attaque la conclusion

Si cueillir des fruits suffit pour en être propriétaire, chacun peut en accaparer autant qu'il veut.

Locke répond
Locke
Non. La même loi de nature qui donne la propriété la limite : on peut posséder ce qu'on peut utiliser avant que cela se gâte. Le reste dépasse sa part et appartient aux autres.
Objection anticipée par Locke attaque la prémisse 4

La terre appartient à tous : prendre une part de ce qui est commun sans l'accord de toute l'humanité, c'est voler.

Locke répond
Locke
Si un tel consentement était nécessaire, l'homme serait mort de faim au milieu de l'abondance que Dieu lui a donnée.
Rousseau 1755 · attaque la prémisse 4

« J'ai gagné ce terrain par mon travail », dit le riche. Mais une foule de gens manque du nécessaire pendant qu'il a du superflu. Pour prendre sur les biens communs plus que ce qu'il lui faut pour vivre, il lui aurait fallu l'accord exprès de tout le genre humain. (Locke admet d'ailleurs lui-même, au §50, que la monnaie, qui ne se gâte pas, a permis par simple consentement tacite des possessions inégales.)

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1755, après sa mort (1704).
Robert Nozick (le jus de tomate) 1974 · attaque la prémisse 4

Si je verse une boîte de jus de tomate dans la mer, la mer devient-elle à moi, ou ai-je simplement perdu mon jus ? Mêler ce qui est à soi avec ce qui n'est à personne ne dit pas pourquoi on gagne la chose plutôt que de perdre son travail. (Nozick défend pourtant une théorie de la propriété inspirée de Locke. Et Locke donne aussi une autre raison, au §40 : le travail crée presque toute la valeur des choses.)

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1974, après sa mort (1704).