QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?On ne force pas à croire : la tolérance
Qu'est-ce qu'une société juste ?Les libertés

On ne force pas à croire : la tolérance

John Locke 1632 · 1704L'esprit naît page blanche ; le pouvoir vient du consentement.
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Ce qu'il soutient

Le soin des âmes n'appartient pas au magistrat : l'État ne doit pas imposer une religion par la force.

Pourquoi

La force peut faire obéir, pas faire croire ; or une religion n'a de valeur que si l'on y croit vraiment.

En bref

« On ne force pas à croire : la tolérance » est un argument de John Locke (Lettre sur la tolérance) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les libertés). Sa thèse : Le soin des âmes n'appartient pas au magistrat : l'État ne doit pas imposer une religion par la force. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Lettre sur la tolérance
Valide avec une prémisse implicite

Au XVIIe siècle, l'Europe sort de guerres de religion, et la France vient de révoquer l'édit de Nantes (1685). Locke, exilé en Hollande, écrit qu'un État n'a pas à imposer une religion. Son argument n'est pas que toutes les religions se valent, mais que la force ne peut pas produire la foi. Il en fixe aussi les limites, et l'une d'elles choque aujourd'hui : il refuse de tolérer les athées.

P1Le pouvoir du magistrat (l'État) ne consiste qu'en force extérieure : lois, amendes, prison.
P2La vraie religion consiste dans la persuasion intérieure de l'esprit ; sans elle, rien n'est agréable à Dieu.
P3L'entendement est ainsi fait qu'on ne peut pas le contraindre à croire quoi que ce soit par la force.
P4 · prémisse impliciteUn pouvoir qui ne peut pas atteindre un but n'a pas à s'en charger : des peines incapables de convaincre sont hors de propos.
Donc le soin des âmes n'appartient pas au magistrat : l'État ne doit pas imposer une religion par la force.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'État ne peut pas produire la vraie religion par la force, mais reste quand même chargé du soin des âmes.
P1, P2 et P3 montrent seulement que l'État ne peut pas produire la vraie foi par la force. Pour conclure qu'il ne doit pas s'en mêler, il faut P4 : on ne confie pas à quelqu'un une tâche qu'il est incapable de remplir. Locke le dit à demi-mot (les peines sont « hors de propos »). C'est sur P4 que porte l'objection historique la plus forte, celle de Proast. Attention à la portée de la conclusion : elle interdit d'imposer une croyance, pas de punir ce qui nuit à l'ordre civil. C'est par là que Locke exclut les athées et certaines Églises.
Analogie. Un professeur peut obliger un élève à recopier cent fois « j'aime les maths ». Il ne peut pas l'obliger à les aimer. Pour Locke, la religion est comme l'amour des maths : seule la persuasion y mène.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Locke attaque la prémisse 1

Le magistrat peut aussi se servir d'arguments pour ramener les hérétiques vers la vérité et procurer leur salut.

Locke répond
Locke
Oui, comme n'importe quel homme de bien. Mais persuader et commander, presser par des arguments et presser par des peines, sont deux choses différentes. Seul le second relève du pouvoir civil, et il ne convainc personne.
Jonas Proast 1690 · attaque la prémisse 4

La force ne produit pas directement la foi, mais elle peut l'aider indirectement : des peines modérées obligent les gens à examiner des raisons qu'ils refusaient d'écouter. Elles ne sont donc pas « hors de propos ».

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Locke a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
P
Pierre Bayle 1682 · attaque la conclusion

Une société d'athées pourrait vivre honnêtement : la morale ne dépend pas de la croyance en Dieu (Pensées sur la comète). Appliqué à Locke : si la croyance ne peut pas être forcée, exclure les athées contredit le principe même de sa tolérance.

Locke répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Locke
Locke ne répond pas à Bayle directement, mais la Lettre donne sa raison : les promesses, les contrats et les serments, qui sont les liens de la société, n'ont aucune prise sur un athée. Il ne l'exclut donc pas pour sa croyance, mais parce qu'il le juge dangereux pour l'ordre civil.