QuestionsFaut-il toujours obéir à la loi ?Devant l'empereur : « Ma conscience est liée à la Parole de Dieu »
Faut-il toujours obéir à la loi ?La conscience d'abord

Devant l'empereur : « Ma conscience est liée à la Parole de Dieu »

Luther à Worms

Martin Luther 1483 · 1546Devant Dieu, la volonté humaine n'est pas libre : sans la grâce, elle veut le mal ; avec la grâce, elle veut le bien ; mais elle ne choisit jamais son maître. Elle est « serve ».
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Ce qu'il soutient

Luther ne peut ni ne veut se rétracter : une autorité ne peut exiger d'obéir contre la conscience, tant qu'elle ne l'a pas convaincue.

Pourquoi

Sa conscience est liée à la Parole de Dieu, et agir contre sa conscience n'est ni sûr ni honnête : il ne se rétractera pas sans preuve.

En bref

« Devant l'empereur : « Ma conscience est liée à la Parole de Dieu » » est un argument de Martin Luther (Réponse à la diète de Worms, 18 avril 1521 (WA 7, 838)) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : la conscience d'abord). Sa thèse : Luther ne peut ni ne veut se rétracter : une autorité ne peut exiger d'obéir contre la conscience, tant qu'elle ne l'a pas convaincue. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Réponse à la diète de Worms, 18 avril 1521 (WA 7, 838)
Valide

En avril 1521, Luther est sommé par l'empereur Charles Quint et la diète de Worms de renier ses livres. Il demande un temps de réflexion, puis répond : il ne se rétractera que s'il est convaincu par l'Écriture ou par un argument évident, car il ne croit ni le pape ni les conciles seuls, qui se sont trompés et contredits. Sa conscience est « captive » des paroles de Dieu, et agir contre sa conscience n'est ni sûr ni honnête. La phrase célèbre « Ici je me tiens, je ne peux faire autrement » (« Hier stehe ich, ich kann nicht anders ») est douteuse : l'édition de Weimar l'imprime en allemand à la fin, entre crochets (« Ich kan nicht anderst, hie stehe ich, Got helff mir, Amen »), mais elle manque dans la plupart des témoins, dont le manuscrit ; l'ordre connu vient des éditions de Wittenberg, Iéna et Erlangen. « Dieu me soit en aide, amen » est mieux attesté. L'argument ne dit pas que chacun a toujours raison : il dit qu'une autorité, même légitime, ne peut pas obliger quelqu'un à agir contre une conviction qu'il ne peut pas réfuter.

P1Une autorité ne peut faire changer d'avis que par des preuves : l'Écriture ou la raison évidente. Le pape et les conciles seuls ne suffisent pas, car on sait qu'ils se sont trompés et contredits.
P2Luther n'a pas été réfuté : les textes qu'il a cités le convainquent et sa conscience est liée par les paroles de Dieu.
P3Agir contre sa conscience n'est ni sûr ni honnête.
P4 · prémisse impliciteUn ordre, même venu d'une autorité légitime, ne peut pas obliger à faire ce qu'on tient, après examen sincère, pour contraire à la vérité.
Luther ne peut ni ne veut se rétracter : une autorité ne peut exiger d'obéir contre la conscience, tant qu'elle ne l'a pas convaincue.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Analogie.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

J
Johann von der Ecken, porte-parole de l'empereur (official de l'archevêque de Trèves) 1521 · attaque la prémisse 1

Luther, tu n'es pas seul à connaître l'Écriture : de saints docteurs ont peiné des jours et des nuits pour en trouver le vrai sens. Ne place pas ton jugement au-dessus de tant d'hommes éminents.

un défenseur répond
Luther défenseur de l'argument · 1521
Luther répond qu'il ne croit « ni le pape ni les conciles seuls », car on sait qu'ils se sont trompés et contredits. Sa règle : être convaincu par l'Écriture ou la raison, pas par le nombre ni par le rang.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord porte sur la preuve. Pour l'accusation, des siècles de lecture commune pèsent plus qu'un seul lecteur. Pour Luther, seule la preuve compte, et l'autorité s'est déjà trompée.
Thomas Hobbes (Léviathan) 1651 · attaque la prémisse 3

Hobbes juge cette doctrine contraire à la vie en société : si tout ce qu'on fait contre sa conscience est péché, chacun se fait juge du bien et du mal, et aucune loi ne tient plus.

un défenseur répond
Henry David Thoreau (La Désobéissance civile) défenseur de l'argument · 1849
Sans répondre à Hobbes, qu'il ne cite pas, Thoreau défend l'idée inverse : le citoyen doit-il, ne serait-ce qu'un instant, remettre sa conscience au législateur ? Pourquoi aurait-on une conscience, sinon ? Pour lui, on doit d'abord être des hommes, ensuite des sujets.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Hobbes craint que la conscience privée ruine l'ordre commun ; Thoreau, que l'ordre commun ruine la conscience. Luther est du côté de Thoreau, mais il met à sa conscience une condition : elle doit être liée par l'Écriture ou la raison, pas par un simple sentiment.
Platon (Criton, les Lois parlent à Socrate) 399 av. J.-C. · attaque la conclusion

Devant la cité, il y a deux voies : la convaincre, ou faire ce qu'elle ordonne, et souffrir en silence si elle l'ordonne. Si la persuasion échoue, il faut obéir.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Luther dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Luther ne discute pas le Criton. Mais à Worms il prend la première voie, en offrant d'être convaincu par l'Écriture ou la raison évidente ; s'il ne l'est pas, il refuse la seconde. Platon et Luther se séparent donc sur ce qui reste quand l'autorité ne cède pas : obéir (Socrate) ou refuser (Luther).