QuestionsDieu existe-t-il ?Le paradoxe de la toute-puissance
Dieu existe-t-il ?AthéismeCohérence des attributs divins

Le paradoxe de la toute-puissance

Le paradoxe de la pierre

John Leslie Mackie 1917 · 1981Le mal rend incohérente la croyance en un Dieu à la fois tout-puissant et parfaitement bon.
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Ce qu'il soutient

Une toute-puissance absolue est incohérente : aucun être ne peut l'avoir de façon permanente, pas même Dieu. Mackie conclut qu'« une toute-puissance sans réserve ne peut être attribuée à aucun être qui dure dans le temps ».

Pourquoi

Qu'il puisse créer une chose qu'il ne maîtrise pas ou qu'il ne le puisse pas, dans les deux cas il y a quelque chose qu'il ne peut faire.

La même idée à travers l'histoire
Augustin415Vers 415, dans La Cité de Dieu (V, 10), Augustin affronte déjà la question : Dieu ne peut ni mourir ni se tromper, est-il encore tout-puissant ? Il répond que oui : c'est justement parce qu'il est tout-puissant qu'il ne peut pas certaines choses.
Thomas d'Aquin1268Vers 1268, Thomas d'Aquin pose l'objection lui-même (Somme de théologie I, q. 25, a. 3) : Dieu ne peut pas pécher ni se renier lui-même, donc il ne serait pas tout-puissant. Il y répond en définissant la toute-puissance comme le pouvoir de faire tout ce qui est possible.
John Leslie Mackie1955Mackie en fait un paradoxe précis : un être tout-puissant peut-il créer des choses qu'il ne pourra plus contrôler ? Il le compare au paradoxe de la souveraineté d'un parlement qui voudrait lier les parlements futurs. Dans les années 1960, le débat prend la forme célèbre de la pierre trop lourde (Mavrodes 1963, Savage 1967).
En bref

« Le paradoxe de la toute-puissance » est un argument de John Leslie Mackie (« Evil and Omnipotence », Mind (1955), 1955) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Une toute-puissance absolue est incohérente : aucun être ne peut l'avoir de façon permanente, pas même Dieu. Mackie conclut qu'« une toute-puissance sans réserve ne peut être attribuée à aucun être qui dure dans le temps ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Evil and Omnipotence », Mind (1955)
Valide avec une prémisse implicite

La question est célèbre jusque dans les cours de récréation : Dieu peut-il créer une pierre si lourde qu'il ne pourra pas la soulever ? Derrière la blague, il y a un vrai problème logique. En 1955, le philosophe australien J. L. Mackie le pose sérieusement : un être tout-puissant peut-il créer des choses qu'il ne pourra plus contrôler ? Si oui, il perd sa toute-puissance ; si non, il ne l'avait pas. Mackie en conclut qu'une toute-puissance sans aucune limite est incohérente. L'argument ne prouve pas à lui seul qu'aucun Dieu n'existe : il oblige le croyant à dire précisément ce que veut dire « tout-puissant », et il vise le Dieu dont la puissance n'aurait aucune limite.

P1Un être tout-puissant peut-il créer quelque chose qu'il ne pourra plus maîtriser, par exemple une pierre trop lourde pour qu'il la soulève ? Soit il le peut, soit il ne le peut pas : il n'y a pas de troisième possibilité.
P2S'il le peut, alors, une fois la chose créée, il existe une chose qu'il ne peut pas faire : maîtriser ce qu'il a créé, soulever la pierre.
P3S'il ne le peut pas, il existe aussi une chose qu'il ne peut pas faire : créer cette chose.
P4 · prémisse impliciteÊtre tout-puissant au sens absolu, c'est n'avoir aucune chose qu'on ne puisse pas faire.
Donc une toute-puissance absolue est incohérente : aucun être ne peut l'avoir de façon permanente, pas même Dieu. Mackie conclut qu'« une toute-puissance sans réserve ne peut être attribuée à aucun être qui dure dans le temps ».

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où il existe une chose que Dieu ne peut pas faire et où Dieu est pourtant tout-puissant : c'est le cas si « tout-puissant » veut dire « pouvoir tout ce qui est possible », et si la chose en question est impossible.
Valide avec P4. P1 est toujours vraie (soit il le peut, soit non) : elle pose seulement le dilemme. Les deux branches du dilemme (P2 et P3) aboutissent au même résultat : il y a une chose que l'être ne peut pas faire. Il faut encore P4, rarement dite : « tout-puissant » voudrait dire « sans aucune chose impossible ». Presque toutes les réponses attaquent justement P4 (la toute-puissance ne porte que sur le possible) ou P3 (ne pas pouvoir créer cette pierre ne serait pas une vraie limite).
Analogie. Un champion d'haltérophilie peut-il fabriquer un haltère trop lourd pour lui ? Pour un humain, oui, et cela ne choque personne. Mais pour un être qui n'aurait aucune limite, chaque réponse semble lui en trouver une. Toute la question est de savoir si la tâche « fabriquer un haltère trop lourd pour celui qui peut tout soulever » a seulement un sens.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Thomas d'Aquin 1268 · attaque la prémisse 4

La toute-puissance ne veut pas dire « pouvoir n'importe quoi », mais pouvoir tout ce qui est possible. Ce qui se contredit (une chose qui serait et ne serait pas en même temps) n'est pas une chose à faire : ce n'est rien. Il ne s'agit pas d'un manque de puissance en Dieu. Thomas conclut : « il vaut mieux dire que de telles choses ne peuvent pas être faites, que de dire que Dieu ne peut pas les faire ».

Mackie répond
J. L. Mackie 1955 · Réponse de Mackie
Mackie accepte que la toute-puissance ne porte que sur le possible. Mais créer une chose qu'on ne contrôle plus n'a rien de contradictoire, contrairement à un cercle carré : un mécanicien peut très bien fabriquer une machine qu'il ne maîtrise plus. La question a donc un sens, et « s'il y a une difficulté, elle est dans la notion même de toute-puissance ».
G
George Mavrodes 1963 · La pierre, une fausse tâche
Pour un mécanicien, c'est possible, car son pouvoir est limité. Mais si Dieu est tout-puissant, « une pierre trop lourde pour Dieu » veut dire « une pierre que ne peut pas soulever celui qui peut tout soulever » : l'expression se contredit. C'est la toute-puissance même de Dieu qui rend une telle pierre impossible. Ne pas pouvoir la créer n'est donc pas une limite.
Voir la suite du débat (1)
C
C. Wade Savage 1967
Cette solution tourne en rond. Elle part du principe que Dieu est tout-puissant, alors que c'est justement ce que le paradoxe met en question : il veut montrer que l'idée même d'un être tout-puissant se contredit. On ne peut pas supposer la réponse pour écarter la question.
Où en est le débat (notre résumé)Thomas et Mackie s'accordent sur un point : la toute-puissance ne porte que sur le possible. Le désaccord porte sur la suite : « créer une chose qu'on ne contrôle plus » est-il une tâche cohérente, et que dit son impossibilité éventuelle de la notion de toute-puissance ? Mavrodes et Savage ont proposé des solutions que le débat ultérieur a discutées.
C
C. Wade Savage 1967 · attaque la prémisse 3

Savage écrit le paradoxe pour n'importe quel être x, puis le désamorce. Si x peut créer des pierres de n'importe quel poids et soulever des pierres de n'importe quel poids, alors « x ne peut pas créer une pierre que x ne peut pas soulever » veut seulement dire : toute pierre que x crée, x peut la soulever. Ce n'est pas une tâche que x échoue à faire. Cette phrase n'implique donc aucune limite de x.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Mackie dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) La solution de Savage sauve la toute-puissance à un moment donné. Mais Mackie visait surtout le croyant qui explique le mal par la liberté humaine, en disant que Dieu a fait des hommes si libres qu'il ne peut plus contrôler leur volonté. Si c'est vrai, Dieu a bien créé quelque chose qu'il ne contrôle plus, et il faut choisir : ou bien il a perdu une part de son pouvoir, ou bien il contrôle encore tout, et la réponse par la liberté s'affaiblit.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert. J. L. Cowan (« The Paradox of Omnipotence Revisited », 1974) revient sur les solutions proposées, dont celle de Savage, et maintient que le paradoxe est concluant ; nous n'avons pas résumé sa réponse détaillée. La solution de Savage sauve la toute-puissance à un instant donné ; le désaccord demeure sur la toute-puissance d'un être qui dure dans le temps.
Harry Frankfurt 1964 · attaque la prémisse 2

Supposons, comme Descartes, que Dieu puisse faire même ce qui est logiquement impossible. Alors il peut créer une pierre qu'il ne peut pas soulever, puis la soulever quand même. Pourquoi pourrait-il faire une chose impossible et pas deux ? « S'il peut faire ce qui est logiquement impossible, il peut non seulement créer des situations qu'il ne peut pas maîtriser, mais aussi, puisqu'il n'est pas lié par les limites de la cohérence, maîtriser des situations qu'il ne peut pas maîtriser. »

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Mackie dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Frankfurt raisonne sous condition : il montre seulement que le paradoxe ne gêne pas celui qui pense, comme Descartes, que Dieu échappe à la logique. Mais le prix est lourd : si Dieu échappe à la logique, on ne peut plus rien raisonner à son sujet, ni pour ni contre. Mackie notait déjà que certains théistes disent que Dieu peut faire l'impossible ; la plupart, avec Thomas d'Aquin, refusent ce prix.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : Dieu peut-il faire ce qui est logiquement impossible ? Descartes le pensait, Thomas d'Aquin le refuse. Frankfurt montre seulement que le paradoxe ne gêne pas la position cartésienne ; le prix de cette position est de rendre tout raisonnement sur Dieu difficile.
Richard Swinburne 1977 · attaque la conclusion

Dieu peut créer une telle pierre. Mais s'il le faisait vraiment, il cesserait d'être tout-puissant à partir de ce moment. Tant qu'il ne le fait pas, il reste tout-puissant. Avoir, à chaque instant, le pouvoir de tout faire (y compris de se limiter) n'a rien de contradictoire.

Mackie répond
J. L. Mackie 1955 · Réponse anticipée de Mackie
C'est exactement la solution que Mackie proposait, et la limite qu'il voulait montrer. On peut distinguer le pouvoir illimité d'agir et le pouvoir illimité de décider quels pouvoirs auront les choses. Un être peut avoir l'un ou l'autre à un moment donné, mais pas les deux pour toujours : s'il use du second pour créer des êtres indépendants, il perd le premier. Une toute-puissance sans réserve ne convient donc à aucun être qui dure dans le temps.
Le débat continue (notre résumé) Pour beaucoup de théistes, cela suffit : Dieu peut, à chaque instant, tout ce qui est possible. D'autres préfèrent dire que Dieu est tout-puissant par essence : il ne peut pas cesser de l'être, et la pierre redevient alors une tâche contradictoire, comme chez Mavrodes. Dans les deux cas, le croyant renonce à la toute-puissance « sans aucune limite » que vise l'argument.
Où en est le débat (notre résumé)Swinburne et Mackie décrivent la même situation, mais en tirent des conclusions différentes. Pour Swinburne, rien d'incohérent : Dieu garde le pouvoir à chaque instant. Pour Mackie, cela montre qu'une toute-puissance sans réserve ne convient à aucun être qui dure dans le temps.