Si Dieu sait tout d'avance, suis-je libre ?
Prescience divine et liberté humaine
Il n'existe pas de Dieu qui connaisse d'avance, sans pouvoir se tromper, tout ce que nous ferons. Pike le dit ainsi : les doctrines sur Dieu et son savoir, mises ensemble, « imposent la conclusion que si Dieu existe, aucune action humaine n'est volontaire ».
Dieu a cru hier ce que je ferai demain et ne peut se tromper ; le passé est fixé, donc je ne peux pas faire autrement.
« Si Dieu sait tout d'avance, suis-je libre ? » est un argument de Nelson Pike (« Divine Omniscience and Voluntary Action », Philosophical Review (1965), 1965) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Il n'existe pas de Dieu qui connaisse d'avance, sans pouvoir se tromper, tout ce que nous ferons. Pike le dit ainsi : les doctrines sur Dieu et son savoir, mises ensemble, « imposent la conclusion que si Dieu existe, aucune action humaine n'est volontaire ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Si Dieu sait déjà ce que tu feras demain, et qu'il ne peut pas se tromper, peux-tu faire autre chose ? Boèce se posait la question en prison vers 524. En 1965, le philosophe américain Nelson Pike lui donne une forme précise, discutée depuis par tous les philosophes de la religion. Pike lui-même ne conclut pas que Dieu n'existe pas : il montre qu'un croyant qui veut garder à la fois un Dieu omniscient et la liberté humaine doit renoncer à l'une des prémisses. L'argument est rangé ici du côté athée parce que, si toutes ses prémisses sont vraies, le Dieu de la tradition, qui connaît d'avance tous nos actes sans pouvoir se tromper, n'existe pas. Il ne vise pas tout Dieu possible : un Dieu hors du temps, ou qui ignore l'avenir, y échappe.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où Dieu existe, où Jones ne pouvait pas faire autrement, et où il agit pourtant librement. C'est ce que soutiennent les compatibilistes, et, d'une certaine façon, Augustin : notre volonté est libre parce qu'elle est en notre pouvoir, même si son issue est certaine.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Boèce 524 · attaque la prémisse 1Dieu ne prévoit pas : il voit. Il n'est pas dans le temps, il vit dans un éternel présent d'où il voit d'un seul regard ce qui, pour nous, est passé, présent ou futur. Sa connaissance n'est donc pas une prévision de l'avenir, mais la connaissance d'un présent qui ne passe pas. Or voir un homme marcher ne l'oblige pas à marcher.
Pike répond
Dieu ne prévoit pas : il voit. Il n'est pas dans le temps, il vit dans un éternel présent d'où il voit d'un seul regard ce qui, pour nous, est passé, présent ou futur. Sa connaissance n'est donc pas une prévision de l'avenir, mais la connaissance d'un présent qui ne passe pas. Or voir un homme marcher ne l'oblige pas à marcher.
Augustin 395 · attaque la prémisse 4Savoir d'avance n'est pas forcer. Ta mémoire ne force pas le passé à avoir eu lieu ; de même, la prescience de Dieu ne force pas l'avenir à arriver. Si tu savais qu'un ami va pécher, ce n'est pas ton savoir qui le pousserait à pécher : il pécherait par sa propre volonté.
Pike répond
Savoir d'avance n'est pas forcer. Ta mémoire ne force pas le passé à avoir eu lieu ; de même, la prescience de Dieu ne force pas l'avenir à arriver. Si tu savais qu'un ami va pécher, ce n'est pas ton savoir qui le pousserait à pécher : il pécherait par sa propre volonté.
Guillaume d'Ockham 1322 · attaque la prémisse 3Tous les faits du passé ne sont pas fixés de la même façon. « Jones a tondu sa pelouse » est un fait passé « dur ». Mais « Dieu croyait il y a quatre-vingts ans que Jones tondrait samedi » ne parle du passé qu'en apparence : sa vérité dépend de ce que Jones fera. Ces propositions-là ne sont pas nécessaires, et Jones garde le pouvoir d'agir autrement. Marilyn Adams a repris cette idée contre Pike en 1967 : selon elle, l'existence d'un Dieu omniscient et éternel n'est pas un fait passé « dur ».
Pike répond
Tous les faits du passé ne sont pas fixés de la même façon. « Jones a tondu sa pelouse » est un fait passé « dur ». Mais « Dieu croyait il y a quatre-vingts ans que Jones tondrait samedi » ne parle du passé qu'en apparence : sa vérité dépend de ce que Jones fera. Ces propositions-là ne sont pas nécessaires, et Jones garde le pouvoir d'agir autrement. Marilyn Adams a repris cette idée contre Pike en 1967 : selon elle, l'existence d'un Dieu omniscient et éternel n'est pas un fait passé « dur ».
LLuis de Molina 1588 · attaque la prémisse 4Molina attribue à Dieu une « science moyenne » : Dieu sait ce que chaque liberté ferait dans chaque situation possible, sans la forcer. Si Jones choisissait autrement, ce qu'il peut réellement faire, Dieu l'aurait su depuis toujours. Pouvoir agir autrement, ce n'est donc ni tromper Dieu ni changer le passé : c'est seulement que la croyance de Dieu aurait été autre.
sans réponse
Molina attribue à Dieu une « science moyenne » : Dieu sait ce que chaque liberté ferait dans chaque situation possible, sans la forcer. Si Jones choisissait autrement, ce qu'il peut réellement faire, Dieu l'aurait su depuis toujours. Pouvoir agir autrement, ce n'est donc ni tromper Dieu ni changer le passé : c'est seulement que la croyance de Dieu aurait été autre.
Richard Swinburne 1977 · attaque la prémisse 1Être omniscient, c'est savoir tout ce qui peut être su. Or nos actes libres futurs ne sont pas encore déterminés : rien dans le passé ne les rend nécessaires, et personne, pas même Dieu, ne peut les connaître d'avance. Dieu est omniscient s'il connaît tout, sauf ces états futurs. Cette voie a ensuite été développée par le « théisme ouvert » (William Hasker, 1989) : Dieu connaît l'avenir comme ouvert.
Pike répond
Être omniscient, c'est savoir tout ce qui peut être su. Or nos actes libres futurs ne sont pas encore déterminés : rien dans le passé ne les rend nécessaires, et personne, pas même Dieu, ne peut les connaître d'avance. Dieu est omniscient s'il connaît tout, sauf ces états futurs. Cette voie a ensuite été développée par le « théisme ouvert » (William Hasker, 1989) : Dieu connaît l'avenir comme ouvert.