À chacun selon ses besoins : le droit égal reste un droit bourgeois
« De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins »
Le droit égal selon le travail reste un droit bourgeois, et le principe « à chacun selon ses besoins » ne peut valoir que dans une société d'abondance.
Une même mesure appliquée à des personnes inégales laisse subsister l'inégalité : le droit égal n'est pas la fin de l'injustice.
« À chacun selon ses besoins : le droit égal reste un droit bourgeois » est un argument de Karl Marx (Critique du programme de Gotha, 1875, partie I) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : l'égalité). Sa thèse : Le droit égal selon le travail reste un droit bourgeois, et le principe « à chacun selon ses besoins » ne peut valoir que dans une société d'abondance. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 1875, des socialistes allemands veulent écrire dans leur programme que le produit du travail appartient « intégralement, par droit égal » à tous. Marx, dans des notes écrites pour ses amis, leur répond que ce droit égal n'est pas la fin de l'injustice. Dans la société qui vient de sortir du capitalisme, chacun recevrait selon le travail qu'il a fourni : c'est mieux que le salaire, mais la mesure est la même pour tous, alors que les gens sont inégaux (forts ou faibles, célibataires ou chargés d'enfants). À travail égal, l'un vivrait donc mieux que l'autre. Marx appelle cela un droit « bourgeois » et il en tire une conclusion : seule une société où les richesses abondent, où le travail n'est plus une contrainte, peut écrire sur ses drapeaux « à chacun selon ses besoins ». Il ne dit pas que l'égalité devant le travail soit injuste en soi : il dit qu'elle est un progrès, mais limité, et que ce défaut est inévitable au début.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un monde où l'abondance est nécessaire pour dépasser le droit bourgeois, mais où l'on dépasse celui-ci d'une autre façon (par exemple en répartissant selon une autre règle commune) et où la règle « selon les besoins » est appliquée sans abondance. Rien ne les lie.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Robert Nozick 1974 · attaque la conclusionNozick vise tout principe de répartition fondé sur un modèle, dont « selon les besoins ». Si les gens sont libres, ils échangent et donnent, et même une répartition qu'on juge juste est vite défaite. Pour maintenir le modèle, il faudrait interdire sans cesse des échanges volontaires. Notre résumé : il ne parle pas de Marx dans ce passage, il critique toutes les répartitions « selon un modèle ».
un défenseur répond
Nozick vise tout principe de répartition fondé sur un modèle, dont « selon les besoins ». Si les gens sont libres, ils échangent et donnent, et même une répartition qu'on juge juste est vite défaite. Pour maintenir le modèle, il faudrait interdire sans cesse des échanges volontaires. Notre résumé : il ne parle pas de Marx dans ce passage, il critique toutes les répartitions « selon un modèle ».
Friedrich Hayek 1976 · attaque la conclusionHayek soutient que « justice sociale » n'a pas de sens dans une économie de marché, où la répartition résulte de milliers de décisions que personne ne dirige : on peut juger juste ou injuste la conduite d'une personne, non le résultat d'un processus sans auteur. Répartir selon les besoins demanderait une autorité qui connaisse les besoins de tous et ait le pouvoir d'imposer sa décision. Notre résumé du livre (source non lue).
un défenseur répond
Hayek soutient que « justice sociale » n'a pas de sens dans une économie de marché, où la répartition résulte de milliers de décisions que personne ne dirige : on peut juger juste ou injuste la conduite d'une personne, non le résultat d'un processus sans auteur. Répartir selon les besoins demanderait une autorité qui connaisse les besoins de tous et ait le pouvoir d'imposer sa décision. Notre résumé du livre (source non lue).
AAlec Nove 1983 · attaque la prémisse 5Nove, économiste spécialiste de l'économie soviétique, doute que l'abondance au sens de Marx soit atteignable : les désirs augmentent avec les richesses, donc une rareté demeure, et une société complexe a besoin de prix et de marchés pour coordonner production et demande. Notre résumé du livre (source non lue).
sans réponse
Nove, économiste spécialiste de l'économie soviétique, doute que l'abondance au sens de Marx soit atteignable : les désirs augmentent avec les richesses, donc une rareté demeure, et une société complexe a besoin de prix et de marchés pour coordonner production et demande. Notre résumé du livre (source non lue).