Le paradoxe de l'hédonisme : pour être heureux, ne pas viser le bonheur
Le paradoxe de l'hédonisme ; le bonheur comme sous-produit ; « Demandez-vous si vous êtes heureux, et vous cessez de l'être »
Le bonheur, fin de la vie, ne s'atteint qu'en visant autre chose que lui : le bonheur d'autrui, le progrès de l'humanité, un art ou une recherche poursuivis pour eux-mêmes. On trouve alors le bonheur « en chemin ».
Se demander sans cesse « suis-je heureux ? » suffit à cesser de l'être ; on le trouve en visant autre chose.
« Le paradoxe de l'hédonisme : pour être heureux, ne pas viser le bonheur » est un argument de John Stuart Mill (Mill, Autobiographie (1873), chap. V, la crise de 1826, 1873) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : pas de bonheur durable). Sa thèse : Le bonheur, fin de la vie, ne s'atteint qu'en visant autre chose que lui : le bonheur d'autrui, le progrès de l'humanité, un art ou une recherche poursuivis pour eux-mêmes. On trouve alors le bonheur « en chemin ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vous voulez être heureux. Alors pourquoi ne pas y penser toute la journée ? John Stuart Mill, le grand philosophe utilitariste, a essayé. À vingt ans, en 1826, il se pose cette question : « Si tous tes projets se réalisaient demain, serais-tu heureux ? » Une voix intérieure répond : « Non. » Il s'effondre et traverse des mois de dépression. Il en sort avec une idée étrange, qu'il gardera toute sa vie : le bonheur ne se trouve pas quand on le cherche. Il vient en prime, quand on s'occupe d'autre chose : le bonheur des autres, le progrès, un art. Cette idée s'appelle aujourd'hui le paradoxe de l'hédonisme. Elle ne dit pas que le bonheur est inutile, mais que le chemin direct est une impasse.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'on ne vise pas le bonheur directement, ne vise rien d'autre non plus, et pourtant est heureux : par exemple parce qu'on a du temps, une bonne santé et de la chance. Mill pense que le bonheur ne vient pas ainsi sans but, mais il ne le prouve pas : c'est son idée d'une vie qui a un objet.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Jeremy Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation 1789 · attaque la prémisse 2Voilà la position que Mill avait apprise, adolescent, de son père et de Bentham : le plaisir et la douleur sont nos « deux maîtres souverains » et ils disent à eux seuls ce que nous devons faire. On peut donc viser le plaisir en face, le mesurer, le comparer, en faire le calcul. Si c'était impossible, tout le programme de l'utilitarisme s'effondrerait. (Bentham est mort en 1832, avant que Mill n'écrive : on ne connaît pas sa réponse.)
Mill répond
Voilà la position que Mill avait apprise, adolescent, de son père et de Bentham : le plaisir et la douleur sont nos « deux maîtres souverains » et ils disent à eux seuls ce que nous devons faire. On peut donc viser le plaisir en face, le mesurer, le comparer, en faire le calcul. Si c'était impossible, tout le programme de l'utilitarisme s'effondrerait. (Bentham est mort en 1832, avant que Mill n'écrive : on ne connaît pas sa réponse.)
Henry Sidgwick, The Methods of Ethics 1874 · attaque la prémisse 2Sidgwick, qui nomme le paradoxe, en limite la portée. Il dit que l'effet est à peine visible pour les plaisirs passifs des sens, comme manger. Quelqu'un qui aime la bonne chère peut viser son plaisir sans le perdre. Le paradoxe vaut pour les plaisirs actifs, qui demandent qu'on s'oublie dans ce qu'on fait.
sans réponse
Sidgwick, qui nomme le paradoxe, en limite la portée. Il dit que l'effet est à peine visible pour les plaisirs passifs des sens, comme manger. Quelqu'un qui aime la bonne chère peut viser son plaisir sans le perdre. Le paradoxe vaut pour les plaisirs actifs, qui demandent qu'on s'oublie dans ce qu'on fait.
SSonja Lyubomirsky, Kennon Sheldon et David Schkade 2005 · attaque la conclusionLa psychologie a étudié la question en face : peut-on augmenter son bonheur de façon durable ? Selon ces trois chercheurs, oui, en choisissant volontairement des activités et des habitudes qui rendent heureux. Viser le bonheur peut donc marcher, à condition de ne pas se contenter de se demander si l'on est heureux.
sans réponse
La psychologie a étudié la question en face : peut-on augmenter son bonheur de façon durable ? Selon ces trois chercheurs, oui, en choisissant volontairement des activités et des habitudes qui rendent heureux. Viser le bonheur peut donc marcher, à condition de ne pas se contenter de se demander si l'on est heureux.