Ce qu'on appelle la nature des femmes est une chose artificielle
La nature des femmes est artificielle ; l'égalité parfaite entre les sexes
La subordination légale d'un sexe à l'autre est injuste en elle-même et nuit au progrès humain : elle doit être remplacée par une égalité parfaite, sans pouvoir ni privilège d'un côté, sans incapacité de l'autre.
On ne connaît pas la nature des femmes, qu'on n'a vues que soumises ; et si la nature décide, nul besoin de loi : la concurrence suffit.
« Ce qu'on appelle la nature des femmes est une chose artificielle » est un argument de John Stuart Mill (Mill, L'Asservissement des femmes, 1869, chap. 1) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : l'égalité). Sa thèse : La subordination légale d'un sexe à l'autre est injuste en elle-même et nuit au progrès humain : elle doit être remplacée par une égalité parfaite, sans pouvoir ni privilège d'un côté, sans incapacité de l'autre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pendant des siècles, on a justifié la place des femmes par leur « nature » : faites pour le foyer, moins aptes à gouverner ou à penser. Mill répond que personne ne sait quelle est cette nature, parce qu'on n'a jamais vu de société où les femmes n'étaient pas soumises aux hommes. Ce qu'on appelle leur nature est le résultat d'une éducation : certaines qualités ont été encouragées comme dans une serre, d'autres étouffées. Et si la nature des femmes les rend vraiment inaptes à une tâche, nul besoin d'une loi pour le leur interdire : la libre concurrence suffira. Mill en conclut que la subordination légale d'un sexe à l'autre est injuste et nuit au progrès humain, et qu'elle doit être remplacée par l'égalité parfaite.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la nature des sexes est inconnue et artificielle, mais où la loi est quand même justifiée : par exemple si l'on pense qu'une répartition des rôles, même sans preuve, sert l'ordre social.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Aristote (la nature fait du mâle le chef) 350 av. J.-C. · attaque la prémisse 1Pour Aristote, le mâle est par nature supérieur et la femelle inférieure ; l'un commande et l'autre obéit. Ce principe s'étend nécessairement à toute l'humanité.
un défenseur répond
Pour Aristote, le mâle est par nature supérieur et la femelle inférieure ; l'un commande et l'autre obéit. Ce principe s'étend nécessairement à toute l'humanité.
Jean-Jacques Rousseau (la femme est faite pour plaire) 1762 · attaque la prémisse 3Pour Rousseau, il s'ensuit que la femme est faite spécialement pour plaire à l'homme. Ce n'est pas la loi de l'amour, mais celle de la nature, antérieure à l'amour même. L'éducation des femmes doit donc être relative aux hommes.
un défenseur répond
Pour Rousseau, il s'ensuit que la femme est faite spécialement pour plaire à l'homme. Ce n'est pas la loi de l'amour, mais celle de la nature, antérieure à l'amour même. L'éducation des femmes doit donc être relative aux hommes.
L'opinion courante que Mill discute (la vocation naturelle de la femme) 1869 · attaque la prémisse 4On suppose communément que la vocation naturelle d'une femme est d'être épouse et mère. Pour la société, il faut que les femmes se marient et aient des enfants : elles ne le feraient pas si elles avaient d'autres options. Il faut donc les y contraindre par la loi.
un défenseur répond
On suppose communément que la vocation naturelle d'une femme est d'être épouse et mère. Pour la société, il faut que les femmes se marient et aient des enfants : elles ne le feraient pas si elles avaient d'autres options. Il faut donc les y contraindre par la loi.
James Fitzjames Stephen (les hommes sont plus forts) 1873 · attaque la prémisse 2Stephen, juriste anglais et critique de Mill, répond que tous les discours du monde n'ébranleront pas ce fait : les hommes sont plus forts que les femmes à tous égards, par la force des muscles et des nerfs, de l'intelligence et du caractère. Ce fait, observé partout et toujours, a partout produit une division du travail entre les sexes : la « nature » n'est donc pas une invention de l'éducation.
un défenseur répond
Stephen, juriste anglais et critique de Mill, répond que tous les discours du monde n'ébranleront pas ce fait : les hommes sont plus forts que les femmes à tous égards, par la force des muscles et des nerfs, de l'intelligence et du caractère. Ce fait, observé partout et toujours, a partout produit une division du travail entre les sexes : la « nature » n'est donc pas une invention de l'éducation.
Susan Moller Okin (Mill garde le partage traditionnel des rôles) 1979 · attaque la conclusionDes lectrices féministes de Mill, dont Okin, remarquent qu'il ne va pas jusqu'au bout de son « égalité parfaite » : au chapitre 2, il admet qu'une femme qui se marie choisit en général, comme un homme choisit un métier, de faire passer d'abord la tenue du foyer et l'éducation des enfants. La division des rôles dans la famille reste donc en place, et avec elle une bonne part de l'inégalité.
sans réponse
Des lectrices féministes de Mill, dont Okin, remarquent qu'il ne va pas jusqu'au bout de son « égalité parfaite » : au chapitre 2, il admet qu'une femme qui se marie choisit en général, comme un homme choisit un métier, de faire passer d'abord la tenue du foyer et l'éducation des enfants. La division des rôles dans la famille reste donc en place, et avec elle une bonne part de l'inégalité.