QuestionsFaut-il avoir peur de la mort ?Philosopher, c'est apprendre à mourir
Faut-il avoir peur de la mort ?Rien à craindre

Philosopher, c'est apprendre à mourir

Apprendre à mourir

Michel de Montaigne 1533 · 1592« Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » : nos mœurs ne sont pas la mesure de tout.
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Ce qu'il soutient

Penser sans cesse à la mort nous libère : toute la sagesse revient à nous apprendre à ne pas craindre de mourir.

Pourquoi

La mort fait peur parce qu'elle est étrangère ; y penser sans cesse la rend familière et lui ôte son pouvoir.

La même idée à travers l'histoire
Cicéron45 av. J.-C.Dans les Tusculanes, Cicéron rapporte la formule d'après Socrate : toute la vie des philosophes est une méditation de la mort. C'est la source que Montaigne nomme au début de son chapitre.
Michel de Montaigne1580Montaigne en tire une méthode : penser à la mort en toute occasion pour lui ôter son étrangeté, et gagner ainsi la liberté. Version présentée ici.
En bref

« Philosopher, c'est apprendre à mourir » est un argument de Michel de Montaigne (Essais I, 20, « Que philosopher c'est apprendre à mourir », 1580) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : rien à craindre). Sa thèse : Penser sans cesse à la mort nous libère : toute la sagesse revient à nous apprendre à ne pas craindre de mourir. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Essais I, 20, « Que philosopher c'est apprendre à mourir »
Valide avec une prémisse implicite

Montaigne reprend une formule de Cicéron, venue de Socrate : philosopher, c'est apprendre à mourir. Son idée est pratique. La mort fait peur surtout parce qu'elle nous est étrangère. Si nous la fréquentons par la pensée, elle perd son pouvoir, et nous cessons d'être esclaves de la peur. Mais le même Montaigne, plus tard, dira presque le contraire.

P1Si nous pensons à la mort en toute occasion, elle nous devient familière : elle perd son étrangeté.
P2 · prémisse impliciteCe qui nous est devenu familier ne nous fait plus peur : la peur de la mort vient surtout de son étrangeté.
P3Celui qui ne craint plus la mort est libre : il n'a plus de raison de plier ni de servir par peur de perdre la vie.
Donc penser sans cesse à la mort nous libère : toute la sagesse revient à nous apprendre à ne pas craindre de mourir.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve quelqu'un qui pense tout le temps à sa mort, pour qui elle est devenue familière, qui en a pourtant toujours peur, et qui n'est donc pas libre.
Avec P2, la conclusion suit : penser à la mort la rend familière (P1), le familier ne fait plus peur (P2), et qui ne craint plus est libre (P3). P2 n'est pas dite par Montaigne dans ces mots : c'est le pont caché. C'est aussi le point faible : on s'habitue à bien des choses, mais est-ce vrai de sa propre mort, qu'on ne vivra qu'une fois ?
Analogie. Un enfant a peur du noir tant qu'il ne sait pas ce qu'il y a dans sa chambre. S'il y entre chaque soir avec une lampe, il finit par connaître chaque coin, et le noir ne l'arrête plus. Montaigne propose de visiter ainsi la mort, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de coin inconnu.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Montaigne lui-même, plus tard 1588 · attaque la conclusion

Dans le dernier livre des Essais, Montaigne écrit : « Nous troublons la vie par le soing de la mort, et la mort par le soing de la vie. » Se préparer à la mort gâche la vie.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Montaigne dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Montaigne ne revient pas lui-même sur le chapitre I, 20 pour le corriger ; les deux textes restent côte à côte dans les Essais. À lire ensemble : le premier conseille d'y penser sans cesse, le second de ne pas s'en soucier (III, 12 : « Si vous ne sçavez pas mourir, ne vous chaille ; nature vous en informera sur le champ »).
Où en est le débat (notre résumé)On peut lire ce passage comme un changement d'avis (de la préparation à la confiance en la nature) ou comme la suite de la même idée : la mort ne demande pas d'effort. Notre résumé : la question de fond reste ouverte, faut-il s'y préparer ou la laisser venir ?
Spinoza 1677 · attaque la prémisse 3

Penser à la mort, c'est la penser comme un mal, et connaître un mal ne produit que tristesse et crainte. L'homme libre, guidé par la raison, ne pense donc à aucune chose moins qu'à la mort ; sa sagesse est une méditation de la vie. Voir l'argument « Méditer la vie, pas la mort » (spinoza-mort).

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1677, après sa mort (1592).
Où en est le débat (notre résumé)Les deux camps s'accordent sur le but (ne pas être dominé par la peur) et se séparent sur le moyen : Montaigne veut y penser pour la dompter, Spinoza veut l'oublier pour vivre. Point de désaccord de fond : peut-on penser sa mort sans la penser comme un mal ?