QuestionsQui suis-je vraiment ?Le soi n'est ni identique aux agrégats, ni différent d'eux
Qui suis-je vraiment ?Pas de moi fixe

Le soi n'est ni identique aux agrégats, ni différent d'eux

Nāgārjuna v. 150 · v. 250Toutes choses sont vides de nature propre.
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Ce qu'il soutient

Il n'existe pas de soi à nature propre, ni identique aux agrégats ni séparé d'eux. (Le texte ne conclut pas pour autant que la personne est un néant : ce qui dépend d'autre chose n'est « ni identique, ni différent », 18.10.)

Pourquoi

Un soi identique aux agrégats disparaîtrait avec eux, et on n'en trouve jamais un séparé d'eux.

En bref

« Le soi n'est ni identique aux agrégats, ni différent d'eux » est un argument de Nāgārjuna (Stances fondamentales 18, 22 et 27) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : pas de moi fixe). Sa thèse : Il n'existe pas de soi à nature propre, ni identique aux agrégats ni séparé d'eux. (Le texte ne conclut pas pour autant que la personne est un néant : ce qui dépend d'autre chose n'est « ni identique, ni différent », 18.10.). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Stances fondamentales 18, 22 et 27
Valide avec une prémisse implicite

Que suis-je ? Le bouddhisme enseigne que la personne est faite de cinq « agrégats » (forme, sensation, perception, dispositions, conscience) qui apparaissent et disparaissent. Reste la question : y a-t-il, en plus, quelqu'un qui les possède, un soi (ātman) qui reste le même ? Nāgārjuna examine les deux seules possibilités : ce soi serait les agrégats, ou il serait autre chose qu'eux, et il montre qu'aucune ne tient. Attention : il ne conclut pas simplement « le moi n'existe pas ». Le texte dit que les Bouddhas ont parlé d'un soi, puis d'un non-soi, puis ont enseigné qu'il n'y a ni soi ni non-soi (18.6). Nous reconstruisons seulement la partie « pas de soi à nature propre » ; la forme P1…C ne rend pas ce « ni… ni… ».

P1Si le soi existait comme une chose à nature propre, il serait soit les agrégats, soit autre chose qu'eux.
P2Si le soi était les agrégats, il naîtrait et disparaîtrait avec eux : or ce qu'on saisit comme « soi » apparaît et disparaît.
P3 · prémisse impliciteUn soi à nature propre ne naît pas et ne disparaît pas.
P4Si le soi était autre chose que les agrégats, on pourrait le saisir à part d'eux.
P5Or on ne saisit jamais de soi à part des agrégats.
Donc il n'existe pas de soi à nature propre, ni identique aux agrégats ni séparé d'eux. (Le texte ne conclut pas pour autant que la personne est un néant : ce qui dépend d'autre chose n'est « ni identique, ni différent », 18.10.)

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où le soi existe, est identique aux agrégats, naît et disparaît avec eux, et n'est jamais trouvé à part d'eux.
Avec P3, la conclusion suit. P3 n'est pas écrite telle quelle dans le texte : nous la tirons de la définition de la nature propre (non fabriquée, 15.2) ; c'est une prémisse implicite, et c'est la définition même du « soi » visé (l'ātman des traditions indiennes, éternel et indépendant). Sans elle, rien n'empêche que le soi soit les agrégats et naisse et disparaisse avec eux. P5 est un fait d'observation, et c'est là que les objecteurs attaquent : Descartes et Avicenne affirment que l'on se saisit soi-même sans corps ni sensations.
Analogie. Cherche « l'équipe » d'un club : tu verras des joueurs, un entraîneur, un maillot, des matchs. Elle n'est pas un joueur de plus, et elle n'existe pas non plus en dehors de tout cela. Nāgārjuna dit que le « moi » est comme l'équipe : bien réel en pratique, introuvable comme chose à part.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Descartes 1641 · attaque la prémisse 5

Je trouve en moi, avec certitude, que je pense, et la pensée seule ne peut être détachée de moi. Je suis donc une chose qui pense : un soi se saisit directement, sans corps et sans sensations.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1641, après sa mort (250).
Le débat continue (notre résumé) Nāgārjuna n'a pas pu répondre à Descartes. Un défenseur de la Voie du milieu ferait remarquer que ce que Descartes saisit est une pensée, c'est-à-dire un des cinq agrégats (la conscience), et non un possesseur de pensées qui s'en distingue ; et que Descartes dit lui-même qu'il existe « autant de temps » qu'il pense. Descartes répondrait que la pensée exige quelqu'un qui pense. Le débat reste ouvert. (Notre résumé.)
Avicenne (l'homme volant) 1027 · attaque la prémisse 5

Imagine un homme créé d'un coup, les yeux voilés, flottant dans le vide, sans rien sentir de son corps. Il ne peut douter qu'il existe, et pourtant il n'affirme aucun de ses membres ni son cerveau. Son être est donc saisi directement, à part des agrégats corporels.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1027, après sa mort (250).
Le débat continue (notre résumé) Avicenne vit environ huit siècles après Nāgārjuna. La réponse est la même que pour Descartes : ce que l'homme volant saisit est peut-être un acte de conscience, un des agrégats. Avicenne soutient au contraire que le moi est saisi tout entier et directement, et que cela se montre à qui est attentif. Aucun des deux ne peut prouver son témoignage à l'autre. (Notre résumé.)
L
L'école Nyāya (Vātsyāyana) 450 · attaque la prémisse 5

Je reconnais par le toucher l'objet que j'ai vu, et je me souviens aujourd'hui de ce que j'ai vécu hier. Si la personne n'était qu'un flux d'agrégats qui naissent et disparaissent, celui qui a vu ne serait pas celui qui touche, ni celui qui se souvient. Il faut donc un soi qui dure, distinct des agrégats : on ne le voit pas à part, mais on le connaît par ces effets.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 450, après sa mort (250).
Le débat continue (notre résumé) C'est l'objection classique des philosophes hindous de l'école Nyāya (Nyāyasūtra III, 1, 1 et son commentaire par Vātsyāyana, vers le Ve siècle) ; leurs textes ne sont pas dans notre corpus. Nāgārjuna n'y répond pas directement, mais son chapitre 27 refuse les deux branches : dire « c'est le même moi qu'autrefois » ne tient pas (27.3), et dire « c'est un autre » mènerait à ce que l'un agisse et qu'un autre récolte le fruit (27.11). Ce qui dépend d'autre chose n'est « ni identique, ni différent » (18.10), comme la graine et la pousse. Le Nyāya répond qu'une continuité sans sujet n'explique pas qui se souvient. (Notre résumé.)