PhilosophesNāgārjuna

Nāgārjuna

Toutes choses sont vides de nature propre.

Philosophie bouddhistevers 150 – 250 IndePhilosophe bouddhisteFondateur de l'école de la Voie du milieu (Madhyamaka)DialecticienVie mal connue
En bref

Nāgārjuna (vers 150 – 250, Inde (sud, selon la tradition)) : philosophie bouddhiste. Pour Nāgārjuna, rien n'existe par soi-même. Une table, une personne, une idée, une cause : tout dépend d'autre chose, de ses parties, de ses causes, du nom qu'on lui donne. Sur AskPhilosophy : 3 arguments reconstruits, 5 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 2 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).

En 30 secondesPour Nāgārjuna, rien n'existe par soi-même. Une table, une personne, une idée, une cause : tout dépend d'autre chose, de ses parties, de ses causes, du nom qu'on lui donne. Il appelle cela la « vacuité » (śūnyatā) : être vide de « nature propre » (svabhāva), ce qui ne veut pas dire être un néant. Il le montre par réfutation : il prend chaque manière de croire qu'une chose existe en elle-même, et montre qu'elle mène à des absurdités. Il refuse aussi de faire de la vacuité une doctrine de plus : elle est elle-même dépendante, c'est la « voie du milieu » entre dire que tout existe et dire que rien n'existe.
Qui était-il ?

On sait très peu de choses sûres. La tradition fait de lui un moine et un savant bouddhiste du sud de l'Inde, vers les IIe-IIIe siècles de notre ère. Les biographies qui nous restent sont bien plus tardives et pleines de légendes. Plusieurs ouvrages lui sont attribués (par exemple la Ratnāvalī, la Yuktiṣaṣṭikā, la Śūnyatāsaptati) et les spécialistes ne s'accordent pas sur la liste. Les deux textes que nous citons sont la Mūlamadhyamakakārikā, de loin le plus célèbre, et la Vigrahavyāvartanī, dont l'attribution est un peu plus discutée.

Pourquoi il compte

Il est le fondateur de la Voie du milieu (Madhyamaka), l'une des grandes écoles de la philosophie bouddhiste mahāyāna, qui a marqué l'Inde, le Tibet et l'Asie de l'Est. Son livre principal a été traduit en chinois en 409 par Kumārajīva. Des philosophes modernes le comparent à Hume (le moi comme faisceau de perceptions) ou à Wittgenstein (les limites du langage) ; ces rapprochements sont faits par des commentateurs, sans lien d'influence.

Comment le lire ici

Le texte est le sanskrit des stances (édition GRETIL, reconstituée en partie à partir des commentaires : les numéros de strophes varient un peu selon les éditions). Il n'existe pas de traduction française libre : les traductions françaises sont les nôtres et chaque note le dit. L'anglais vient de deux traductions modernes, Kenneth Inada (1970) pour les Stances et Kamaleswar Bhattacharya (1971) pour la Vigrahavyāvartanī ; leur texte numérisé est abîmé (surtout les mots sanskrits), nous ne citons donc que des phrases lisibles. La Prasannapadā est le commentaire de Candrakīrti (VIIe s.), pas de Nāgārjuna.

Ses positions

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Dieu existe-t-il ?Dieu
AthéismeThéisme
Débattu entre spécialistes

Le texte que nous avons ne parle pas d'un Dieu créateur. Mais il refuse qu'une chose naisse d'une autre chose ou sans cause (1.1), ce qui ne laisse pas de place à un créateur extérieur, et le Bouddha lui-même y est dit vide de nature propre (22.16). Ce n'est pas un athéisme au sens occidental (la question n'est pas la sienne) : le classement est notre lecture.

D'où vient ce que nous savons ?Source de la connaissance
Empirisme (de l'expérience)Ne s'est pas prononcéRationalisme (de la raison)
Débattu entre spécialistes

Il ne pose pas la question en ces termes. Il raisonne sans partir de l'expérience (il examine des idées par l'absurde), mais il demande aussi comment les « moyens de connaissance » (perception, inférence) sont eux-mêmes établis (VV 31). Le classer empiriste ou rationaliste serait plaquer une question occidentale.

Peut-on atteindre des vérités certaines ?Certitude
ScepticismeCertitude possible
Débattu entre spécialistes

Aucune vue, y compris la vacuité, ne doit devenir une position à laquelle on s'accroche (13.8, 22.11), et il dit n'avoir aucune thèse (VV 29). Mais ce n'est pas un doute généralisé : il garde une vérité de convention valable (24.8 à 24.10) et pense qu'on peut voir la réalité telle qu'elle est. Les spécialistes se disputent pour savoir s'il faut l'appeler sceptique.

L'esprit est-il autre chose que la matière ?Esprit et corps
MatérialismeNe s'est pas prononcéDualisme
Débattu entre spécialistes

Il ne pose pas la question « esprit ou matière ? ». Dans sa liste des agrégats, le corps, les sensations et la conscience sont tous vides de nature propre, et même le Bouddha n'est ni les agrégats ni autre chose qu'eux (22.1). Ni matérialisme ni dualisme : la question est écartée plutôt que résolue.

Sommes-nous vraiment libres ?Liberté
Déterminisme (pas de libre arbitre)Ne s'est pas prononcéLibre arbitre
Débattu entre spécialistes

Le libre arbitre n'est pas discuté en ces termes. Il montre que l'agent et l'acte se produisent l'un en dépendance de l'autre (8.12) : ce n'est ni un agent libre qui produit ses actes, ni un destin qui les produit.

Le bien et le mal existent-ils objectivement ?Statut de la morale
Antiréalisme (la morale est humaine)Réalisme moral (vérités morales objectives)
Débattu entre spécialistes

Il refuse que le bien ait une « bonne nature propre » existant par soi : ce serait selon lui mettre le bien hors de toute cause et rendre la pratique impossible (VV 7, 54). Mais le bien et le mal gardent leur valeur dans la vérité de convention (24.10), et la loi des actes (karma), exposée en 17.1, n'est pas niée, même si actes et fruits sont dits « comme un rêve » (17.33). Lecture débattue.

La raison peut-elle tout juger, y compris la foi ?Foi et raison
Primauté de la foi / du cœurRaison seule juge
Débattu entre spécialistes

Il s'appuie sur l'enseignement du Bouddha (15.7, 24.8) et sur une argumentation très serrée. Pour lui, la raison démonte les fausses vues, mais ne remplace pas la voie : la vacuité mal comprise perd les esprits lents (24.11).

La vie a-t-elle un sens donné ?Sens de la vie
Pas de sens donné (absurde, à créer)Sens objectif (nature, Dieu, Bien)
Débattu entre spécialistes

Le but, la fin de la souffrance (nirvāṇa), est donné par l'enseignement du Bouddha et non inventé : voir la production en dépendance, c'est voir la souffrance, son origine, sa fin et la voie (24.40). Mais le monde n'a pas de sens « inscrit dans les choses », puisque les choses sont vides de nature propre.

L'être humain est-il naturellement bon ?Nature humaine
Fondamentalement faible ou corrompuNe s'est pas prononcéFondamentalement bon ou perfectible
Débattu entre spécialistes

Le texte ne parle pas de nature humaine, et sa thèse est justement qu'une « nature propre » n'existe pas. Il dit que les actes et les souillures viennent d'un jeu de concepts (18.5), ni d'un fond bon ni d'un fond mauvais.

Qui doit primer : l'individu ou la communauté ?Individu et société
Communauté, ordre, traditionNe s'est pas prononcéLiberté individuelle
Débattu entre spécialistes

Rien dans nos deux textes sur l'individu et la société. On lui attribue un conseil à un roi (la Ratnāvalī), qui n'est pas dans notre corpus. Nous ne classons pas.

Qu'est-ce qui rend une action bonne ?Fondement de la morale
Le devoir (déontologie)Les conséquences (conséquentialisme)Le caractère (éthique des vertus)Autre (loi divine, relations, création de valeurs…)
Débattu entre spécialistes

L'éthique est celle du bouddhisme : maîtrise de soi, bienveillance envers les autres, et l'acte (karma) qui porte un fruit. Le chapitre 17 s'ouvre sur cette doctrine commune (17.1), que la plupart des commentateurs lisent comme exposée par des interlocuteurs bouddhistes ; Nāgārjuna ne la rejette pas dans la convention, mais conclut que les actes, les agents et les fruits sont comme un mirage ou un rêve (17.33). Les spécialistes la lisent tantôt comme une éthique des vertus, tantôt comme une éthique des conséquences. Dans notre corpus, aucune des deux n'est affirmée : nous mettons « autre » et signalons le débat.