Nāgārjuna
Toutes choses sont vides de nature propre.
Rien n'existe par soi : tout est vide de nature propre
Aucun phénomène n'a de nature propre : tous sont vides (śūnya) de nature propre. Cette vacuité est le nom même de la production en dépendance, pas un néant.
Une chose à nature propre ne dépendrait de rien, or tout phénomène naît en dépendance d'autre chose.
Nāgārjuna ne cherche pas à prouver que le monde est une illusion. Il veut montrer que rien n'a de « nature propre » (svabhāva), c'est-à-dire de propriété qui lui appartienne en propre sans dépendre d'autre chose. Cela vaut pour les objets, mais aussi pour la personne : c'est pourquoi nous rangeons cet argument dans la question « Qui suis-je ? », camp « Pas de moi fixe », faute de question plus générale sur la réalité. Nous reconstruisons ici le cœur de l'enchaînement en deux prémisses. C'est une simplification : le livre procède par réfutations successives (une chose naît-elle d'elle-même, d'une autre, des deux, ou sans cause ? aucune des quatre options ne tient, 1.1) et examine un à un la cause, le mouvement, le feu, le soi, le temps. Et « vide » (śūnya) ne veut pas dire « inexistant ».
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Objections
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UUn adversaire réaliste (Vigrahavyāvartanī, strophe 1) attaque la conclusionSi tout est vide de nature propre, ta propre phrase « tout est vide de nature propre » l'est aussi. Une parole sans nature propre n'a pas la force de nier quoi que ce soit : elle ne peut donc pas nier la nature propre des choses. Ta thèse se détruit elle-même.
Nāgārjuna répond
Si tout est vide de nature propre, ta propre phrase « tout est vide de nature propre » l'est aussi. Une parole sans nature propre n'a pas la force de nier quoi que ce soit : elle ne peut donc pas nier la nature propre des choses. Ta thèse se détruit elle-même.
LLe même adversaire (Vigrahavyāvartanī, strophe 4) attaque la conclusionTu ne peux pas retourner l'objection contre moi. Le défaut vient de ta thèse « tout est vide » et de sa définition même : c'est donc toi, et pas moi, qui es en faute.
Nāgārjuna répond
Tu ne peux pas retourner l'objection contre moi. Le défaut vient de ta thèse « tout est vide » et de sa définition même : c'est donc toi, et pas moi, qui es en faute.
UUn adversaire bouddhiste réaliste (Stances 24, strophes 1 à 6) attaque la conclusionSi tout est vide, il n'y a ni naissance ni disparition, donc plus de quatre nobles vérités, plus de Bouddha, plus de Loi, plus de communauté, plus de bien ni de mal, plus aucune pratique ordinaire. Ta vacuité détruit tout ce qu'elle prétend servir : c'est un nihilisme.
Nāgārjuna répond
Si tout est vide, il n'y a ni naissance ni disparition, donc plus de quatre nobles vérités, plus de Bouddha, plus de Loi, plus de communauté, plus de bien ni de mal, plus aucune pratique ordinaire. Ta vacuité détruit tout ce qu'elle prétend servir : c'est un nihilisme.
UUn adversaire réaliste (Vigrahavyāvartanī, strophe 7) attaque la prémisse 2Ceux qui connaissent l'état des phénomènes le savent : une chose bonne a une nature propre bonne, une chose mauvaise une nature propre mauvaise, et ainsi de suite. De même, ce qui mène à la libération a une nature qui y mène (strophe 8). Les choses ont donc bien une nature propre, qui ne dépend pas d'autre chose.
Nāgārjuna répond
Ceux qui connaissent l'état des phénomènes le savent : une chose bonne a une nature propre bonne, une chose mauvaise une nature propre mauvaise, et ainsi de suite. De même, ce qui mène à la libération a une nature qui y mène (strophe 8). Les choses ont donc bien une nature propre, qui ne dépend pas d'autre chose.