QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?La machine à expérience : le bonheur n'est pas que du plaisir
Qu'est-ce que le bonheur ?La vertu et la sagesse

La machine à expérience : le bonheur n'est pas que du plaisir

La machine à expérience

Robert Nozick 1938 · 2002Il a imaginé, dans ses cours, un cas où l'on est responsable sans avoir pu faire autrement, avant que Frankfurt ne le publie.
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Ce qu'il soutient

Quelque chose compte pour nous en plus de l'expérience agréable : faire, être quelqu'un, toucher le réel. Le bonheur ne se réduit pas au plaisir ressenti.

Pourquoi

Beaucoup refuseraient de se brancher à une machine à plaisirs : ils veulent faire des choses et être quelqu'un, pas seulement l'éprouver.

En bref

« La machine à expérience : le bonheur n'est pas que du plaisir » est un argument de Robert Nozick (Anarchy, State, and Utopia, 1974, p. 42-45) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : la vertu et la sagesse). Sa thèse : Quelque chose compte pour nous en plus de l'expérience agréable : faire, être quelqu'un, toucher le réel. Le bonheur ne se réduit pas au plaisir ressenti. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 1 objection, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Anarchy, State, and Utopia, 1974, p. 42-45
Valide avec une prémisse implicite

Imagine une machine qui te donnerait, pour toute ta vie, toutes les expériences agréables que tu désires : écrire un chef-d'œuvre, avoir des amis, être aimé. Tu flotterais dans un bac, des électrodes dans le cerveau, et tu croirais que tout est réel. Te brancherais-tu ? Nozick pense que presque personne ne le ferait, et il en tire une conclusion : si le plaisir était tout ce qui compte, on dirait oui. Donc autre chose compte. Ce n'est pas une preuve, c'est un test de nos intuitions, et c'est justement ce que ses critiques discutent.

P1Si seule comptait la façon dont notre vie « se sent de l'intérieur », nous accepterions de nous brancher à vie à une machine qui garantit toutes les expériences voulues.
P2Or beaucoup de gens refusent de se brancher : ils veulent faire certaines choses, et pas seulement en avoir l'impression.
P3Ils veulent aussi être une certaine sorte de personne (courageuse, gentille, intelligente), ce qu'on ne peut pas être flottant dans un bac, et être en contact avec une réalité plus profonde que celle que des hommes ont construite.
P4 · prémisse impliciteCe refus exprime ce que nous valorisons vraiment : il ne vient pas d'un simple réflexe, d'une peur ou d'un biais, qui fausserait notre jugement.
Donc quelque chose compte pour nous en plus de l'expérience agréable : faire, être quelqu'un, toucher le réel. Le bonheur ne se réduit pas au plaisir ressenti.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où le plaisir est tout ce qui compte, mais où l'on refuse la machine par pure peur de l'inconnu : le refus ne prouve alors rien sur ce qui a de la valeur.
P1 dit : si le plaisir était tout, on se brancherait. P2 et P3 rappellent que l'on refuse. Par contraposée, le plaisir n'est pas tout. Mais cela suppose P4 : que le refus vienne bien de nos valeurs, et pas d'une peur ou d'un préjugé. Nozick ne le démontre pas, il le tient pour évident. C'est la prémisse que ses critiques attaquent.
Analogie. On te propose de t'inscrire à un jeu vidéo où tu serais toujours le meilleur, sans jamais perdre. Tu pourrais être content, mais beaucoup diraient : « Ce n'est pas moi qui ai gagné. » Nozick va plus loin : même si on te garantit que ça se sentira exactement comme une vraie victoire, tu voudrais encore gagner pour de vrai.

Objections

1

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

F
Felipe De Brigard 2010 · attaque la prémisse 4

Si l'on inverse l'expérience (on te dit que tu es déjà branché depuis longtemps, et on te propose de te débrancher), beaucoup de gens refusent de quitter leur vie actuelle. Donc le refus de Nozick pourrait venir du biais du statu quo (on préfère rester dans la vie qu'on a) plutôt que d'un amour de la réalité. Les résultats varient avec ce que l'on dit de la vie réelle qui attend la personne.

sans réponse
Nozick a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Nozick est mort en 2002 : il ne peut pas répondre à cet article de 2010. Les défenseurs de Nozick disent que l'étude de De Brigard ne montre pas que la réalité ne compte pas, mais seulement qu'elle ne compte pas toujours plus que tout (dans l'étude, certains choisissent de se débrancher). Un hédoniste ajouterait une réponse plus radicale : la peur de la machine est elle-même un sentiment, donc un état de l'expérience, et elle ne prouve pas qu'autre chose que l'expérience compte (notre résumé, sans auteur précis). Reste que la machine inversée, comme la machine de Nozick, mesure des intuitions et non des raisons.