QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le non-être n'est pas : rien ne vient du rien
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le néant n'existe pas

Le non-être n'est pas : rien ne vient du rien

Le poème de Parménide ; la voie de la vérité ; « l'être est, le non-être n'est pas »

Parménide v. 515 av. J.-C. · v. 450 av. J.-C.Ce qui est, est ; ce qui n'est pas ne peut ni se penser ni se dire : l'être n'a ni naissance ni fin.
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Ce qu'il soutient

L'être ne peut pas naître du non-être : il n'a ni commencement ni fin, et le « rien » n'est pas une possibilité qui demanderait une explication.

Pourquoi

Ce qui n'est pas ne peut ni se penser ni se dire : le rien n'est donc pas une possibilité qu'il faudrait expliquer.

La même idée à travers l'histoire
Parménide480 av. J.-C.Dans son poème, une déesse enseigne à Parménide qu'il n'y a que deux voies de recherche : « il est » et « il n'est pas ». Seule la première peut être suivie, parce qu'on ne peut ni penser ni dire ce qui n'est pas.
Lucrèce55 av. J.-C.Lucrèce reprend le principe en version physique : rien ne naît de rien, et rien ne retourne au néant (De la nature des choses, chant I). Il en tire une physique des atomes, non une logique de l'être.
Henri Bergson1907Bergson défend une thèse voisine, par un autre chemin : l'idée d'un néant absolu est une pseudo-idée, qui s'évanouit quand on l'examine.
En bref

« Le non-être n'est pas : rien ne vient du rien » est un argument de Parménide (Sur la nature, fragments B2, B6, B8 (vers 480 av. J.-C.), 480 av. J.-C.) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : le néant n'existe pas). Sa thèse : L'être ne peut pas naître du non-être : il n'a ni commencement ni fin, et le « rien » n'est pas une possibilité qui demanderait une explication. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Sur la nature, fragments B2, B6, B8 (vers 480 av. J.-C.)
Valide avec une prémisse implicite

On demande souvent : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Cela suppose que « rien » soit une possibilité, un état où l'univers aurait pu rester. Il y a près de 2 500 ans, Parménide d'Élée répond que c'est déjà une erreur : « ce qui n'est pas » ne peut ni se penser ni se dire. Si le rien n'est pas une possibilité, alors l'être n'a pas pu en sortir, et la question tombe. Le raisonnement nous est connu par des fragments de son poème, cités par des auteurs plus tardifs ; la traduction française que nous citons est celle de Tannery (1887).

P1Il n'y a que deux voies de recherche : celle qui dit « il est, et il n'est pas possible qu'il ne soit pas », et celle qui dit « il n'est pas, et il faut qu'il ne soit pas ».
P2On ne peut ni connaître ni dire ce qui n'est pas : la pensée et l'être sont une même chose, et ce qui peut se dire et se penser, c'est ce qui est.
P3 · prémisse impliciteSuivre la voie du « il n'est pas » obligerait à penser et à dire ce qui n'est pas : si elle est impossible, c'est donc que rien n'est pensable de ce côté.
P4 · prémisse impliciteDire que l'être est sorti du rien, c'est suivre la voie du « il n'est pas » : cela revient à penser que le non-être a été avant l'être.
Donc l'être ne peut pas naître du non-être : il n'a ni commencement ni fin, et le « rien » n'est pas une possibilité qui demanderait une explication.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, on peut accepter que le non-être soit impensable et dire quand même que le monde a commencé il y a 14 milliards d'années, à partir d'un état physique très différent du nôtre. Rien dans P1 et P2 n'exclut un commencement relatif : c'est P4 qui assimile tout commencement à un surgissement hors du rien absolu.
L'argument est valide avec les prémisses cachées P3 et P4. P2 dit que le non-être est impensable ; P3 en tire que la voie du « il n'est pas » ne peut pas être suivie ; P4 dit que « l'être est sorti du rien » serait justement un cas de cette voie. Les débats portent surtout sur P2 (le mot « n'est pas » a plusieurs sens, voir Platon) et sur P4 (le texte de Parménide dit que l'être ne peut avoir commencé, mais son but est de refuser toute naissance, pas de répondre à une question moderne sur le rien).
Analogie. Imagine qu'on te demande : « Pourquoi y a-t-il des nombres plutôt que pas de nombres ? ». Pour que la question ait un sens, il faudrait pouvoir décrire un monde sans nombres, mais décrire (compter les choses, les comparer) utilise déjà les nombres. Parménide dit la même chose de l'être : pour décrire le rien, il faudrait déjà « être » quelque chose.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Platon 360 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Dans le Sophiste, l'Étranger d'Élée reprend l'interdit de Parménide (« jamais le non-être n'est ») et dit qu'on est allé plus loin que lui : on a montré que le non-être est, mais comme « autre » et non comme contraire de l'être. Dire qu'une chose « n'est pas » telle ou telle (n'est pas grande, n'est pas belle), c'est dire qu'elle est autre que cela, et cet « autre » existe. On peut donc parler du non-être sans contradiction. Platon refuse de se prononcer sur un éventuel contraire de l'être (« nous avons depuis longtemps dit adieu à cette recherche »).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -360, après sa mort (-450).
Le débat continue (notre résumé) Parménide est mort bien avant. Les défenseurs de Parménide font remarquer que Platon change de sujet : son « non-être » est le « n'est pas tel » (une différence), pas le rien absolu, que Platon écarte lui-même. Du coup, l'argument de Parménide contre le rien absolu n'est pas touché ; il est seulement précisé.
Où en est le débat (notre résumé)Presque tout le monde admet aujourd'hui que Platon distingue deux sens de « ne pas être ». Le désaccord reste ouvert : le rien absolu est-il vraiment impensable, ou seulement difficile à dire ?
Gorgias 440 av. J.-C. · attaque la conclusion

Dans un traité Sur le non-être, ou Sur la nature, dont nous n'avons que des résumés (chez Sextus Empiricus et dans un écrit attribué à Aristote), Gorgias utilise les moyens des Éléates contre eux. Il soutient que rien n'existe ; que, même si quelque chose existait, on ne pourrait pas le connaître ; et que, si on le connaissait, on ne pourrait pas le dire à autrui. Si les principes de Parménide suffisent à interdire le rien, ils peuvent aussi bien, une fois poussés, interdire l'être.

sans réponse
Parménide a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) On discute encore du sérieux de Gorgias : thèse sincère, parodie des Éléates ou démonstration de rhétorique ? Notre résumé repose sur des textes de seconde main et n'a pas été relu dans l'original.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : on n'a pas de réponse directe de Parménide (Gorgias est venu après lui), et les historiens se partagent sur le sens exact du traité.