QuestionsFaut-il avoir peur de la mort ?L'âme survit : l'argument de l'affinité
Faut-il avoir peur de la mort ?L'âme survit

L'âme survit : l'argument de l'affinité

L'argument de l'affinité

Platon v. 428 av. J.-C. · v. 348 av. J.-C.Au-delà des apparences, les Idées éternelles.
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Ce qu'il soutient

L'âme est tout à fait indissoluble, ou à peu près, alors que le corps est vite dissous.

Pourquoi

Ce qui est composé peut se défaire ; l'âme, invisible et pensante, ressemble à ce qui est simple, alors que le corps se défait vite.

En bref

« L'âme survit : l'argument de l'affinité » est un argument de Platon (Phédon, 78b-80b) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : l'âme survit). Sa thèse : L'âme est tout à fait indissoluble, ou à peu près, alors que le corps est vite dissous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Phédon, 78b-80b
Valide avec une prémisse implicite

Dans la prison, Socrate se demande quelles choses peuvent se défaire et lesquelles ne le peuvent pas. L'âme, dit-il, ressemble à ce qui est invisible, divin et simple, donc à ce qui ne se défait pas. Le corps ressemble à ce qui est visible, mortel et composé. La conclusion est prudente : l'âme est indissoluble, ou presque.

P1Ce qui est composé peut se défaire en ses parties. Ce qui n'est pas composé est le seul à ne pas pouvoir subir cela.
P2Ce qui reste toujours identique à soi, et que seule la pensée saisit, est probablement non composé. Ce qui change sans cesse et se voit ou se touche est composé.
P3L'âme est invisible : elle ressemble donc davantage à ce qui est invisible que le corps, et le corps ressemble davantage à ce qui est visible.
P4L'âme ressemble au divin (ce qui commande), et le corps au mortel (ce qui obéit).
P5 · prémisse impliciteUne chose qui ressemble au plus haut point à ce qui ne se défait pas ne se défait pas non plus, ou à peu près pas : la ressemblance transmet la propriété.
Donc l'âme est tout à fait indissoluble, ou à peu près, alors que le corps est vite dissous.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'âme ressemble à l'invisible et au divin, et pourtant se défait comme le corps : la ressemblance ne donne rien en plus.
Sans P5, les prémisses disent seulement que l'âme ressemble à l'invisible et au divin. Il faut ajouter que ressembler à ce qui ne se défait pas suffit pour ne pas se défaire. Socrate prend lui-même ce pas avec prudence : il écrit « ou à peu près » et ne dit pas « sûrement ».
Analogie. Un nuage ressemble à une montagne de loin, mais il ne dure pas pareil. Platon pense au contraire que, pour l'âme, la ressemblance avec l'indestructible va jusqu'à lui donner sa solidité.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

S
Simmias (dans le dialogue) attaque la prémisse 5

L'harmonie d'une lyre est invisible, sans corps, belle et divine, alors que la lyre et les cordes sont des choses matérielles et mortelles. Pourtant, si on brise la lyre, l'harmonie disparaît. Si l'âme est l'harmonie du corps, elle périt avec lui, même si elle est divine.

Platon répond
Socrate (personnage de Platon) Réponse de Socrate (personnage de Platon)
Une harmonie ne peut pas mener les éléments dont elle est faite : elle ne peut que les suivre. Or l'âme, elle, mène le corps. Elle ne peut donc pas être une harmonie du corps.
Le débat continue (notre résumé) Dans le dialogue, Simmias n'a plus rien à opposer, mais il garde un doute à cause de la grandeur du sujet et de la faiblesse humaine (107a-b). Socrate lui répond qu'il faut examiner de plus près les premières hypothèses. Le texte de Platon ne dit pas que Simmias est convaincu.
Où en est le débat (notre résumé)Aujourd'hui, beaucoup de philosophes jugent que la théorie de l'âme-harmonie a été reprise sous d'autres formes (l'esprit comme fonction ou organisation du cerveau). Le point de désaccord de fond est de savoir si une organisation peut survivre à la matière qu'elle organise. Notre résumé : question ouverte.
C
Cébès (dans le dialogue) attaque la conclusion

Admettons que l'âme dure plus longtemps que le corps. Elle peut ressembler au tisserand qui use beaucoup de manteaux : le manteau tient encore quand le tisserand meurt, mais cela ne prouve pas que le tisserand est vivant. Rien ne prouve que l'âme ne s'use pas à force de vies et ne périt pas au dernier corps. « Presque indissoluble » ne suffit pas à ne pas craindre la mort.

Platon répond
Socrate (personnage de Platon) Réponse de Socrate : le dernier argument, par les Formes (102a-107b)
À la fin du dialogue, quand la mort vient sur l'homme, ce qui est mortel en lui meurt, mais ce qui est immortel se retire intact et cède la place à la mort.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Socrate y arrive par un autre chemin que l'affinité. L'âme apporte toujours la vie avec elle, comme le feu apporte la chaleur. Elle ne peut donc pas recevoir le contraire de la vie, la mort. Ce qui ne reçoit pas la mort est immortel, et si l'immortel est aussi impérissable, l'âme ne peut pas périr (105c-106e). La réponse à Cébès ne repose donc plus sur la seule ressemblance. En retour, elle dépend de la théorie des Formes, que les lecteurs ne partagent pas tous.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur la théorie des Formes dont dépend la réponse de Socrate, et sur le passage de « ne reçoit pas la mort » à « ne peut pas périr ». Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.
David Hume 1777 · attaque la prémisse 3

Dans son essai « De l'immortalité de l'âme », publié après sa mort (écrit vers 1755), Hume s'appuie sur l'expérience : la pensée naît, grandit, faiblit et s'éteint avec le corps (enfance, maladie, vieillesse, sommeil). Cela fait penser que l'âme dépend du corps au lieu de lui être étrangère. Dire que l'âme ressemble au divin ne change pas ce que l'observation montre.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1777, après sa mort (-348).
Où en est le débat (notre résumé)Les défenseurs de la survie (dualistes) répondent que le corps peut être une condition de la pensée sans en être la cause. Les matérialistes retiennent surtout l'argument de la dépendance. Le désaccord de fond est de savoir si la dépendance observée prouve l'identité. Point ouvert, notre résumé.