Je ne suis pas mon corps : je suis celui qui s'en sert
L'homme est son âme (le cordonnier et ses outils)
L'homme n'est pas son corps ni le composé du corps et de l'âme : l'homme est son âme.
Celui qui se sert d'un outil n'est pas l'outil : l'homme se sert de son corps, donc il n'est pas son corps mais son âme.
« Je ne suis pas mon corps : je suis celui qui s'en sert » est un argument de Platon (Alcibiade I, 129b-130c ; Phédon, 115c-e) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : une âme). Sa thèse : L'homme n'est pas son corps ni le composé du corps et de l'âme : l'homme est son âme. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand je dis « moi », de quoi je parle ? Dans l'Alcibiade, Socrate pose la question à un jeune ambitieux. Son idée part d'un métier : le cordonnier se sert d'un couteau, le joueur de lyre de sa lyre, et chacun est autre chose que ce dont il se sert. Or l'homme se sert de ses mains, de ses yeux, de tout son corps. Il n'est donc pas son corps. Ce qui se sert du corps et le commande, c'est l'âme. Dans le Phédon, Socrate condamné dit la même chose à son ami Criton, qui demande comment l'enterrer : « tu n'enterreras pas Socrate », seulement son corps. Attention : l'authenticité de l'Alcibiade est discutée par les spécialistes, et l'on y lit surtout Socrate qui interroge ; nous le présentons donc comme un texte attribué à Platon, appuyé par le Phédon, qui lui est sûr.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où je me sers de mon corps, où celui qui se sert d'une chose n'est pas cette chose, et où pourtant je suis le corps : si je ne suis pas forcément celui qui se sert du corps, rien n'empêche que je sois justement ce dont on se sert.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Aristote 350 av. J.-C. · attaque la prémisse 4Il vaut mieux ne pas dire que c'est l'âme qui a pitié, qui apprend ou qui pense, mais que c'est l'homme qui le fait par son âme. Penser, aimer, haïr sont des états du vivant tout entier, de ce « composé » : quand il se défait, la mémoire et l'amour cessent. Ce qui agit et ce qui pense, c'est donc l'homme complet, pas son âme seule.
sans réponse
Il vaut mieux ne pas dire que c'est l'âme qui a pitié, qui apprend ou qui pense, mais que c'est l'homme qui le fait par son âme. Penser, aimer, haïr sont des états du vivant tout entier, de ce « composé » : quand il se défait, la mémoire et l'amour cessent. Ce qui agit et ce qui pense, c'est donc l'homme complet, pas son âme seule.
Thomas d'Aquin 1268 · attaque la conclusionCe qui fait les opérations propres d'une chose est cette chose. Or sentir n'est pas l'opération de l'âme seule : c'est celle de l'homme. L'homme n'est donc pas une âme seule, mais un composé d'âme et de corps. Platon, parce qu'il croyait que sentir est propre à l'âme, pouvait soutenir que l'homme est une âme qui se sert du corps.
sans réponse
Ce qui fait les opérations propres d'une chose est cette chose. Or sentir n'est pas l'opération de l'âme seule : c'est celle de l'homme. L'homme n'est donc pas une âme seule, mais un composé d'âme et de corps. Platon, parce qu'il croyait que sentir est propre à l'âme, pouvait soutenir que l'homme est une âme qui se sert du corps.
René Descartes 1641 · attaque la prémisse 1La comparaison de l'instrument ne suffit pas. Je ne suis pas seulement logé dans mon corps comme un pilote en son navire. Quand j'ai mal ou faim, je le sens, alors qu'un pilote verrait seulement le navire endommagé. Mon esprit et mon corps sont si étroitement unis qu'ils composent comme une seule chose.
un défenseur répond
La comparaison de l'instrument ne suffit pas. Je ne suis pas seulement logé dans mon corps comme un pilote en son navire. Quand j'ai mal ou faim, je le sens, alors qu'un pilote verrait seulement le navire endommagé. Mon esprit et mon corps sont si étroitement unis qu'ils composent comme une seule chose.