La loterie naturelle : personne ne mérite ses talents ni son point de départ
Le principe de différence ; l'arbitraire moral des talents ; la loterie naturelle
Les inégalités ne sont justes que si elles améliorent la situation des plus défavorisés (principe de différence) : les talents sont, à certains égards, un bien commun.
Personne ne mérite ses talents ni son milieu ; une inégalité n'est donc juste que si elle profite aussi aux plus défavorisés.
« La loterie naturelle : personne ne mérite ses talents ni son point de départ » est un argument de John Rawls (Rawls, Théorie de la justice, 1971, § 12, 13 et 17) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : l'égalité). Sa thèse : Les inégalités ne sont justes que si elles améliorent la situation des plus défavorisés (principe de différence) : les talents sont, à certains égards, un bien commun. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Une personne née avec un grand talent, dans une famille aimante et riche, a de bonnes chances de réussir. Mérite-t-elle pour autant sa réussite ? Rawls pense que non, ou pas entièrement. Nous n'avons pas choisi nos talents, ni notre famille, ni le pays où nous sommes nés : c'est une loterie. Même la volonté de faire des efforts dépend en partie de notre éducation. Ces facteurs sont donc « arbitraires d'un point de vue moral ». Il ne faut pourtant pas supprimer les différences. Rawls propose de les organiser pour qu'elles servent aussi les plus défavorisés : c'est le principe de différence. Les talents sont alors traités, dans une certaine mesure, comme un bien commun. Cet argument est distinct du voile d'ignorance, qui est une méthode pour choisir les règles.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où les talents ne sont pas mérités mais où les écarts de richesse sont justes quand même : par exemple si l'on a droit à ses talents et à ce qui en découle sans avoir à les mériter.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Robert Nozick (le droit sur ses talents) 1974 · attaque la prémisse 3Même si les talents sont arbitraires d'un point de vue moral, on y a droit, ainsi qu'à ce qui en découle. Pour Nozick, un mérite n'est pas nécessaire pour avoir un droit : il suffit que les talents aient été acquis sans violer les droits de personne.
un défenseur répond
Même si les talents sont arbitraires d'un point de vue moral, on y a droit, ainsi qu'à ce qui en découle. Pour Nozick, un mérite n'est pas nécessaire pour avoir un droit : il suffit que les talents aient été acquis sans violer les droits de personne.
Objection que Rawls prévoit lui-même (le mérite des mieux placés) 1971 · attaque la prémisse 2On peut objecter que ceux qui sont mieux placés méritent les plus grands avantages qu'ils pourraient obtenir sous d'autres formes de coopération, qu'ils profitent ou non à d'autres.
un défenseur répond
On peut objecter que ceux qui sont mieux placés méritent les plus grands avantages qu'ils pourraient obtenir sous d'autres formes de coopération, qu'ils profitent ou non à d'autres.
MMichael Sandel (la personne et ses talents) 1982 · attaque la prémisse 3Traiter les talents comme un bien commun, n'est-ce pas se servir des uns au profit des autres ? Rawls ne peut l'éviter, dit Sandel, qu'en séparant la personne de ses talents : on utiliserait « ses » attributs, pas elle. Mais un moi détaché de tous ses traits, intelligence et effort compris, est une idée de la personne si mince qu'elle en devient peu cohérente (Nozick le disait déjà en 1974).
sans réponse
Traiter les talents comme un bien commun, n'est-ce pas se servir des uns au profit des autres ? Rawls ne peut l'éviter, dit Sandel, qu'en séparant la personne de ses talents : on utiliserait « ses » attributs, pas elle. Mais un moi détaché de tous ses traits, intelligence et effort compris, est une idée de la personne si mince qu'elle en devient peu cohérente (Nozick le disait déjà en 1974).