QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?Le sujet d'une vie : les animaux ont des droits, pas seulement des intérêts
Les animaux comptent-ils autant que nous ?Ils ont des droits

Le sujet d'une vie : les animaux ont des droits, pas seulement des intérêts

Les droits des animaux ; sujet d'une vie ; valeur inhérente

Tom Regan 1938 · 2017Un animal dont la vie compte pour lui est un « sujet d'une vie » : il a des droits, et on ne peut pas l'utiliser comme une ressource.
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Ce qu'il soutient

Ces usages des animaux violent leur droit au respect : ils sont moralement mauvais et doivent prendre fin, et pas seulement être réformés.

Pourquoi

Les animaux sujets d'une vie ont une valeur propre, et on ne doit jamais les traiter comme de simples ressources.

La même idée à travers l'histoire
Kant1785Kant : on ne doit jamais traiter l'humanité seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin. Regan garde l'idée mais rompt avec Kant sur ceux qui en bénéficient : pas seulement les êtres capables de morale, mais tous les sujets d'une vie, y compris les jeunes enfants et les animaux.
Tom Regan1983Dans The Case for Animal Rights, Regan examine les théories morales qui refusent des droits aux animaux (devoirs indirects, cruauté et bonté, utilitarisme) et soutient que la théorie des droits est la meilleure. Le livre a fait de lui le principal philosophe des droits des animaux.
Tom Regan1985Un texte plus court, du même titre, dans le recueil In Defense of Animals dirigé par Singer, pour un public plus large.
En bref

« Le sujet d'une vie : les animaux ont des droits, pas seulement des intérêts » est un argument de Tom Regan (Regan, « The Case for Animal Rights », 1985 ; The Case for Animal Rights, 1983, 1983) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : ils ont des droits). Sa thèse : Ces usages des animaux violent leur droit au respect : ils sont moralement mauvais et doivent prendre fin, et pas seulement être réformés. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Regan, « The Case for Animal Rights », 1985 ; The Case for Animal Rights, 1983
Valide avec une prémisse implicite

Peter Singer demande qu'on compte la souffrance des animaux. Tom Regan va plus loin, et d'une autre manière. Il pense que ce n'est pas assez de peser des plaisirs et des peines, car on peut toujours trouver un calcul qui justifie de sacrifier quelqu'un. Il regarde ce qu'est un animal : beaucoup de mammifères voient, entendent, croient, désirent, se souviennent, prévoient, et ce qui leur arrive compte pour eux. Regan les appelle des « sujets d'une vie ». Un sujet d'une vie n'est pas un récipient à plaisir : c'est un individu, qui a une valeur en lui-même, la même que n'importe quel autre sujet d'une vie, et qu'on n'a pas le droit de traiter comme un simple moyen au service des autres. Il en conclut qu'il ne faut pas rendre l'élevage plus doux : il faut y mettre fin.

P1Certains animaux sont des sujets d'une vie : ils ont des sens, des croyances, des désirs, de la mémoire, une idée de l'avenir, des émotions, et ce qui leur arrive compte pour eux. Par prudence, Regan trace la ligne aux mammifères normaux d'un an ou plus, en laissant ouverte la question des oiseaux et des poissons.
P2Tous les sujets d'une vie ont une valeur inhérente, et la même : cette valeur ne dépend pas de leur utilité, de leur talent, de leur bonheur ni de leur mérite, et elle ne se mesure pas par degrés.
P3Ce qui a une valeur inhérente a le droit d'être traité avec respect : on ne doit jamais le traiter comme une simple ressource pour les autres, et on ne peut pas justifier le mal fait à l'un en additionnant les avantages de plusieurs.
P4 · prémisse impliciteL'élevage pour la viande, la chasse pour le sport, l'expérimentation, la fourrure et les spectacles traitent les animaux comme des ressources au service des humains, et leur font du mal en les enfermant, les blessant ou les tuant.
P5Une pratique qui consiste à traiter des sujets d'une vie comme des ressources ne peut pas être corrigée en la rendant plus douce, par exemple avec des cages plus grandes ou des vaches « heureuses » : elle viole le droit par nature, donc il faut l'abolir.
Donc ces usages des animaux violent leur droit au respect : ils sont moralement mauvais et doivent prendre fin, et pas seulement être réformés.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les animaux ont des droits mais où nos pratiques actuelles ne les traitent pas comme des ressources : il n'y aurait alors rien à abolir.
Valide avec P4. Si certains animaux sont des sujets d'une vie (P1), ils ont une valeur inhérente (P2). P3 dit que traiter quelqu'un qui a cette valeur comme une ressource viole son droit ; P4 dit que ces pratiques le font ; P5 dit qu'une telle violation, par nature, appelle l'abolition.
Analogie.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

J
Jan Narveson 1987 · attaque la prémisse 3

Résumé : Narveson défend le contractualisme. Les droits naissent d'un accord entre des êtres raisonnables, qui se promettent de respecter les intérêts les uns des autres parce que chacun y gagne. Un animal ne peut pas conclure d'accord ni en respecter les règles : il n'a donc pas de droits, et nous ne lui devons pas ce que Regan exige. On peut être bon avec les animaux par sympathie, mais ce n'est pas un devoir de justice. Narveson qualifie Regan de « radical aux yeux étoilés ».

un défenseur répond
Regan a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Tom Regan défenseur de l'argument · 1983
Résumé : Regan répond dans son livre (chapitres 5 à 7) que les théories qui refusent des droits aux animaux sont insatisfaisantes : incohérentes, trop compliquées, ou contraires à nos jugements moraux les mieux pesés. Il tient que les humains sans capacité morale (jeunes enfants, personnes gravement handicapées) ont le même droit au respect que les autres. Selon lui, une théorie qui réserve les droits à ceux qui peuvent conclure un accord a du mal à en rendre compte, et ce droit doit aussi aller aux animaux qui leur ressemblent sur ce point.
Peter Carruthers 1992
Résumé : Carruthers défend une version du contractualisme et soutient que les humains sans raison restent protégés de façon indirecte : parce que les contractants tiennent à leurs enfants et à leurs proches, et parce qu'abandonner les plus faibles fragiliserait la protection de tous. Cette protection ne vaut pas pour les animaux : elle ne vient pas d'un droit qu'ils auraient, donc elle n'a pas à s'étendre.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord de fond porte sur l'origine des droits. Pour les contractualistes, ils viennent d'un accord entre êtres raisonnables, donc les humains sans raison sont protégés indirectement. Pour Regan, ils viennent de la valeur de l'individu, donc ils s'étendent aux animaux qui ressemblent à ces humains. Chaque camp reproche à l'autre un critère arbitraire.
Peter Singer (position de 1974) 1974 · attaque la prémisse 3

Singer soutient qu'on n'a pas besoin de droits pour condamner ce qu'on fait aux animaux. Il suffit de compter leurs intérêts : élever et tuer des animaux pour le plaisir de manger, c'est sacrifier leurs intérêts les plus importants à nos intérêts les plus futiles. Cette position, formulée avant le livre de Regan, rend selon lui les droits inutiles pour la pratique.

Regan répond
Regan a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Tom Regan 2004
Regan se dit « anti-utilitariste ». Pour lui, on ne peut pas justifier le mal fait à un individu en additionnant les avantages d'autres, ce qui est précisément ce que fait le calcul. Réformer l'élevage (des vaches « heureuses ») ne suffit donc pas : « l'abolition est requise ».
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : les deux auteurs veulent en pratique la fin de l'élevage industriel, mais divergent sur les cas limites. Pour Singer, un sacrifice peut se justifier si le gain est très grand et sûr. Pour Regan, jamais, parce que l'individu ne doit pas servir de moyen.
R
R. G. Frey 1987 · attaque la prémisse 2

Frey conteste que toutes les vies aient la même valeur. Selon lui, la valeur d'une vie dépend de sa qualité, de sa richesse, de ses possibilités. Un humain gravement handicapé ou très atteint par la démence mène une vie moins riche que celle d'un adulte normal, et il n'y a pas de raison de faire semblant du contraire.

Regan répond
Regan a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Tom Regan 2004
Regan répond que Frey confond deux choses : la qualité de vie d'un individu, qui peut varier beaucoup, et la valeur inhérente de cet individu, qui ne varie pas. Il est d'accord pour dire que certaines vies sont plus riches que d'autres. Mais la valeur de celui qui vit n'est pas celle de sa vie. Les sujets d'une vie handicapés ont une vie de moindre qualité, mais pas une moindre valeur inhérente.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord porte sur la valeur d'un être. Pour Frey, elle dépend de ce que la vie contient. Pour Regan, elle ne dépend pas de ces degrés, sinon on ne pourrait plus défendre l'égalité des humains. La question reste de savoir pourquoi une valeur « tout ou rien » s'accorderait aux sujets d'une vie et pas à moins.
Peter Singer 1985 · attaque la conclusion

Singer dénonce une incohérence chez Regan, avec le cas du canot de sauvetage. Dans un canot où il manque de place, Regan accepte de jeter un chien à l'eau plutôt qu'un humain. Alors, dit Singer, il devrait aussi accepter d'expérimenter sur un chien malade pour sauver des humains atteints de la même maladie. Et s'il l'accepte dans ce cas, il ne peut plus s'opposer à toute expérimentation animale.

Regan répond
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Regan dans ses textes.
Tom Regan 2004
Regan répond que le canot et le laboratoire ne sont pas comparables. Dans le canot, aucun des rescapés n'y est parce qu'on a violé ses droits ou manqué de respect envers lui. Dans un laboratoire, au contraire, dès qu'un seul animal y est amené pour servir les humains, son droit au respect est déjà violé. Il n'est donc pas incohérent d'accepter le canot et de refuser toute vivisection.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Regan admet qu'en cas d'urgence où tout le monde est également innocent, un humain peut passer avant un chien. Il y voit une exception de détresse, pas une règle. Pour Singer, le fait qu'on puisse trancher ainsi montre que les valeurs se comparent, donc que la balance est de retour. Point disputé.