QuestionsPeut-on être certain de quelque chose ?Le poulet et le principe d'induction
Peut-on être certain de quelque chose ?Oui, par la raison

Le poulet et le principe d'induction

Bertrand Russell 1872 · 1970Clarifier la pensée par la logique, douter des dogmes.
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Ce qu'il soutient

Le principe d'induction est connu par son évidence propre, sans preuve par l'expérience : c'est une connaissance a priori, et la probabilité, jamais la certitude, est tout ce qu'on peut chercher sur l'avenir.

Pourquoi

L'expérience ne peut pas prouver que l'avenir ressemblera au passé sans le supposer déjà : ce principe doit être admis comme évident.

En bref

« Le poulet et le principe d'induction » est un argument de Bertrand Russell (Problèmes de philosophie, chapitres 6 et 7) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : oui, par la raison). Sa thèse : Le principe d'induction est connu par son évidence propre, sans preuve par l'expérience : c'est une connaissance a priori, et la probabilité, jamais la certitude, est tout ce qu'on peut chercher sur l'avenir. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Problèmes de philosophie, chapitres 6 et 7
Valide avec une prémisse implicite

Un poulet est nourri chaque jour par le même homme, jusqu'au jour où cet homme lui tord le cou. Sommes-nous mieux placés que lui quand nous croyons que le Soleil se lèvera demain ? Russell reprend le problème de Hume, mais il n'arrive pas à la même conclusion. Hume concluait : nous croyons par habitude, pas par raison. Russell montre que tout repose sur un seul principe, que l'expérience ne peut ni prouver ni réfuter. Il faut donc choisir : l'accepter parce qu'il est évident par lui-même, ou renoncer à toute raison de croire en l'avenir. Il choisit la première voie.

P1Toutes nos attentes sur ce que nous n'avons pas observé (le Soleil de demain, le pain qui nourrit) ne sont justifiées que si le principe d'induction l'est : plus deux choses ont été vues ensemble, plus il est probable qu'elles le seront encore.
P2L'expérience ne peut pas prouver ce principe : tout raisonnement tiré de l'expérience le suppose déjà, ce serait tourner en rond. (Elle ne peut pas non plus le réfuter : le poulet trompé ou le cygne noir montrent qu'une prévision probable peut échouer, pas qu'elle n'était pas probable.)
P3Il n'y a donc que deux possibilités : accepter le principe parce qu'il est évident par lui-même, ou renoncer à toute justification de nos attentes sur l'avenir.
P4 · prémisse impliciteNos attentes les plus ordinaires sont bel et bien justifiées, au moins comme probables : il n'est pas déraisonnable de penser que le pain nourrira mieux qu'une pierre. Russell ne le démontre pas : il constate que tout le monde y croit sans hésiter.
Donc le principe d'induction est connu par son évidence propre, sans preuve par l'expérience : c'est une connaissance a priori, et la probabilité, jamais la certitude, est tout ce qu'on peut chercher sur l'avenir.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les trois premières prémisses sont vraies, mais où le principe n'est pas évident et où aucune de nos attentes n'est justifiée : le monde du sceptique, où nous ne sommes pas mieux placés que le poulet.
Valide avec P4. Sans elle, il reste exactement le dilemme de P3, et l'on peut choisir l'autre branche : renoncer à toute justification. C'est le choix du sceptique, et c'est à peu près celui de Hume (nous croyons par coutume, pas par raison). Le cœur de la différence entre Hume et Russell est donc P4 : Russell refuse de se mettre dans la situation du poulet et admet que certaines connaissances ne viennent pas de l'expérience. Il donne ainsi raison aux rationalistes sur un point, tout en restant empiriste pour tout ce qui existe.
Analogie. Tu ne peux pas vérifier ta règle avec cette même règle, comme on ne peut pas contrôler l'exactitude d'une balance en pesant la balance sur elle-même. Il faut soit faire confiance à la balance, soit renoncer à peser quoi que ce soit. Russell choisit la confiance, mais une confiance raisonnée : la balance donne des probabilités, jamais des certitudes.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Russell attaque la prémisse 2

Mais nous avons l'expérience de l'avenir ! Ce qui était l'avenir est sans cesse devenu le passé, et l'on a toujours constaté qu'il ressemblait au passé.

Russell répond
Russell
Nous avons l'expérience des « futurs passés », pas des « futurs futurs ». Or la question est justement : les futurs futurs ressembleront-ils aux futurs passés ? Un argument qui ne part que des futurs passés ne peut pas y répondre.
Hume 1748 · attaque la prémisse 4

Nos attentes ne sont pas justifiées par la raison, et ce n'est pas grave : elles viennent de la coutume, pas d'un raisonnement. Nous ne pouvons pas nous empêcher de croire, et cela suffit pour vivre. Parler d'« évidence intrinsèque », c'est donner un nom savant à une habitude.

Russell répond
Russell
L'habitude explique pourquoi nous croyons, pas si nous avons raison de croire. Les animaux aussi s'attendent à ce que la même chose se reproduise, et le poulet en meurt. Il faut distinguer le fait que le passé cause nos attentes, et la question de savoir s'il existe un motif raisonnable de leur accorder du poids.
Le débat continue (notre résumé) Hume répondrait que Russell ne fait que nommer ce motif raisonnable sans le montrer : « évident par lui-même » n'explique pas pourquoi ce principe serait vrai plutôt que seulement irrésistible.
Karl Popper 1934 · attaque la prémisse 1

La science n'a pas besoin du principe d'induction. Elle ne justifie jamais ses théories par des cas favorables : elle propose des hypothèses audacieuses et cherche à les réfuter. Une théorie n'est jamais prouvée, seulement « pas encore réfutée ». Le problème de Russell disparaît si l'on renonce à justifier nos croyances.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Russell dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Beaucoup de critiques de Popper répondent que, pour préférer demain la théorie qui a résisté hier, il faut bien supposer que l'avenir ressemblera au passé : l'induction revient par la porte de derrière.